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Si mes calculs sont bons – j’ai toujours été fort en maths, jusqu’à l’arrivée des lettres dans les équations – la Vanquish est donc arrivée dans la gamme d’Aston Martin en 2001 (2026-25=2001 !). À cette époque-là, le joyau de la couronne britannique appartient encore à Ford, tout comme Jaguar, et sa gamme ne compte qu’un seul modèle. La DB7, puisqu’il est question d’elle, existe en deux motorisations et autant de carrosseries, coupé ou Volante (cabriolet). Le dessin signé Callum ne vieillit pas tant, la DB7 est même considérée par beaucoup comme l’une des plus belles voitures de l’histoire. Sous le capot, deux moteurs sont disponibles, un 6 cylindres en ligne ou un V12 dans la DB7 Vantage. Un V12 dont l’origine est moins noble que sa mécanique, l’association de deux 6 en lignes de Mondeo ! Mais il chante divinement, différemment de la concurrence. Surtout, il donne une vraie raison de craquer pour la DB7, pour avoir un vrai moteur dans une si jolie carrosserie.
Enfin, ça, c’était avant l’arrivée de la Vanquish !
La Vanquish était préfigurée par un concept présenté à New York en 1998. Il s’appelait Project Vantage. Comme la DB7, il est dessiné par Ian Callum qui signe ici une voiture bien plus agressive. Son rôle de prototype permet d’explorer des territoires que la série ne peut défricher encore, ainsi la carrosserie utilise des matériaux composites quand le châssis, lui, reste en alliage d’aluminium et d’acier. L’allure est bien plus sportive, on dirait un fauve prêt à bondir. Ça tranche avec la DB7 toute sage. D’ailleurs, c’est l’année suivante que celle-ci accueille une version Vantage à moteur V12. Bien plus puissante, elle admet 420 chevaux grâce à son bloc de 5,9 litres. De quoi descendre sous les 6 secondes sur le 0 à 100 km/h.


Enfin, l’heure de la production sonne. Le Project Vanquish a servi de base esthétique et technique. Mais tout ne va pas être repris dans la version de série présentée en 2001 à Genève. Cette année-là, la Vanquish se dévoile. Et les mots manquent. La Vanquish parvient à trouver cet équilibre exceptionnel entre l’élégance évidente de la DB7 et la sportivité succulente digne de la gamme supérieure, qui décrit parfaitement ce qui se cache sous la carrosserie. Cette dernière est en aluminium, mais formée à partir d’un procédé technique avancé. Le V12 de 5,9 litres diffère largement de celui de la DB7 Vantage : nouveau collecteur d’admissions, nouveaux arbres à cames, soupapes, échappement et vilebrequin… De quoi faire grimper la puissance à 460 chevaux ! Toute cette cavalerie ne trouve qu’un seul et unique essieu pour disparaître, l’arrière, via une boîte à 6 rapports à palettes au volant.
Exceptionnellement belle, la Vanquish suscite un engouement à la hauteur de ses performances, envie bien aidée par son apparition dans le James Bond Die Another Day. La production doit même être augmentée ! À la fin de sa carrière, la Vanquish accueille un Sport Dynamic Pack optionnel, augmentant la taille des freins, baissant les suspensions et rendant la direction plus directe. Une poignée de mois plus tard, la Vanquish cède sa place à la Vanquish S dotée, de série, de ce pack, qui permettra de rendre plus accessibles les 520 chevaux qui la gouvernent. Son allure est encore plus sportive, sa carrure plus expressive. Magnifique ! Mais éphémère. Toutes les bonnes choses ont une fin, la Vanquish tire sa révérence en 2007 pour laisser la place à la DBS, elle qui est basée sur la nouvelle plateforme VH dont Aston Martin est si fière qu’elle va l’utiliser sur toutes ses voitures jusqu’à l’arrivée de la DB11 !


La DBS a remplacé la Vanquish, elle va elle-même se faire remplacer par une Vanquish. Nom de code AM310. La DBS était agressive avec son capot percé et son bouclier chromé, la Vanquish deuxième du nom est plus élégante mais pas moins performante. Il faut lui tourner autour pour l’apprécier sous toutes ses coutures. Grâce aux enseignements réalisés avec la One-77 et la fibre de carbone, la nouvelle venue s’habille d’une carrosserie en composite recouvrant le châssis VH (vertical horizontal). Le moteur hérite, lui aussi, des enseignements du V12 de la One-77, il passe de 517 chevaux dans la DBS à 573 chevaux ici ! Comme pour les deux super GT précédentes, le principal grief concerne la boîte de vitesses, une antique robotisée larguée par leurs homologues à double embrayage de la concurrence. Résultat, si la belle sait danser, se pavaner et attirer les regards, les balades musclées ne sont pas son fort… Pire, la boîte manuelle est incompatible.
Mais il faut la voir. À l’arrêt comme en dynamique. La Vanquish a une présence que nulle autre n’a. Son capot charmant, sa silhouette élégante et son arrière-train dessinant un semblant d’aileron entre ses larges hanches… Quelle merveille ! Si seulement sa boîte était plus rapide. L’ajout de la lettre S à partir de 2016 ne change rien sur ce point, la puissance en revanche continue son ascension : 603 chevaux. La robe se muscle par petites touches, pas de quoi transfigurer la voiture mais en améliorer sa sportivité esthétique, oui. Et puis, il y a ce moteur. À cette époque, il n’y avait déjà plus que les Italiens qui en disposaient. Au choix, un V12 Ferrari hurlant, chantant, strident, ou un V12 Lamborghini aux vocalises ronflantes, stridentes et très crescendo ; Aston rivalisait avec un caractère bien différent. Son bloc n’a pas la même voix, il est plus plaintif. Il aime à être utiliser sur le couple. L’ascension du compte-tours, il s’en accommode et le conducteur aussi. Mais comme sa philosophie de GT l’exige, il est apte à œuvrer à bas régime et à accompagner les accélérations sans avoir à descendre des rapports grâce à un couple dantesque offert par son moteur à faible régime maximum.


Comme la précédente, le règne de la Vanquish touche à sa fin avec une dernière Ultimate Edition avant d’être remplacée par… une DBS au nom Superleggera bien mal acquis. Pendant un temps, nous ne pensions plus voir de Vanquish à moteur avant car une stratégie éphémère disait que la Valkyrie allait donner naissance à deux autres voitures plus accessibles, la Valhalla et la Vanquish, les deux à moteur central arrière. Finalement, le projet sera jeté à la poubelle. Et lorsque la DBS va s’en aller, qui la remplacera ? Gagné ! La Vanquish. Plus de vocalises plaintives en bas et hurlantes en haut. Plus de V12 tonitruant, atmosphérique et mirifique. Mais une voiture bien plus puissante, tout aussi captivante (à défaut d’être la plus élégante elle est la plus sportive) et gratifiante. Mieux : malgré ses performances, sa puissance, sa présence, elle est la plus polyvalente et accessible – pas financièrement, à la conduite plutôt – de sa lignée grâce à une mise au point infiniment meilleure.
En 25 ans, la Vanquish a vu sa puissance progresser de plus de 80%, de 460 à 835 chevaux. La philosophie n’a jamais vraiment changé, les moyens, eux, si. Fondamentalement. Il est assez amusant de regarder le profil des trois Vanquish. Elles utilisent les mêmes codes, les galbes arrière, la silhouette longue, ramassée et musculeuse… Elle n’a pas connu la même carrière commerciale, ni la même reconnaissance que la concurrence. Sur le marché de l’occasion, les Aston de cette époque-là ne rivalisent pas le moins du monde avec une F12 ou une 550 contemporaines. Pourtant, elles le méritent. Pour célébrer les 25 ans de ce nom – qui signifie vaincre en anglais – Aston Martin offre une édition limitée à 25 coupés et 25 Volante de sa dernière itération, un duo présenté à Pebble Beach à la mi-août.

