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Reportage

La mode des modèles uniques

Le luxe ultime réside dans le choix. Avoir le choix d’acheter, de façonner, ou de faire façonner plutôt, un objet sur-mesure, pour soi-même. Un luxe qui revient du passé pour notre plus grand plaisir.

Bentley Continental R Mulliner

Comme nous le rappelions dans un précédent article, l’automobile d’exception a rarement constitué une offre aussi vaste. Toutes les motorisations, tous les goûts, tous les prix sont permis, à condition d’aligner quelques billets… Ce n’est pas tout à fait nouveau. Dès le début de la mobilité sur quatre roues, les carrosses étaient façonnés par de fins artisans appliquant des dorures, des ouvertures, un soin aux détails absolument divins. Puis, quand les chevaux physiques ont été remplacés par des chevaux vapeurs, bon nombre de ces carrossiers ont fourni à leurs clientèles aisées des carrosseries à leur image. C’était d’autant plus facile à l’époque que les notions de sécurité routière n’existaient pas. Autrement dit, on pouvait faire ce que l’on voulait, pourvu que ça soit beau !

Les constructeurs fournissaient des châssis nus – avec moteur, boîte de vitesses et suspensions – et les carrossiers dessinaient par dessus. Avec la rationalisation des coûts de production qui a suivi les différentes crises économiques et l’ouverture de l’automobile au grand public grâce à ces coûts moins élevés, et les difficultés connues notamment après guerre, ce secteur de grand luxe a plutôt été délaissé. Ou plutôt, ceux dotés de la meilleure réputation et avec les trésoreries les plus pleines ont pu conserver leurs places. Aux autres, le cimetière de l’automobile. Les normes qui ont façonné les voitures de la deuxième moitié du XXème siècle ont tué cette offre d’automobile de luxe. Mais aux environs de la fin du XXème-début XXIème, les carrossiers sont revenus à la mode grâce à des méthodes de production enfin comprises et laissant plus de place aux facéties des stylistes.

Alfa Romeo Disco Volante - Touring Superleggera
Rolls-Royce Sweptail

Nous l’avons vu notamment dans le Boucars Magazine n°6, les carrossiers sont revenus sur le devant de la scène. Qu’ils s’appellent Pininfarina, Zagato, Touring ou même Bertone, leurs œuvres se multiplient. Les clients sont prêts à débourser des sommes affolantes pour se distinguer de la voiture du voisin. Une Rolls-Royce Ghost ? Trop commune. Pourquoi pas une Phantom sur-mesure avec une teinte spécifique, parmi les 44 000 disponibles sur le catalogue ? C’est mieux… mais non. Alors, une voiture sur-mesure ? Voilà, c’est ça ! Depuis 2017, le vénérable constructeur britannique a sorti la Sweptail, puis la Droptail (4 exemplaires façonnés et personnalisés avec les clients), des modèles uniques dont les tarifs dépasseraient les 15 millions d’euros ! Mais, il n’y a pas que Rolls-Royce dans cet univers !

Récemment, on a porté Bugatti comme un maître incontestable du sur-mesure avec l’ouverture de son atelier Solitaire, tout à fait extraordinaire, oubliant au passage qu’ils avaient déjà réalisé La Voiture Noire en 2019. Cela dit, d’autres constructeurs l’ont fait bien avant, et tout aussi bien. On pourrait évoquer Pagani, dont le créateur avait réalisé une voiture juste pour lui, la Zonda Barchetta HP, qui finalement a été réalisée à deux unités supplémentaires : des clients l’ont vu au volant de cette Zonda spéciale, et ont voulu la même. Le prix ? 15 millions d’euros. Aston Martin nous a ébloui avec la Victor, même si ce modèle est un peu différent. 

Bugatti Brouillard
Ferrari P4/5

Ferrari, de son côté, réalise cet exercice depuis des dizaines d’années. Bien aidé par son carrossier Pininfarina, fidèle de 1947 à 2012, la firme italienne a connu plusieurs déclinaisons de ses voitures. L’une des premières et bien connue se nomme la P4/5 et mérite de s’y attarder un petit peu. À l’initiative de cette voiture, un homme nommé James Cameron Glickenhaus, un Américain qui a fait fortune dans le cinéma, bien connu de nos jours grâce à ses participations en Endurance et donc au Mans de 2021 à 2023. Ensemble, avec Pininfarina, ils ont convenu de réaliser un hommage à la sublime Ferrari P4 des années 60 sur la base de la dernière supercar de la firme : l’Enzo. Le prix est astronomique mais Glickenhaus l’accepte. L’affaire est lancée : et s’il n’était pas le seul client à accepter de payer au prix fort une voiture aux spécificités techniques identiques à la voiture de série mais à la plastique différente ?

Dans la gamme récente, nombreux sont les clins d’œil aux glorieuses Ferrari du passé. Mais en réalité, c’est ce secteur de voitures uniques qui a débuté cette vague. Il suffit de regarder la P540 Superfast Aperta. Elle repose sur la plateforme d’une méconnaissable 599 GTB, mais avec des formes plus douces et voulues comme un rappel à la Ferrari 330. La SP12EC, sur base de 458 Italia, est une demande d’un client britannique qui a possédé plusieurs 512 BB et qui a voulu une récente lui faisant rappeler cet amour. Il y a aussi ceux qui ont simplement souhaité conduire des voitures différentes, plus suggestives comme la SP38 qui contrastait à l’époque dans la gamme de série, qui montrait encore bien les formes. Ici, elles sont camouflées mais toujours bestiales ! Le sport auto aussi est atteint, la 488 GT3 puis la GT3 Evo ont connu deux carrosseries différentes, respectivement la P80/C et la KC23. On vous laisse choisir votre favorite !

Ferrari P540 Superfast Aperta
Ferrari SC40

La plus récente se nomme SC40. Comme son nom l’indique, elle rend un hommage à la mythique F40. Vous n’arrivez pas à la voir ? Mais si ! Plissez les yeux et regardez l’arrière, surtout. Oui, l’aileron, gigantesque. Comme son aïeule. Pour lui faire un clin d’œil, elle utilise le Lexan® à l’arrière. La robe est blanche, plutôt étonnant pour une F40 dont la production a été, à 99%, peinte en rouge. Le regard est plutôt étonnant, il rappelle la dernière 849 Testarossa. Le profil l’évoque aussi. En tous cas, une chose est sûre : on ne reconnaît pas la base technique. Et non, ce n’est pas la 849, mais la 296 ! Que de chiffres décidément… Oui, la petite 296 a enfanté cette carrosserie. La F40 était connue aussi pour son utilisation de matériaux composites, l’une des premières à l’époque. Aussi, comme un rappel absolument pas camouflé et totalement assumé, du carbone-kevlar est utilisé un peu partout…

Tout est possible ! À condition de payer. Cher. Et d’être déjà client. Fidèle. Donc, il faut être riche. Ce n’est pas demain la veille ! Mais avouez que ces réalisations, diverses et variées, éveillent une curiosité, une envie de pouvoir les admirer, et pourquoi pas, d’aider à les dessiner…

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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