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Ce n’est un mensonge pour personne, l’automobile vit des moments compliqués. En particulier en Europe, et plus encore pour les constructeurs qui… ne se portaient déjà pas bien depuis un moment. C’est le cas, évidemment, de Maserati. Longtemps, le Trident a cultivé sa différence en proposant des voitures à la fois belles et vivantes mais ni des maîtresses du dynamisme ni de la technologie. Autrement dit, exactement l’inverse de ce que recherchaient les clients de ce type de voitures dans les années 2000-2010. Les ventes s’en ressentaient, aussi belles étaient-elles, les Maserati ne charmaient plus à cause d’une gamme vieillissante et pas adaptée au marché. Jusqu’à récemment, elle ne proposait qu’un seul SUV et deux berlines ! C’est dire…
Fort heureusement, une refonte totale, complète et bien venue a été réalisée à partir de l’arrivée de la supersportive MC20 en 2020. Puis, le Grecale a poussé le Levante vers la sortie, la vieille GranTurismo de 2007 a enfin été remplacée en 2022 ! Ce qui signifie que depuis 2023, la gamme est totalement renouvelée, neuve, intéressante et embrasse la quasi-totalité des marchés qui comptent dans le marché du luxe : SUV, GT coupé et cabriolet, sportive et extrême. Et même en électriques, pour les rares intéressés. Globalement, les prestations dynamiques pour les sportives et d’utilisation pour les électriques sont dans la moyenne. La qualité des matériaux et le sérieux de la présentation intérieure flattent la rétine et le toucher. Par rapport à la gamme de la génération précédente, l’actuelle est plus polyvalente, plus dans l’ère du temps et plus conventionnelle. Autrement dit, elle a tout pour réussir.


Or… ce n’est pas le cas. Une statistique incroyable annonçait en début d’année que Porsche vendait en onze jours ce que Maserati vend en un an. Plus précisément, cela représente 7800 voitures vendues l’année dernière… La faute à qui ? À quoi ? En France, on pourrait dire que la fiscalité et son malus prohibitif rend impossible la vente de telles machines tournant aux V6 – malus maximal – et qu’une Maserati électrique… est contre-intuitif. Mais notre pays n’a jamais été un grand marché pour le Trident. Alors, à quoi est-ce dû ? C’est sans doute multi-factoriel. Son appartenance à un groupe constamment en prise avec des scandales de fiabilité, des rapprochements avec la Chine, ne doit pas améliorer la perception que la clientèle a de ce constructeur. Pourtant, Maserati vit en marge du groupe Stellantis. Elle a droit à des plateformes, des moteurs, des technologies propres. Et en réalité, sa gamme a été totalement pensée avant l’ère Stellantis.
Alors quoi d’autre ? Le manque de communication peut-être. Les têtes pensantes de Maserati estiment qu’il y a eu des errances dans la stratégie marketing du constructeur italien. Avouez que, pour un constructeur aussi prestigieux, à l’histoire si intimement liée au sport automobile, son absence ressentie sur les circuits du monde entier interpelle… On aurait aimé voir des GranTurismo GT3 en WEC, des MC20 LMGT3 plutôt qu’en GT2 dont la diffusion n’est pas aussi grande que le WEC… Faire ses preuves sur circuit le dimanche pour vendre le lundi. C’est vieux comme le monde. On comprend, bien évidemment, les atermoiements de Maserati sur le manque de moyens du groupe à allouer à ce type de prises de risque. Mais n’est-ce pas en pariant gros qu’on gagne gros ?


Maserati préfère calmer le jeu et restyler ses modèles. Alors qu’on attend toujours un Levante ou une Quattroporte et après avoir remplacé la MC20 par la MCPura, c’est un restylage qui occupe les équipes italiennes. Le Grecale, la GranTurismo et la GranCabrio. D’un seul coup, trois restylages. Le bouclier avant s’offre une profonde remise en question, la partie inférieure s’élargit pour ressembler à son inspiratrice, la MCXtrema. Le refroidissement y gagne, l’élégance… à voir. À l’inverse, la sportivité s’accroît avec notamment un splitter ajouté au centre de ce bouclier. Les optiques changent de dessin intérieur à l’avant tandis qu’à l’arrière la technologie diffère. Ça ne saute pas aux yeux. Rien de transcendant non plus à l’intérieur, une montre à l’encadrement revu et des nouveautés d’infodivertissement. Pour le dynamisme, le coupé et le cabriolet gagnent 40 chevaux dans la version Trofeo, qui atteint ainsi 590 équidés. De nouvelles jantes augmentent également de 10mm les voies. Un nouvel échappement de série promet de meilleures vocalises mais… jamais elles n’égaleront les borborygmes originels…
Les versions électriques disposent de subtiles mises à jour, notamment de nouvelles jantes pour le Grecale qui permettent de rouler 53 km en plus ! Au mieux. Quant aux autonomies, on dépasse les 500 km, mais à la seule condition de ne pas trop solliciter les 760 chevaux des quatre roues motrices ! Garder un œuf sous le pied ou s’éclater…
Je préfère m’amuser au volant d’une MCPura Cielo ! Celle-ci en particulier. Il s’agit d’un modèle anniversaire dont les spécifications techniques sont absolument identiques à la voiture d’origine, mais dont la livrée est propre à ce modèle. Il s’agit du Tributo 26, imaginé dans les bureaux de la BottegaFuoriserie, l’agence commune entre Maserati et Alfa Romeo pour la conception de modèles spéciaux. Elle rend hommage à la première apparition du Trident sur une Maserati. Ce logo a été dessiné par l’un des 7 frères Maserati, Mario, en s’inspirant de la statue de Neptune et de son arme sur la fontaine devant sa fenêtre. Alfieri l’ajoutera sur le museau de la Tipo 26 à l’occasion de la Targa Florio de 1926… qu’il remporta ! Le Trident a piqué ses adversaires au vif ! Depuis, il n’a jamais quitté les splendeurs de Modène.

Nous souhaitons à Maserati un futur plus joyeux que son présent, et espérons solennellement que Stellantis va conserver ce joyau. Après tout, Volkswagen a Lamborghini, Renault a Alpine, Hyundai a Genesis, Geely a Lotus, Stellantis se doit d’avoir un constructeur d’image. Mais il lui en faudrait une meilleur, d’image…
