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Par malheur, les réseaux sociaux nous ont quasiment tout divulgâché. On savait les voitures mises aux enchères, les voitures présentes sur chaque grand stand, on savait que la fine fleur de la production automobile dans toute son histoire allait être présente. Heureusement, il restait quelques inconnues, les stands de plus petite importance, quelques surprises cachées et puis l’incomparable attrait d’un tel spectacle, la proximité de toutes ces œuvres d’art sur quatre roues, les unes par rapport aux autres. Une brochette d’Exceptions pour laquelle il serait trop long, non exhaustif et pas très intéressant de vous faire la liste, une à une, de toutes les voitures croisées et scrutées pendant cette folle journée. Alors nous allons nous concentrer sur quelques stands ici, ceux qui nous ont surpris le plus, et sur certaines autos, qui nous ont happées.
Tout commence dans le premier hall du pavillon 7, un vaste rez-de-chaussée dans lequel le musée Schlumpf a posé ses valises avec toutes ses Bugatti d’une rareté exceptionnelle accompagnées d’un Autorail du constructeur, en provenance du Musée du Rail de Mulhouse. Ce pan méconnu de l’histoire de Bugatti s’explique par une crise traversée par le constructeur au début des années 30. Il venait de développer l’imposante et coûteuse Royale dont il pensait pouvoir assembler des dizaines d’exemplaires mais la crise a tout fait basculer : seules 4 unités seront vendues… Le gouvernement français de son côté lançait un appel d’offres pour une locomotive luxueuse et rapide, Bugatti se positionne sur ce terrain en extrapolant les avancées sur le moteur de la Royale pour motoriser sa vision de l’Autorail qui compte ainsi quatre 8 cylindres ! Extraordinaire !









Juste à côté, la vente aux enchères Gooding Christie’s qui s’est déroulée le jeudi 29 janvier laissait entièrement visible ses pièces de collection. Immédiatement, la variété des carrosseries, l’originalité de certaines teintes et la diversité des époques frappent au premier regard. Non loin d’une incroyable Lamborghini Miura SV se tenaient trois Ferrari modernes radicales : une Monza SP1, une FXX Evo et une FXX K Evo, toutes parties pour des sommes mirobolantes à 7 chiffres. La FFX K Evo monte d’ailleurs sur la deuxième marche du podium en termes de prix en partant pour 6,98 millions d’euros ! Devant le clou du spectacle, la superbe Talbot Lago T150 « Goutte d’eau » carrossée par Figoni & Falashi, qui a trouvé un nouveau propriétaire pour 6,7 millions d’euros ; derrière une « 288 » GTO qui a fixé un nouveau record : 9,1 millions d’euros ! Avec seulement 2 propriétaires et 1500 km parcourus, cette valeur s’explique rapidement. Mais à côté de ces splendeurs qui prenaient toute la lumière, il y en avait des dizaines d’autres : Renault 5 Turbo 2, Aston Martin DB4, Lancia, une poignée de Ferrari, une BMW M1, une Ford Escort RS Cosworth…
En terminant le tour de ce premier niveau, on se demande comment les étages pourraient faire mieux. À tort. Car les surprises continuent, le niveau 2 accueillant de nombreux grands constructeurs qui ne sont pas venus les mains dans les poches. Renault, Peugeot, Opel, Volkswagen et Skoda ont fait valoir leur passé sportif à coup de GTi, R.S. ou Manta 400 historiques aux côtés de voitures plus modernes, tandis que Citroën a célébré ses audacieux concepts en plaçant non loin l’un de l’autre le concept du Cactus et de la 2CV ! Pas très loin de là, la SL de Mercedes était mise à l’honneur sous toutes ses générations, exception faite des deux dernières. Un nom de notre contrée nous attire, sur une Porsche 550 Spyder est posée l’inscription Nache Automobiles. Dans un coin éloigné de toute cette activité de cabriolets et de nouveautés, les organisateurs ont dessiné un espace pour accueillir les glorieuses voitures de rallye. Turbo 2, Audi Quattro, 205 T16, la panoplie des Lancia ou une Alpine A110, il n’en manquait aucune à la fête ! Un régal pour les yeux qui pleurent malgré tout de ne pas avoir pu les connaître dans leur plus grande forme…




















Les stands plus petits ne sont pas pour autant dénués d’intérêt, en témoigne les quelques ventes aux enchères en ligne ou indépendants importants. On peut noter sur leurs stands des voitures d’une rareté exceptionnelle comme celui où une Aston Martin V12 Speedster se trouvait entourée d’une Alfa Romeo 8C Competizione et d’une Ferrari 355 Challenge homologuée pour la route ! Mieux, on pouvait les approcher, les frôler… Tout en ne les touchant qu’avec les yeux cela va sans dire. Trois ISO ou Bizzarrini trouvaient des places à divers endroits, un signe d’exclusivité incroyable (je ne compte pas le nombre de fois où, à côté d’une 5300 GT, de nombreux visiteurs se demandaient quelle était cette marque…). Sur le même stand qu’une Porsche 904 GTS, à l’opposé en réalité, une Pagani Utopia à la fibre de carbone verte soulignée de noir dans sa partie inférieure attirait tous les regards et les appareils photos. Non loin d’elle, un autre artisan bien connu était mis à l’honneur sur le stand Collecting Cars. Aux côtés d’une Porsche 964 Cup Ruby, d’une 964 Patagonia qui rendrait jalouse une Dakar, d’une Diablo et d’une incroyable 911 GT3 R Rennsport se cachait une Koenigsegg Agera RS.
Entre les différents stands, sur les trois niveaux, des artistes et autres vendeurs de pièces attiraient les regards par leur diversité, leur originalité. Quelques coups de cœur mais aucun ne pouvait se conclure par un achat, le porte-feuilles n’atteignait pas les sommes demandées… C’est bien dommage !
En montant à nouveau, après un rapide déjeuner, on se demande comment la qualité pourrait augmenter. Et puis, on arrive devant le stand de RM Sotheby’s, et ses voisins. Et on comprend. En un coup d’œil, les millions d’euros défilent et s’accumulent. Une, deux, trois McLaren F1 sur deux stands ! Une quatrième, garée derrière, complètera le quatuor. Une Singer DLS Turbo. Le stand Girardo & Co accueillait une flopée de Ferrari dont l’incontournable « big five » composé de la « 288 » GTO, F40, F50, Enzo et LaFerrari. Exception faite de la F50, il y avait plusieurs représentantes de chaque modèle dans le salon. Au centre, une 275P victorieuse au Mans en 1963 trônait aux côtés de ses contemporaines 250 et 275 GTB et de ses descendantes… Chaque stand est plus incroyable que le précédent. Alors qu’il n’existe que 19 Aston Martin DB4 GT Zagato des années 60, il y en avait trois, séparées seulement de quelques mètres !












Chez Joe Macari, stand sur lequel nous avons pu entrer, nous nous sommes approchés des Maserati MC12, Stradale et GT1, d’une McLaren F1 de course, d’une Ford GT MkIV, d’une Jaguar Type D Continuation, d’une 275 GTB et même d’une (coque malheureusement) GM SV LM GTR, limitée à 24 unités… Un spectacle exceptionnel. Vraiment. On ne sait plus où donner de la tête. À côté, Richard Mille expose 5 ou 6 Ferrari, de la P4 à la 499P et même une 250 LM. Que dire devant un tel spectacle ? Les yeux brillent de mille feux. On sait qu’on en oublie. On le sait mais les photos décriront davantage que les mots l’incroyable succession de splendeurs.
En descendant au rez-de-chaussée pour rejoindre le pavillon 4, on redescend sur terre dans les deux sens du terme puisque cet espace est consacré aux voitures à vendre à moins de 30 000 € ! Mais malgré ce chiffre bien moindre que le haut du panier qui se trouve dans le pavillon 7, il y a des véhicules intéressants ! Cela nous permet de rêver en imaginant rouler avec des voitures décalées pour des sommes moins extravagantes, que ce soit en Jaguar XJ S, en Rolls-Royce Silver Shadow, en longue américaine ou en Golf surélevée ! Même la Twingo Le Coq prête à sourire, mais bien moins que notre coup de cœur pour l’originalité, une Autobianchi. Mais pas n’importe laquelle, une A112 Abarth sur laquelle est scotchée dans sa vitre arrière une feuille de papier indiquant « ex-Mafia » ! Elle dispose d’un blindage de 300 kg ! Pauvre moteur…



Grande nouveauté de cette édition de Retromobile, l’Ultimate Supercars Garage accueillait seulement des voitures d’exception récentes. Un événement à part qui nécessite un billet supplémentaire. Dans celui-ci, nous avons pu découvrir des splendeurs récentes mais qui ne sont presque rien par rapport à celles présentes dans le pavillon 7.






Cela dit, elles sont spectaculaires. Dès les premiers instants, on tombe sur le stand Lamborghini Paris, venu avec la gamme entière à savoir la Temerario, la Revuelto et l’Urus SE et une petite surprise, la Fenomeno à l’arrière-train très relevé ! À côté, Moteur&Sens, le showroom bien connu de Paris a demandé à Car Hedonist que nous avions rencontré à Nantes l’année dernière de dessiner leur stand : le résultat est excellent, bravo ! Il met bien en valeur leurs autos et l’esprit haut de gamme qui règne dans leurs affaires. En face, Renault s’invitait avec la Turbo 3E à l’énorme largeur. De l’autre côté, Bentley a fait venir une Batur cabriolet, un Bentayga et l’inédite Continental Supersport, à la robe suggestive. En continuant de déambuler, on tombe sur le stand Pagani sur lequel je reste… longtemps. Elles me happent, par leurs détails, leurs splendeurs, leur originalité… En face, les Ferrari peinent à me sortir de mon coup de cœur pour Pagani !
Stellantis a eu un stand pour les BottegaFuoriserie sur lequel se trouvent la Giulia Luna Rossa, la 33 Stradale, la GT2 Stradale et la MCXtrema. Une belle brochette ! La maison Officine Fioravanti a apporté une Mercedes-McLaren SLR et une Alfa 8C Disco Volante qui dispose de la boîte manuelle ! Une rareté absolue. En face, deux Praga Bohema attiraient les yeux, autant que la demi-douzaine de Bugatti Veyron, sous toutes ses formes, garées face à la F.K.P. Hommage. Les finitions sont exquises, les peintures, sublimes… Mais on peine à trouver le temps de s’y arrêter car comme un aimant je suis attiré par la suite. Et vlan : une Capricorn Zagato garée à côté d’une Pagani Zonda LM… Un tour de tête à gauche et une Nichols N1A, puis la toute dernière Donkervoort, la P24 RS que l’on peut approcher comme si de rien n’était. Bertone était là avec la GB110 et son projet Runabout. Et… l’Automobili Mignatta, un speedster dont on vous reparlera bientôt. Et une Laffitte, et une Lotus Evija, et des restomods comme l’Eccentrica ou la HWA…








La journée se termine avec la certitude d’avoir passé une excellente journée et avec l’obligation de revenir. Retromobile a tenu ses promesses. Nous savions que nous allions voir des automobiles d’exception, mais pas à ce point là… pas autant, pas si vite. À l’inverse de Le Mans Classic, nous les voyons ici à l’état statique. Ces deux événements ne sont pas concurrents, ils sont complémentaires. À Retromobile, on peut plus apprécier les courbes à l’arrêt de chaque auto, à condition que les visiteurs ne s’agglutinent pas autour d’elles, au Mans on les entend… Et s’il ne devait rester qu’un coup de cœur ? La liste est longue de belles autos. De l’immense Rolls-Royce Phantom V, des Delahaye, Delage, Voisin ou Bugatti en passant par les Aston toutes plus belles les unes que les autres, mais dès le premier regard, c’est la Ferrari 166 MM Touring Le Mans qui m’a happé le plus. Sa poupe, sa proue, sa peinture, son moteur… elle, dans son entièreté.
