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Le départ du Mans est matinal et froid mais une fois arrivés, le soleil ne nous a pas quitté. À l’approche des derniers hectomètres à proximité du château, les premiers ralentissements nous donnent confirmation de la date et de l’heure du début des hostilités. Après quelques minutes de route à très basse vitesse, nous voilà arrivés devant l’enceinte du château où sont présents plusieurs clubs d’automobiles de prestige. Sur l’herbe sont garées des Ferrari, des Aston Martin, des Porsche, Maserati ou Mercedes parmi les plus sportives et rares, et récentes. On a beau dire, Peter Auto sait nous accueillir ! Et ce ne sont que les clubs… Une fois garés sur le parking visiteurs, nous déambulons pour rejoindre l’entrée du public non sans prêter attention aux autres voitures arrivées avant nous. En fond, les grandes écuries du château. Au premier plan, une sublime Jaguar Type E. L’une des plus belles images que j’ai vue de ma vie…
Après avoir montré patte blanche et billet, nous voici dans l’antre des voitures les plus élégantes de l’histoire. À gauche, le club Lancia France pourtant venu avec une superbe Fulvia peine à nous attirer quand, juste en face, le club Ferrari France n’est pas venu les mains vides. Tout derrière, de sublimes 348 et 355 attirent habituellement les foules. Mais aujourd’hui est un jour particulier où elles se font voler la vedette par la poignée de Ferrari des années 50-60 présentes pour l’occasion… Une splendide 275 GTB, une 250 GT, et une 250 GT California encore bâchée à l’heure de la rosée se découvrira une fois que l’après-midi aura sonné. Un peu plus loin, 6 DeTomaso font face à quelques Porsche pas vilaines mais bien trop classiques par rapport au reste du plateau. Il faut dire que de l’autre côté, toutes les époques de la vie de Lamborghini sont représentées, à peu de choses près : Miura P400 S, Jalpa, Urraco, Countach, Aventador… Juste ce qu’il faut pour susciter le désir sans frôler l’overdose.







En continuant tout droit, nous arrivons devant la colonne érigée en l’honneur d’Anne Connetable de Montmorency entourée de 5 monoplaces McLaren volant la vedette aux 5 supercars garées derrière. Soyons clairs, aussi belles et attirantes soient-elles (Monza SP2, Ferrari F40, Porsche GT2 RS et 918 Spyder et McLaren 765LT), elles ne peuvent rivaliser une seule seconde face à des Formule 1 des années 60 et 70, quand l’informatique ne prenait pas une place considérable. Quand l’aérodynamisme était encore difficilement mesurable. Un pilotage et un travail à l’ancienne. Partagés entre l’envie de continuer de tourner autour d’elles et celle, au moins égale, de vouloir voir ce que nous réserve la suite de Chantilly, nous prenons la direction des jardins en regardant du haut des escaliers les différents plateaux présents. Au premier abord, certains nous paraissent vides, mais les visiteurs sont bel et bien là. Et quelques marques ont fait le déplacement.
Bugatti ne participe qu’à un seul événement français : Chantilly. Elle est venue pour l’occasion avec sa toute nouvelle Tourbillon et la pistarde Bolide. La réalité donne raison à la Tourbillon, attirant la foule comme un aimant, délaissant la Chiron Super Sport garée à côté ! Mais l’avis est à peaufiner, il y avait tellement de monde qu’il nous était impossible de nous construire notre propre opinion. La Bolide, en revanche, ne fait pas dans la finesse et c’est tant mieux. Elle est bestiale, semble irréelle et irrattrapable. Un peu plus loin, Lamborghini a fait le déplacement avec son nouveau Urus SE, sans commentaires, et sa nouvelle Revuelto. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle paraît presque féminine. Pas assez agressive à certains endroits, trop tarabiscotée, la carrosserie ne me sied guère, mais je ne suis pas la cible, je le sais. Alfa Romeo est venue avec son nouveau Junior et sa 33 Stradale. Il en faut pour tous les goûts apparemment. Zagato a fait le déplacement avec sa nouvelle AGTZ, l’Alpine A110 transformée en hommage à l’A220. En vrai, elle est mieux qu’en photo. Mais vaut-elle ses 650.000 € ?





Mais Chantilly n’est pas que l’occasion pour les marques de montrer leurs voitures à ciel ouvert et au grand public. C’est aussi et surtout un lieu parfait pour apprécier des carrosseries exceptionnelles.






Parmi les plateaux, certains se spécialisaient sur la course automobile, à l’instar du plateau des Ferrari à 4 et 6 cylindres et des Porsche à 4 cylindres. Des voitures qui démontraient que non, le nombre de cylindres ne définit pas d’avance la performance ni la beauté d’une voiture, les 500 Mondial étant incroyables, tout comme les 904. Des Formule 1 des années 60 étaient également présentes, nous dépaysant totalement : pas d’aileron (ou presque) ni de boîte automatique. La définition-même du mot courage. L’ingénieur italien Carlo Chiti a été mis à l’honneur cette année pour le travail effectué tout au long de sa vie, notamment chez Alfa Romeo et Ferrari allant de la 250 GTO aux Alfa Romeo 33 TT d’Endurance absolument sublimes. Voir ces autos provoque déjà une sensation particulière. Pouvoir les approcher de si près, vous imaginez bien… Malheureusement, nous n’avons pas eu l’occasion de les entendre, au contraire des Lancia de rallye. Nous arpentions les allées des jardins quand plusieurs Lancia se préparaient pour défiler devant le public. L’une d’elle est restée proche de nous pendant une minute au moins et le pilote de conserver le pied sur l’accélérateur pour maintenir le ralenti de sa Delta HF Integrale. Un bruit tellement agressif et incroyable que j’en souris encore en l’écrivant.
Le sport automobile est un laboratoire à ciel ouvert, et nombre d’ingénieurs de sport auto ont pensé des voitures pour la route, à l’instar de Chiti, qui a aidé à la mise au point de la 250 GTO, conçue pour la piste mais homologuée (on ne sait bien comment) pour la route. Ou la Giulia GTAm, tellement mignonne… Par le passé, il a été collègue avec Giotto Bizzarrini qui, dans les années 60, après avoir conçu le moteur de Lamborghini, a travaillé pour la marque Iso. Il a pensé la Grifo, mais surtout celle qu’il assemblera sous son propre nom, la 5300GT. Elle bénéficiait de toutes les dernières innovations techniques et aérodynamiques que Bizzarrini a expérimenté à l’époque. Un Graal absolu ! Pour d’autres, le Graal se trouve à côté : le plateau célébrant le 50ème anniversaire de la présentation de la Lamborghini Countach ! De la LP400 à la 25ème anniversaire en passant par une spéciale de M. Wolff, toutes les carrosseries sont présentes. La pureté de la première étonne à côté de la bestialité de ses descendantes ! Encore à côté, cette fois on fête le centenaire de la présentation de la voiture la plus victorieuse du monde, la Bugatti Type 35. Toutes les versions étaient là, des 35 B et C… La simplicité de la voiture fascine face à la carrosserie taillée à la serpe de la Bolide garée juste en face !













Mais Bugatti n’était pas que représentée par ses voitures de sport, la marque alsacienne était représentée dans d’autres plateaux, notamment la Folie des Grandeurs aux côtés de quelques Rolls-Royce, Bentley, Talbot-Lago ou encore Lagonda. La Lagonda Serie II est une folie sur quatre roues. Alors que la mode est encore aux rondeurs dans le monde de l’ultra-luxe, Lagonda fait fi des normes et dessine une carrosserie qu’avec des arêtes, tendues, longues… Sublime ! Il y avait deux prototypes de Type 41 Royale, l’un cabriolet et l’autre berline. Difficile de rester insensible à cette calandre haute comme une citadine et surplombée de l’éléphant dansant de Rembrandt Bugatti. Une Rolls-Royce semblait avoir oublié ses phares avant. À tort, il s’agit d’un modèle extrêmement rare et commandé ainsi car soi-disant, à l’époque « on ne roule pas la nuit ». Donc pourquoi s’embêter à ajouter des phares ? Ça se tient… Quelques Maserati et Lancia bénéficiaient de carrosseries haute-couture, Zagato ou Allemano. Au même moment, nous croisons un ami photographe qui pointe du doigt une quantité de voitures en baisse depuis la crise du Covid. Peut-être a-t-il raison. Mais force est de constater que, même avec « si peu » de voitures, nous n’avons pas pris le temps de tourner (et savourer) aussi longtemps que voulu autour de toutes ces splendeurs sur quatre roues, de peur de ne pas pouvoir tout voir…
Car, en plus des voitures inscrites au concours d’élégance, des clubs ont fait le déplacement. Et là non plus, la qualité n’est pas en berne ! Un club de Facel Vega nous embarque dans une ambiance rétro se mariant parfaitement avec l’événement. Plus loin, un club Delahaye 135 montre toutes les carrosseries de cette voiture qui, rappelons-le, a remporté les 24 Heures du Mans 1938 ! Des Mercedes SL, des Lamborghini, des Jaguar, un club Morgan… On ne sait par où commencer, toutes les voitures nous attirent. Là, une BMW Z8. Là bas, une Rolls-Royce Phantom VIII garée en face d’une Ferrari 296 GTB. Plus loin, le club Aston Martin Owners Club retraçait la vie de la marque, allant de l’une des toutes premières (des années 20 ou 30) à la Vantage 2018. Pas de DB12 ? Non, mais sur le parking derrière l’enceinte du château, une DB12 était garée. Car les parkings visiteurs regorgent d’autres splendeurs. TVR Tuscan, Rolls-Royce Ghost Black Badge, Porsche… Passé un moment, je ne prêtais plus attention aux Ferrari 812 tellement il y en avait dans les jardins des clubs et sur les parkings. Il n’y a qu’à Chantilly que l’on peut subir une telle « overdose » !





Cette édition manquait-elle de plateaux ? Peut-être moins de voitures qu’il y a deux ans (seulement 3 voitures en lice dans la catégorie des Ferrari à 4 et 6 cylindres…) mais la qualité reste. N’est-ce pas là le principal ?

