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La gamme Bentley rivalise d’ingéniosité pour proposer des modèles toujours plus exceptionnels, mélangeant comme aucune autre le luxe et le sport avec l’élégance toute britannique. À titre de comparaison, une Rolls-Royce préfèrera toujours le luxe pur et dur (même avec le Black Badge), une Aston Martin brillera plus dans le sport. Mais, comme chez son ancien propriétaire, la gamme classique ne suffit pas totalement à la clientèle Bentley. Que leur faut-il ? Car la gamme se compose d’un grand coupé (Continental GT), de son pendant grand cabriolet (Continental GTC), d’une longue berline (Flying Spur) et d’un SUV disponible en deux longueurs d’empattement (Bentayga). Alors ? Rien de bien original : des carrosseries ultra-limitées et une personnalisation ultra-poussée. Pour cela, Bentley confie chaque demande de personnalisation à son département historique Mulliner.
En remontant l’arbre généalogique, le nom Mulliner a croisé la famille royale britannique bien avant la Bentley State Limousine de la Reine Elizabeth II, puisqu’on le retrouve sur les calèches des Windsor du XVIème siècle ! Le goût de l’exception semble couler dans les veines des Mulliner et atteint celle d’un descendant du nom de Henry Jervis Mulliner né au XIXème siècle. En 1900, il sent l’intérêt pour les automobiles grimper de plus en plus, et décide de lancer son entreprise de carrossier. À l’époque, les voitures sortaient des usines des constructeurs sous la forme d’une base motorisé (moteur, châssis, boîte) mais dépourvues de carrosserie. Pour cela, il fallait se rendre chez des carrossiers. Sous le nom H. J. Mulliner, les carrosseries les plus prestigieuses sortaient des ateliers de cette lignée unique en son genre. Il travaille pour la première fois sur une Bentley en 1923, sur un modèle 3 litres.
Le chef d’œuvre absolu de cette collaboration entre les deux entités de luxe arrive en 1952 sous la forme d’un coupé hors du commun basé sur une Continental R contemporaine. Un coupé anormalement long doté d’une calandre très haute à côté de laquelle sont intégrées les deux double-optiques. Le capot, haut lui aussi, mène à un pare-brise légèrement incliné et dessine une courbe qui s’étend jusqu’au train arrière comme une traîne de robe de mariée… Les ailes arrière cachent les roues et donnent un fort sentiment de dynamisme, même à l’arrêt. 5 ans plus tard, une nouvelle collaboration donne naissance à une version proche mais dotée de 4 portes, la bien nommée Flying Spur. Un nouveau chef d’œuvre ! Si le luxe est un monde à part, il n’a pas toujours coulé les mêmes jours heureux qu’aujourd’hui. Aussi, alors en difficultés, Rolls-Royce (déjà propriétaire de Bentley depuis 1930) absorbe le prestigieux carrossier en 1959, puis l’associe à un autre carrossier dont elle a la propriété depuis les années 30 également, Park Ward sous l’entité Mulliner Park Ward. Durant la guerre (composée de multiples batailles et coups bas) entre BMW et Volkswagen qui a mené à la séparation de Bentley et de Rolls-Royce, Volkswagen a obtenu les droits de Mulliner.
Un badge qu’elle utilisait avec parcimonie avant les années 2020. C’est ce département qui réalise les personnalisations les plus poussées (couleurs spéciales, cuirs…) mais aussi qui a entrepris une renaissance, celle de la Blower, une recréation des modèles vainqueurs au Mans aux mains des Bentley Boys dans les années 1920. Est-ce dû à une forte demande ou à une proposition issue du département marketing, nul ne sait, toujours est-il que Mulliner a entrepris de reprendre son rôle de carrossier sur base de châssis existants tout en célébrant un moteur. ou plutôt, le glorieux moteur que Bentley utilise depuis 2003 : le W12.

Le premier modèle de ce retour se nomme Bacalar. Il tire son nom d’une ville mexicaine qui, d’après les photos, donne envie d’y poser ses valises (de vêtements) et de les faire disparaître (celles sous les yeux). Quand son nom précède celui de Bentley, on a affaire à ce que la firme appelle une « barchetta », soit un petit bateau vif. Transposé dans le monde automobile, la vivacité se perd (désolé Bentley mais le poids reste l’ennemi de la performance) au profit de l’élégance et de l’exclusivité. Sous le long capot, le W12 6.0 officie dans une configuration à 659 chevaux. Autour, la carrosserie s’inspire du concept EXP100 GT. On peut donc considérer ce long cabriolet peu logeable (malgré ses 4,85 m de long, il n’y a que deux places) comme un concept roulant. Le soin apporté aux détails le suggère aussi, tout comme son profil avec ces appuie-têtes prolongés sur ce qui devaient être des places arrière, assez original. Ou encore, sa rareté. S’il existe une seule ville appelée Bacalar, il y a 12 fois plus de voitures dans le monde avec ce nom. Toutes uniques et personnalisées – nous l’espérons avec goût.
Lors de la Monterey Car Week 2022, Bentley a dévoilé un nouveau modèle avec un nom particulier, renvoyant à un plan d’eau naturel de 16 km2 et profond de 88m sur l’île de Bali. La ligne s’éloigne de celle de la Bacalar, tant dans le style que dans la carrosserie. Puisque cette Batur est un coupé. Le design, lui, laisse apparaître les codes stylistiques des futures Bentley, notamment le prochain modèle électrique (à venir en 2025, normalement). Tout comme la Bacalar, la seule limite de la personnalisation demeure l’imagination du (riche) propriétaire. Ce dernier ne pourra embarquer qu’un seul passager à bord, puisque comme la « barchetta », la Batur est un coupé deux places. Un plaisir limité, donc. À l’inverse, sous le pied droit, il y a du monde ! Le W12 compte 740 chevaux et 1000 Nm de couple. Est-ce trop ? Euh… oui. Bentley a toutefois cru bon de conjuguer W12 à une transmission et à une direction intégrale, à un châssis à l’antiroulis actif… Le plus avancé de tous les temps. Pour un lac, normal finalement… Moins rare, il existe 18 coupés.
Y aurait-il, dans la clientèle de Bentley, des jaloux ? Ou des collectionneurs qui cherchent à avoir toutes ces voitures ? Ou alors, préfèrent-ils profiter encore du W12, tant qu’ils le peuvent encore… Si tel est le cas, on ne les blâmera pas ! Aussi, voici la Batur cabriolet. Pur modèle thermique avec un W12 6.0 qui bénéficie d’une petite louche de puissance en plus, avec 750 têtes et toujours autant de couple. De quoi la perdre, la tête. Ou pas, puisque les appuie-têtes, deux toujours, sont là pour la maintenir. Le comportement dynamique pâtit souvent de cette perte de rigidité due à l’ablation du toit, ou plutôt à son remplacement par une épaisse capote qui s’ouvre et se referme en 19 secondes à 50 km/h maximum. Pour la rendre moins perceptible, Bentley a haussé la puissance, mais a aussi revu le dessin du train arrière de la Batur. Ce dernier arbore un petit béquet en queue de canard et un extracteur d’air bien visible ici. Peut-être est-ce la configuration qui le met bien en avant… Seuls 16 exemplaires verront le jour, tous munis du W16 qui devrait signer sa fin de vie… cet été.
Pour lui succéder, Bentley a choisi un V8 associé à tout un attirail électrique. À lui seul, cet équipage formé de cellules de batterie peut rouler pendant 80 km en tout électrique. Efficient, plus que le W12 à n’en pas douter, efficace (750 chevaux) à n’en pas douter non plus. Mais le charme d’un moteur avec une telle architecture… disparaît.











