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Reportage

Gordon Murray Automotive

Gordon Murray a dévoilé sa vision de la sportivité automobile routière dans les années 90 avant de faire son retour dans les années 2020 pour continuer de faire rêver une nouvelle génération de passionnés.

McLaren F1

C’est après une longue carrière passée à imaginer les carrosseries de prototypes d’endurance ou de monoplace de Formule 1, à façonner l’avenir en innovant sans relâche et en bouleversant la hiérarchie dans le microcosme du sport automobile que Gordon Murray passe sur la route. Il fonde GMD, Gordon Murray Design, pour explorer de nouvelles façons de circuler, proposer de nouvelles solutions de mobilité tout en étant 100% indépendant. Lassé, sans doute, de la force d’un constructeur comme Mercedes lorsqu’il a dû participer au développement de la SLR, en tous points contraire à ses principes de légèreté, de sportivité… Il s’essaiera d’abord à la micro-mobilité puis à la petite sportive électrique avant de revenir sur le devant de l’automobile d’exception en 2020 avec une photo, trois ans après avoir fondé GMA.

L’image révélait une silhouette pure, fine, très lisse, d’un gabarit contenu et d’une beauté propre à interprétation. C’était la T.50, mais il n’était pas le « décisionnaire ». En réalité, ce sont ses proches qui lui ont fait remarquer que, depuis la McLaren F1, aucune autre voiture de sport n’a aussi bien marié un châssis à un moteur atmosphérique. Alors, il s’est mis à imaginer ce qu’allait devenir la T.50, en reprenant l’ADN global de la F1 et en en améliorant tous les aspects. Après tout, elle bénéficie de 20 ans d’avancées technologiques, du développement de la fibre de carbone à la technologie embarquée dans les moteurs thermiques pour parvenir, tout à la fois, à un couple important et à une puissance confortable. Tandis qu’avant, il fallait choisir entre un petit moteur qui monte vite en régime mais qui peine à mouvoir la voiture à bas régime, ou un gros moteur coupleux mais peu vigoureux.

GMA T.50
GMA T.50 Intérieur

À nos yeux, la T.50 s’inscrit dans la lignée des vitrines technologiques des constructeurs de voitures d’exception. La raison est simple et saute aux yeux à l’arrière : le ventilateur. Cette large hélice d’une quarantaine de centimètres est un héritage de la compétition automobile. Elle est reliée au moteur, lui fournissant un supplément d’air frais qu’elle aspire à l’arrière, générant à la fois un appui aérodynamique non négligeable. Les tunnels venturis dans la partie inférieure participent évidemment à l’efficience aérodynamique. À l’intérieur, comme la McLaren F1, la GMA T.50 place son conducteur au centre et les deux passagers sont légèrement en retrait de chaque côté. La quête de légèreté est allée très loin, les pédales sont ajourées, la fibre de carbone apparente et le moteur, un V12 Cosworth absolument magnifique capable d’atteindre 12100 tours/minute, ne pèse que 178 kg. Le seul élément dont le poids n’a pas été baissé jusqu’à l’extrême est le pommeau de levier de vitesse, que Murray a souhaité d’un certain poids pour qu’on sente les rapports. Au total, la bête ne pèse que 998 kg à sec…

À partir de la T.50, voiture de route au son enivrant et à la silhouette qui contraint le piéton de se tourner à son passage, Murray extrapole une version de piste baptisée T.50 S Niki Lauda. Tout, absolument tout est revu pour transformer la sage voiture de route, parfaite petite GT pour aller se balader avec deux amis en une bête de piste. Cosworth revoit sa copie et parvient à baisser le poids à 168 kg pour une puissance qui grimpe à 776 chevaux contre environ 650 dans la routière. La S perd plus de 100 kg et promettait, lors de sa présentation officielle, un poids de 852 kg à sec… C’est léger ! D’autant que l’attirail aérodynamique, largement visible et qui conserve le ventilateur arrière, génère plus de 1200 kg d’appui. La boîte manuelle est écartée, un volant papillon est intégré et la voiture dans sa globalité se transforme en une pistarde incomparable : plus légère qu’une Lotus, plus puissante qu’une F12 tdf, génère plus d’appui qu’une Senna GTR, et chante divinement bien. Un must absolu limité à quatre fois moins d’exemplaires que la T.50, soit 25 unités.

GMA T.50 S Niki Lauda

Toutes les T.50 ont été vendues avant la première apparition publique, signe d’une confiance infinie en Gordon Murray. La S Niki Lauda a sans doute connu le même sort. Mais GMA n’a pas vocation à disparaître du jour au lendemain. Et en 2022 une nouvelle voiture arrive…

La T.33 s’impose comme une petite sœur de la T.50. Si cette dernière est une vitrine technologique, un manifeste, un hommage glorieux au V12 atmo, la T.33 se veut incarner une proposition plus Grand Tourisme en étant moins légère, moins pointue, moins innovante mais toujours avec la même fibre passionnelle. Coque en carbone, silhouette originale quoique pas si novatrice, le tout est animé par le même V12 Cosworth à la puissance amoindrie – l’ablation du ventilateur a raison de quelques équidés – à 615 chevaux environ. Le couple est suffisant, on obtient près de 80% de sa valeur dès 2000 tours/minute, et le poids reste contenu à environ 1,1 tonne. Autrement dit le poids d’une A110 avec la puissance d’une Ferrari 599 GTB ! Un régal à savourer à deux seulement et qui laisse le choix entre la boîte automatique et la manuelle. Finalement, sur les 100 unités prévues, seules 3 exemplaires ont été vendus avec la boîte auto ! Lorsque la marque décapsula la T.33 dans une itération Spider plus lourde de seulement 10 kg, elle ne proposera même pas la boîte à double embrayage.

Gordon Murray Automotive T.33
GMA T.50 S Niki Lauda

Et puis… plus rien. Il faut souligner qu’entre la date des annonces des voitures et la commercialisation, la livraison de celles-ci aux clients, il y a un certain délai. Depuis l’année dernière, toutes les T.50 sont livrées, quelques essais de la presse spécialisée britannique ont fait état d’une machine extraordinaire, comme d’une McLaren F1 avec 20 ans d’innovation supplémentaires… le rêve ! La T.50 S Niki Lauda a récemment pu prendre la piste lors d’essai de pré-production et, sans le vouloir, a signé un record battant même… des GT3 ! Décidément, Gordon Murray n’a pas les deux pieds dans le même sabot. Il sait ce qu’il fait, et ce qui peut se vendre. Il n’est pas le seul, on l’a découvert l’année dernière…

À la Monterey Car Week 2025, GMA a surpris son monde en dévoilant une nouvelle branche dans son groupe, le GM SV, Gordon Murray Special Vehicle. En somme, l’équivalent de Taylor Made chez Ferrari, Q by Aston Martin, peu ou prou le programme Solitaire de Bugatti. Autrement dit, vous pouvez demander à peu près ce que vous voulez à Murray, une nouvelle carrosserie, et s’il accepte, le résultat sortira de ce bureau, GM SV. Deux modèles ont donc été dévoilés l’année dernière.

GM SV Le Mans GTR

Le premier démarre d’une idée lancée par Joe Macari, vendeur bien connu du Royaume-Uni, qui a demandé à Gordon Murray à quoi ressemblerait une GMA si elle devait répondre au règlement du LMH d’Endurance. L’ingénieur et chef d’entreprise, piqué à cette idée, planche sur une voiture totalement inédite, et Joe Macari de lui indiquer qu’il pourra trouver les clients s’il parvient à faire éclore ce projet. Le résultat le voici, la GM SV LM GTR. Il y en aura 24, un exemplaire pour chaque heure que dure la mythique course mancelle. Splendeur sur base de T.50 – triplace – dépourvue du ventilateur arrière, elle arbore un élégant aileron aux extrémités presque verticales. L’air façonne bien des formes de la voiture, de la plus belle manière, en s’inspirant des glorieux prototypes des années 60 comme la Porsche 917 LH ou la Matra MS660. Mieux encore, elle est homologuée pour la route !

Ce modèle aussi est homologué. Encore plus limité que la LM GTR, cette S1 LM n’existe qu’en 5 unités. 5 ! Un tel chiffre rappelle son inspiratrice, la McLaren F1 GTR victorieuse en 1995, dont 5 des 7 voitures engagées atteignaient l’arrivée. La silhouette est intégralement reprise de la F1 GTR, sous son allure courte à l’arrière-train surmonté d’un aileron fixe. Le ventilateur de la voiture donneuse, la T.50, est écarté. Comme la nature, Murray a horreur du vide. Alors, à la place de tout l’espace alloué au système de « boost et appui », le V12 de 4 litres augmente sa cylindrée à 4,2 litres. La puissance en profite pour suivre la même pente, tutoyant les 700 chevaux, toujours guidés aux roues arrière par une boîte manuelle. L’exécution est parfaite, les finitions exquises et la possibilité de personnalisation infinie. Mais cet hommage a un coût. Un exemplaire a été mis aux enchères en fin d’année 2025 et est parti à plus de 20 millions de dollars…

GM SV S1
Gordon Murray SV S1

Un nouveau fond d’investissement est arrivé dans le board de Gordon Murray Group, éclipsant le fondateur de sa place de PDG en échange de plus de 100 millions de livres d’investissement. Tout récemment, suivant sans doute l’engouement suscité par la réinterprétation de la F1 GTR via la S1 LM (pour Special One), GM SV a levé le voile sur la S1. Sans grande surprise, elle retire l’aileron de la LM pour arborer une silhouette plus pure, en héritage direct de la F1 originale, de route. À ce titre, elle ne sera assemblée qu’à 64 unités, soit la même quantité que le nombre de F1 dans leur configuration d’origine. Bien que leurs noms soient proches, S1 et S1 LM ne partagent aucun pan de carrosseries, tout a été redessiné. Cette charge de travail considérable donne ici naissance à l’hommage le plus sincère qui soit.

Mais voilà, nous y sommes. Quel sera le futur de GMA et de sa branche SV ? Une T.50 Spider ? Nous doutons, le cycle de vie de la T.50 s’approche de la fin. Une T.33 plus radicale ? Il y avait des murmures qui évoquaient cette possibilité à laquelle nous adhérons franchement ! De nouveaux hommages aux exemplaires de McLaren F1 ? Peut-être les versions longues… ce n’est pas à exclure. Et d’autres modèles à part entière ? C’est fort probable. Et puis, le groupe dans son intégralité peut travailler sur des projets divers et variés. Le mieux reste d’attendre, de patienter.

GMA T.33

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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