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Plusieurs livres racontent l’histoire de la Ford GT40. Une voiture historique, inoubliable et mythique. Elle a prouvé aux Européens que les Américains pouvaient développer des voitures comme eux : moteur central, fiable, élégante et racée. À l’époque, elle n’était pas vraiment considérée comme un canon de beauté, les rondeurs de Ferrari attiraient bien davantage les regards. D’autant que, américaine, elle ne l’est pas à 100% : le châssis est dérivé d’un prototype anglais, la Lola MkVI GT. Ford l’a racheté pour s’engager contre Ferrari au Mans après l’échec de la tentative de rachat du constructeur Italien par l’Américain. D’abord un small block, puis un big block, des mois et des mois de développement conduisent la voiture à remporter la victoire en 1966, après avoir essuyé de gros échecs en 64 et 65. 67, 68 et 69 sont autant d’éditions des 24 Heures gagnées par la marque Américaine.
Un mythe sur roues victorieux au Mans, oui, mais pas seulement. La Ford GT40 a fait vibrer les passionnés des quatre coins du monde en gagnant à Sebring, à Daytona ou à Monza. Elle a beaucoup évolué, allant jusqu’à s’habiller d’une carrosserie rallongée avec la MkIV. Pas la plus réussie mais la plus avancée. En d’autres termes, la GT40 est intouchable. Elle est une vénérable machine qui n’a plus rien à prouver. Les exemplaires véritables s’échangent à des tarifs affolants, mais c’est mérité. Elle fait partie de ces voitures que les passionnés rêvent d’avoir, qu’importe l’origine véritable. C’est pour répondre à cette demande que certains magiciens de la mécanique ont fabriqué des répliques. En Grande-Bretagne, aux États-Unis bien sûr, mais aussi… en Afrique du Sud.


La popularité (et la légitimité pour la suite) de Cape Advanced Vehicle vient de cette expertise en la matière. Depuis 1999, ils fabriquent des répliques de Ford GT. Trois versions sont proposées, GT40, GT40+ et GT40 Gulf. Les distinctions entre ces itérations se trouvent à l’intérieur, avec un accueil et un confort différents, et bien sûr d’un point de vue mécanique. Leur longévité prouve que leurs répliques sont de bonne qualité. Mais il semble qu’à la tête de CAV, ils veuillent passer la vitesse supérieure et suivre la mode du restomod. Ils ne sont pas les premiers, ni les derniers à n’en pas douter. Qu’ils se nomment Totem Automobili, Touring Superleggera ou Eccentrica, ils s’y sont tous mis récemment. En voilà un de plus dans la danse !
Et devinez à quelle voiture ils ont décidé de rendre hommage ? Dans le mille : une Ford GT ! Mais… avec de grandes différences. Elle se nomme MkII et s’inspire donc de la GT40 MkII, celle avec le big block de 7 litres compressé. On y retrouve la poupe très inclinée vers la piste, la silhouette assez basse, les prises d’air presque au niveau du pare-choc arrière pour refroidir le moteur. On aperçoit également derrière les portières les deux grandes prises d’air toujours dirigées vers le moteur. Elle ne fait pas dans la dentelle ! Alors que la GT40 MkII originale dessinait ces éléments (les exagérait presque) mais ne les accentuait pas, CAV les souligne par l’utilisation d’un matériau doré assez clinquant. Il attire l’œil… mais pas forcément de la même manière ! Comme nombre de restomods, les leds ternissent ce tableau à l’avant comme à l’arrière. En regardant plus posément, la silhouette de cette CAV nous rappelle la MkIV, avec sa longue carrosserie : il ne semble pas y avoir de rupture nette entre le cockpit et la poupe de la voiture, à l’inverse de la MkII originale. Quant aux optiques et à la face avant au capot incliné, j’y vois presque une Noble M500…


Mais est-ce que le design fait tout ? Non, évidemment. Ne nous arrêtons pas sur ce point car, comme expliqué plus haut, la GT40 n’avait pas été considérée immédiatement comme un canon de beauté. Peut-être que je me ferai au dessin de la CAV dans quelques années ? Qui sait… Concentrons-nous sur les autres aspects de la MkII d’aujourd’hui qui doivent nous rappeler celle d’hier. Et quoi de mieux qu’un bon vieux moteur ?! Surprise… il n’est pas américain mais allemand. Il nous vient tout droit d’Audi qui fournit un V8 de 4,2 litres de cylindrée (cylindrée qu’on a connue dans la première R8 du nom) dont les quelque 400 chevaux ne semblaient pas suffisants à CAV. De nos jours, cela semble presque normal. Alors, ils ont revu le bloc en forgeant quelques composants internes et surtout en ajoutant deux compresseurs (!). La puissance grimpe vite et haut. À 5600 tours/minute, le couple déboule : 880 Nm. À 7800 tours, c’est au tour de la puissance de s’inviter en atteignant son pic : 800 chevaux. Le tout est promis comme linéaire (avec un double compresseur, on peut le croire) jusqu’au rupteur placé à un régime himalayen pour un tel bloc, 9000 tours.
Cerise sur le gâteau, on déguste la voiture comme on en a l’envie. Trois boîtes de vitesses sont disponibles, une simple embrayage semi automatique à 6 vitesses ou bien une double embrayage ou bien une boîte manuelle. Ça fait beaucoup de choix ! L’intérieur n’est pas dévoilé, dommage nous aurions aimé voir le levier de vitesse, et constater ou non son élégance dans son écrin. De lui, on sait qu’il accueillera 6 airbags. Probablement un volant circulaire et deux sièges, mais nous n’en savons pas beaucoup plus. Pour le châssis, CAV s’est orientée vers un alliage entre aluminium et fibres de carbone, quand la carrosserie, elle, n’utilise que le matériau composite. Les suspensions sont ajustables sur trois voies, des jantes en magnésium sont disponibles en option, sinon vous avez des jantes à 5 branches en alu forgé, c’est déjà ça.


L’aérodynamisme a paraît-il été pensé avec des évents actifs et notamment à l’arrière un aérofrein. Pour le freinage d’ailleurs, CAV a contacté Brembo. Leurs dimensions, certes copieuses, ne battent pas des records. D’ailleurs, elle n’est pas pensée pour battre des records, cette GT40 d’un autre temps. 60 ans après la première victoire de Ford au Mans, CAV en propose une version remasterisée et surtout civilisée ! Alors que pour l’originale, il fallait prendre son courage à deux mains pour empoigner le volant et la boîte de vitesses, et avoir des jambes ultra-musclées pour jouer avec le pédalier, la nouvelle est très facile : ABS, TC, ESP, on est loin de la salle de sport ! Sauf quand on accélère : 0 à 100 km/h en 3 secondes, vitesse maximale supérieure à 330 km/h, ça éclipse bon nombre de sportives ! Et si la puissance vous effraie, elle peut être diminuée ou augmentée via une molette sur le volant.
Il reste deux choses importantes à dire sur cette voiture. D’abord, sa transmission. La GT40 était connue pour son caractère joueur sur train arrière. La nouvelle venue ne le sera pas : elle s’accompagne d’une transmission intégrale permanente ! Une Ford GT40 à quatre roues motrices ?! L’officine explique que cet équipement permet de faciliter l’utilisation de la voiture, on se fait moins peur avec, on la sort davantage. Oui… ça se comprend. Mais il me semblait que les aides à la conduite étaient déjà suffisantes pour cela. Enfin, il y a le poids. CAV l’estime à 1350 kg environ, sans doute avec les options les plus légères. Cette valeur nous paraît un peu utopique, mais qui va aller la vérifier ? CAV ne prévoit d’en construire que 40 unités pour un tarif… non communiqué.

