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Scuderia Cameron Glickenhaus

Le film avait bien débuté : la petite écurie contre les grands constructeurs. L’histoire des 24h du Mans regorge d’idée comme celle-ci. Elle n’a, malheureusement, pas fonctionné ici…

SCG 007

Son nom n’est pas le plus connu du monde de l’automobile. Glickenhaus. Scuderia Cameron Glickenhaus. Américain d’origine, James Glickenhaus fait fortune dans l’univers cinématographique. Son argent, il l’investit pour une partie dans des affaires fructueuses, et assouvit ses passions dans un second temps. Alors qu’il est dans les petits papiers de Ferrari, il est choisi pour être l’un des 499 propriétaires du chef d’œuvre Ferrari Enzo. Amoureux de course automobile et notamment de la Ferrari 330P4, notre entrepreneur américain demande une voiture différente : une héritière de sa voiture favorite. Ainsi naquit la Ferrari P4/5. La base est identique à la supercar « classique », mais la carrosserie diffère très largement, elle qui est dessinée, une nouvelle fois, par Pininfarina. Glickenhaus devient constructeur en 2004 avec des modèles à très faibles volumes, les 003 ou 004S en vue de participer à de grandes courses d’endurance. Les 24h du Nurburgring, notamment, mais aussi, depuis l’avènement de la catégorie LMH, au WEC.

Sa voiture s’appelle la 007. Comme l’espion britannique, elle ne passera pas inaperçue. SCG arrive en même temps que Toyota avec sa GR010. Les Nippons ont des quantités phénoménales de données concernant la motorisation hybride et une expérience certaine en endurance, notamment grâce à ses victoires en LMP1 de 2018 à 2020. Dans l’ombre des Toyota, les SCG font office de challenger, guettant le moindre faux pas de sa rivale, glanant la moindre place supplémentaire. À la quête de performance ultime et de règne sans partage de Toyota, SCG répond par une fiabilité technique à toute épreuve et une certaine sécurité. Le règlement fixe la puissance maximale à 500 kW, soit 680 chevaux, et un poids minimum de 1030 kg. Mais rien n’est contraint concernant l’obtention de cette puissance. Dans une optique de sécurité, et d’attachement aux racines américaines, SCG choisit un bon vieux V8 tout neuf, sur-mesure, sans aucun artifice électrique. 

SCG 007
SCG 007

Pourtant, il n’est pas américain mais… français. Signé Pipo Moteurs, motoriste depuis 1973 et ayant fait ses preuves dans l’univers du rallye, le V8 cube 3,5 litres et reçoit l’aide de deux turbocompresseurs. Il développe à lui seul la cavalerie de 680 chevaux, tous dirigés vers l’arrière. Revenons un moment sur les racines des V8. L’un des pionniers de ce moteur se nomme… le marquis De Dion. Le même qui donne son nom à la défunte marque De Dion-Bouton. Motoriste, il conçoit un V8 qu’il installe sur une de ses voitures en 1915. Un soldat américain l’essaie, tombe amoureux et rentre avec dans son pays natal. La marque Cadillac en fera sa marque de fabrique, et le V8 devient une légende américaine… mais 100% français ! Un V8 français dans une hypercar américaine, la boucle est bouclée ! Les spectateurs des courses d’endurance en ont eu pour leurs oreilles pendant les 3 années de participation de SCG au WEC. Alors que la Toyota mise sur la performance pour briller, Glickenhaus préfère le spectacle… auditif ! On l’entend bien avant de l’avoir. Le comportement sain des 007 sécurise, comme dit plus haut, des places d’honneur. Ainsi, en profitant des mésaventures de ses adversaires, les SCG montent des marches. En 2022, elle s’autorise même la troisième marche du podium. Lors de leurs dernières 24h du Mans, les 708 et 709 termineront même devant la Peugeot 9X8, 6 et 7ème. 

Les adversaires aiguisent leurs lames. Les budgets augmentent. Et SCG ne peut suivre la cadence. En juin dernier, la firme a annoncé se retirer de la compétition, tout en précisant sa fierté. SCG peut être fière. Sans doute pas la plus compétitive du plateau, mais l’une des plus sonores. Et rien qu’avec cet argument, SCG a gagné de nombreux fans aux abords de la piste ! Et maintenant, peut-être sur route aussi. Dans les premières négociations du règlement LMH, il était question d’une version routière pour homologuer la voiture. Comme en GT3 ou en GT1 à l’époque. Glickenhaus a annoncé, en début 2023, pouvoir vendre quelques exemplaires de sa 007 routière. Le résultat annonce 1000 chevaux tirés du même V8. Et une plastique identique à la voiture de piste, à quelques menus détails près. Et une homologation au Royaume-Uni et aux États-Unis. La France… pas pour l’instant. Et le prix ? Ne parlons pas de choses qui fâchent…

SCG 007

Glickenhaus quitte la compétition. C’est une tristesse de perdre un tel moteur et un tel dévouement de la part d’une écurie privée avec bien moins de budget que ses concurrents. Sa simple participation nous a permis de rêver. Elle quitte la compétition alors que la liste de concurrents s’allonge à vue d’œil. Dès l’année prochaine s’affronteront les mêmes qu’en 2023, Toyota, Peugeot, Cadillac, Ferrari, Porsche, et les petits nouveaux, Alpine, BMW, Lamborghini et Isotta Fraschini Milano. Avant de voir arriver en 2025 Aston Martin et sa Valkyrie. Le départ de SCG est une tristesse, mais la compétition, plus relevée que jamais, et de nouveaux moteurs potentiellement sonores, vont nous aider à sécher nos larmes !

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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