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Zagato AGTZ

Zagato la présente comme une oubliée de l’histoire, une oubliée du Mans. Elle est arrivée à l’époque où Ford raflait la mise, année après année, rendant impossible la vie de ses rivaux… Elle est l’Alpine A220.

Alpine A220

Le monde entier connaît la berlinette A110, tout le monde a ses images en tête, montrant les quatre projecteurs apparaître dans la pénombre, éclairer les routes, les virages et le public, se frayant un chemin entre les arbres à des vitesses incroyables. Alpine brille en rallye, mais la marque espère en mettre plein les yeux dans d’autres disciplines automobiles, à l’instar de l’endurance. Voilà pourquoi, dès 1963, deux A110 recarrossées, avec un porte-à-faux arrière totalement revu, prennent la direction des 24h du Mans sous le nom M63. La quête n’est pas celle de la victoire absolue, leur cylindrée ne leur permet pas. Elles préfèrent la course au rendement énergétique, à l’indice de performance qui est le fruit d’un savant calcul mettant en corrélation la consommation de carburant, la distance parcourue, la cylindrée du moteur… Malheureusement, aucune des deux M63 ne verront le drapeau à damier. L’année suivante, une version évoluée arrive, la M64, avec parmi les changements un moteur plus gros, passant de 996cc à 1149cc. Les résultats espérés ne sont pas touchés, mais deux des cinq engagées rallient l’arrivée. 1965, les Alpine abandonnent chacune leur tour. La M65 était pourtant une bonne base…

Et Alpine compte bien l’utiliser à bon escient. Elle en extrapole une version évoluée nommée A210, en référence à la voiture que Monsieur Tout Le Monde peut acheter. Nouvelle carrosserie, nouvelle étude aérodynamique… L’A210 arbore une ligne très élégante et efficiente à l’exact opposé des autres prototypes augmentant la performance à coup de moteur plus gros, plus puissants… L’A210 continue de se frayer un chemin dans l’indice énergétique en confiant son sort au 4 cylindres en ligne 1.2. Malgré sa raisonnable puissance, la belle file vite, dépassant allègrement les 250 km/h sur la ligne droite des Hunaudières. Si c’est insuffisant pour suivre le rythme des GT40 bien plus puissantes, l’A210 réussit là où ses aïeules ont échoué : rallier l’arrivée. Dès sa première participation, l’A210 arrive à une jolie 9ème place, et arrive première dans la catégorie des moins de 1300cc. Bravo madame ! L’A210 continue sa route en 67, puis en 68. Mais cette année-là, elle est rejointe par l’A220. Las de voir Ford gagner et s’accaparer la lumière, Rédélé demande à Gordini de mettre au point un moteur pour rivaliser avec la GT40. Ainsi naît… un V8 de 2996cc. Jamais ce dernier ne réussira là où l’A210 a brillé. Mais cet essai est suffisant pour marquer l’histoire… dans l’ombre. Après la saison 1969, Alpine se retire de l’endurance pour se concentrer sur le rallye. Bientôt, l’A110 remportera le premier titre de championne du monde des rallye. Et la gamme s’agrandira. Pour l’heure, les A210 et A220 tirent leur révérence, sans avoir autant attiré l’attention que la berlinette…

Alpine A220 #1731

Zagato répare ce tort en rendant hommage à cette belle oubliée de la grande histoire. Certes, au contraire de Matra, l’Alpine n’a pas gagné. Mais n’a-t-elle pas marqué, elle aussi, un peu, l’histoire de la discipline ? Elle est la seule Alpine à moteur V8. N’est-ce pas suffisant pour attirer la lumière ? Et par la même occasion, d’innover, d’inventer.

AGTZ avant

Ici, point de V8 mais la base que dis-je, l’excellente base de l’A110 berlinette que l’on aime de nos jours. Évacuons donc rapidement sa fiche technique : 4 cylindres 1.8 turbo de 252 à 300 chevaux. Mais cette base est… quasiment imperceptible. Les fameux quatre phares du coupé se dessinent dans d’élégantes ellipses imitant la voiture inspiratrice. Ils sont simplement plus haut perchés, merci les normes gouvernementales… Tout comme sa muse, l’AGTZ surveille sa relation avec l’air. À l’avant se dessine une entrée d’air béante qui le guide vers le capot ouvert pour accroître l’appui sur le train directeur. Les amateurs y retrouveront d’ailleurs les trois fameuses lignes de l’A110 originale sur le dessin du capot… De profil, la fibre Zagato se distingue nettement. Elle se reconnaît par la surface vitrée qui semble n’être faite qu’en un bloc. Le toit porte le fameux double-bossage, signature du designer, tandis qu’il se termine par la vitre arrière reprise de la voiture donneuse. Les deux parties vitrées sont jointes par un drapeau tricolore prenant la même place que dans la berlinette de série. En revanche, son entrée d’air cachée dans le prolongement des vitres disparaît au profit d’une ouverture plus prononcée au niveau de la portière directement reprise de l’A220.

Et c’est là que l’aventure commence ! Car Zagato ne voue pas qu’un culte à l’A220 connue pour son long porte-à-faux arrière mais aussi pour celle plus méconnue à « la queue tronquée » du châssis 1731. Deux idées aérodynamiques s’affrontent… Zagato propose la formule 2 en 1. Dans sa version courte, le popotin est relevé. Le diffuseur arbore la sortie centrale classique. Le dessin global tranche nettement avec la voiture de série, on sent une volonté de la marque de laisser glisser l’air, voire de l’utiliser à bon escient, en creusant des sillons entre le dessin des passages de roues. Serait-ce mal venu d’y voir une inspiration (lointaine certes) de la Giulia Zagato SWB et de son élégante ligne de feux arrière ? Or, ici, point de bandeau mais deux optiques séparés en plein milieu. On s’éloigne du symbole de l’ADN de la voiture de série. Un tour de passe-passe plus tard, le propriétaire peut allonger son auto de 30 cm (tout de même…) et donner vie à l’autre A220. On n’arrête pas le progrès ! Le diffuseur est prolongé, voire exagéré. La ligne de la vitre arrière continue sa route jusqu’à une élégante ligne horizontale dans la largeur dont les deux extrémités terminent de rendre hommage à la voiture-muse. Deux feux verticaux y sont incrustés. Rien n’indique le poids de cet allongement à la carte réalisé en fibre de carbone, mais Zagato aime les voitures légères, donc aucun risque à avoir !

AGTZ arrière court
AGTZ arrière long

Ce modèle hommage deux-en-un coûte la bagatelle de 650.000 € hors options et taxes et se destine à 19 chanceux. Fruit de l’association de la maison La Squadra, dont le showroom automobile voit passer des Pagani, Bugatti, Koenigsegg, Alpine ou encore Ferrari, et de Zagato, l’AGTZ fera son premier bain de foule en mai prochain à la Villa d’Este. Elle est aussi l’occasion pour l’héritier Zagato d’énoncer sa vision pour l’avenir de l’entreprise. Selon lui, avec l’essor de l’électrique, les propriétaires ne pourront plus choisir leur carrosse pour le son de son moteur. Dès lors, le design pourra redevenir une raison d’achat, comme dans les années 60. Un retour de l’âge d’or dit-il, ici porté par l’AGTZ. Une fois de plus, les Italiens nous surprennent. Par le choix de l’automobile, par le dessin, et cette fois par ce tout-en-un jamais vu ! Un seul regret, l’absence de prise de risque à l’avant, par rapport à un arrière très inspiré. Mais, pour le maestria que c’est, rien de bien méchant !

AGTZ

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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