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« La beauté est dans les yeux de celui qui la regarde » disait Oscar Wilde. Difficile de le contredire : chacun a sa propre définition de la beauté, et c’est très bien ainsi. En automobile, c’est encore plus compliqué. On a des sensibilités propres, des attachements à certains constructeurs, certaines voitures, et l’inconscient collectif place souvent quelques voitures au-dessus d’autres, par simple logique commune. C’est le cas des Aston Martin que la quasi totalité des amateurs d’automobiles classe parmi les voitures les plus belles du monde. Parfois, leur élégance est évidente, comme celle des courbes délicieuses des DB4, DB5 ou DB9, Vanquish. Parfois, elle est plus subtile, comme la radicalité apparente de la One-77 ou de la Vulcan et le raffinement des finitions qui confère à la voiture une âme sublime.
La Valen intègre inévitablement cette catégorie de voitures pour laquelle il faut y regarder à plusieurs fois pour en déceler toute la puissance, toute la différence, toute la quintessence du produit. Au premier abord on souffle un « ouf » de surprise, voire une grossièreté. On se demande comment le roi des ailes élégantes a pu à tel point pousser le bouchon des lignes tendues. Un peu plus tard, on se dit qu’Aston Martin nous a tant habitué à de magnifiques voitures qu’on ne peut pas ne pas croire qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Alors, on regarde à nouveau et le charme commence à opérer… et même assez rapidement, il faut le reconnaître.


La face avant abandonne la traditionnelle calandre ou, plutôt, la réinterprète à sa manière… Pour faire simple, elle occupe ni plus ni moins que… toute la largeur du bouclier ! Quelques barres verticales et une horizontale séparent, probablement, la diffusion de l’air vers le moteur, les freins, ou pour générer de l’appui. C’est complexe, infiniment complexe. Les projecteurs semblent presque engoncés entre le profil du capot plongeant vers le bouclier et la calandre justement. L’antagonisme entre la grande face avant méchante et la finesse des phares est assez amusante. Comme de coutume chez Aston, les ailes montent presqu’au-dessus du capot, lequel est pourtant bombé en son milieu, et éventré pour évacuer l’air chaud du monstre qu’il cache…
Le profil nous confirme dans la première idée de radicalité de la voiture, et nous donne des clefs sur l’origine du châssis mais chut, on en reparlera plus tard. Pour le moment, restons sur les ailes avant qui se prolongent jusqu’au pare-brise avant de créer une ouverture légèrement oblique entre la roue et la portière, évacuant cette fois-ci l’air chaud des freins et des pneus. Il est ensuite conduit par les jupes latérales jusqu’au train arrière, et à ces trois stries héritées du développement des Valkyrie et Valhalla.


À l’arrière, ô surprise, le rétroviseur central devient inutile puisque la vitre postérieure est purement et simplement remerciée, une jolie surface en fibre de carbone la remplace. Elle est bien campées sur ses roues arrière, laissées visibles par le discret diffuseur. Les sorties d’échappement sont scindées en deux couples, l’un placé le plus bas – disposant de clapets – et l’autre juste en-dessous de l’élégante barre de feux reprenant la calandre iconique – qui lui résonne tout le temps ! Ce dernier couple s’intègre dans un élément perforé conçu pour évacuer l’air chaud du système d’échappement – en titane, s’il vous plait – en plus d’être une œuvre d’art… Enfin, nous n’allions pas l’oublier, l’imposant aileron presque vertical reprend le profil du Gurney Flap… en encore plus radical !
La couleur de présentation vous fait mal aux yeux ? À nous aussi, il s’agit d’une teinte exclusive baptisée Satin Andromeda Red mise au point par le département Q by Aston Martin – comme la voiture en elle-même d’ailleurs – qui chance de couleur en fonction de la lumière. Si ça ne vous plait pas, rassurez-vous, le catalogue Q est long comme l’attente devant le péage en retour de vacances.


En ouvrant la portière, la Valen ne surprend pas vraiment. Si l’extérieur est au-delà de l’imaginable, l’intérieur est, à quelques menus détails, la copie conforme de la Vanquish, qui lui donne sa base. Rien de bien grave en réalité, car nous l’aimons bien, cet habitacle. Un écran derrière le volant, un autre au centre, de multiples boutons pour activer ou désactiver les fonctions les plus importantes sans avoir à passer par l’écran, et surtout… cette formidable impression de luxe ! Au centre, cette partie en fibre de carbone laissée apparente prend la forme d’une colonne vertébrale, centrale et indispensable. Le cuir recouvre toute la cabine, du sol au plafond. Le choix de la teinte ? Difficile. Tout comme le choix pour les sièges, allant du plus confortable au plus sportif, ou les couleurs des motifs sur les contre-portes. Tout y passe. C’est… extraordinaire.
Et ce n’est pas tout. Comme le dit l’adage « la forme c’est le fond qui remonte à la surface ». En prenant en compte la radicalité évidente de sa carrosserie, qu’en est-il de sa fiche technique ? « La supercar à moteur avant la plus puissante du monde » affirme Aston. C’est en partie vrai. La Valen repose sur la base technique de la Vanquish, et à ce titre reçoit le meilleur moteur de la gamme : le V12 5,2 litres biturbo maison. Pour l’occasion, et pour revendiquer son titre, il augmente sa puissance à 850 chevaux (+20) quand le couple stagne à une valeur amplement suffisante de 1000 Nm ! Pire, cette dernière valeur s’obtient dès 2 500 tours/minute. Soit… immédiatement. Ou presque. La boîte de vitesses a été revue pour l’occasion, le communiqué parle d’inspiration de la Vantage GT4, sans doute concerne-t-il les sensations lors des passages de rapport.


Un bonheur n’arrivant jamais seul, on l’a vu, la Valen emploie beaucoup de fibre de carbone à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur et dans les parties cachées. Elle utilise aussi du magnésium, de l’aluminium et du titane, lesquels sont placés aux endroits les plus intéressants pour délivrer leurs propriétés. À ce titre, et pour continuer de faire baisser le poids, un pack spécifique propose de baisser le poids de 16,9 kg en usinant l’aluminium des bras de suspensions. En additionnant toutes les masses gagnées, on obtient un régime de 110 kg ! Moins de poids, plus de puissance, de nouveaux rapports de boîte, une direction et une réponse moteur recalibrées en conséquence… Elle commence à vraiment m’intéresser, la Valen ! D’autant qu’un dernier élément reste à découvrir : ses pneus.
Ne l’oublions pas, tout le poids de la voiture repose sur ces quatre bouts de gomme. Il est donc primordial de bien les choisir, de bien les développer. Pour cette voiture, Aston s’est tourné vers Pirelli qui a récemment mis au point son pneu le plus avancé : le Cyber. Cette technologie intègre des micro-capteurs dans les pneumatiques pour être au plus proche des réactions, des informations de la route, du pneumatique, de la voiture. Ainsi, les informations sont obtenues plus tôt que lorsque le programme doit calculer en fonction de données dynamiques, et les réactions des différents systèmes de conduite – ABS, TC, ESP, Torque Vectoring… – sont plus imminentes, plus immédiates et donc améliorent les performances globales de la voiture. Par exemple, le blocage d’un pneu avant l’intervention de l’ABS est connu plus en amont grâce à ce pneumatique. Après la McLaren Artura et la Pagani Utopia, c’est donc au tour de la Valen d’Aston Martin d’adopter cette technologie innovante et prometteuse.


Alors, convaincus ? Vous aussi, vous en voulez un exemplaire ? J’ignore s’il en reste à vendre… mais même sur le marché de la seconde main, les 150 exemplaires risquent de demander des sommes assez astronomiques. On parle d’un prix de départ supérieur à 1,5 millions d’euros… Quant à la promesse de « voiture à moteur avant la plus puissante », c’est oublier la Brabus Bodo, certes basée sur la Vanquish et assemblée par un préparateur, mais quand même… Enfin, dernier petit grief pour Aston Martin, et Q en particulier, les trois derniers projets sont étonnement proches : Valour, Valiant et maintenant Valen, elles partagent un même ADN stylistique inspiré du passé – en particulier la RHAM – et une même philosophie, ou presque. Un petit changement ne serait pas de refus. Mais malgré ça, on l’aime, votre Valen.
