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Les incursions des constructeurs français dans le premium, dans le haut de gamme, se soldent souvent par des échecs. Ce n’est pourtant pas leurs qualités qui sont remises en question, bien souvent elles tiennent même la dragée haute sur le confort, sur l’originalité, sur le style aux cadors européens (principalement le trio allemand). Ce qui pêche souvent se niche sous le capot avant. Vous savez, la noblesse mécanique. Ce petit truc en plus qui fait toute la différence. Entre un courageux quatre cylindres, vif bas dans les tours mais qui s’essouffle vite, et un valeureux six cylindres, de même puissance, à l’allonge extraordinaire, le débat est rapidement perdu par le premier bloc… Pourtant, dieu sait si ce dernier a des qualités, mais telle est la dure réalité du marché. Et puis, il y a l’identité de marque, son positionnement, son histoire… Bref, il n’y a pas que les qualités intrinsèques qui rentrent en ligne de compte. Cela dit, avec l’hybridation, nos Français tiennent une partie de leur revanche. L’allonge d’un moteur thermique est ici remplacée par l’immédiateté constante d’un couple électrique disponible à chaque instant qui, en prime, baisse les consommations. Tout pour plaire !
C’est justement en surfant sur ces « nouveaux avantages » que Renault s’affirme comme un spécialiste du sujet. Il suffit de jeter un œil à sa gamme pour constater que tous les véhicules thermiques disposent d’une version hybride. La fameuse E-Tech que l’on connaît tant. Si en France, l’image de Renault est celle d’un constructeur généraliste bon à tout faire, surtout des voitures pour monsieur et madame tout-le-monde avec tout ce qu’il faut dedans, dans d’autres contrées et continents, elle a une proposition plus haut de gamme. C’est le cas notamment en Corée du Sud, pays dans lequel Renault compte assembler ce Filante.


Et oui ! Encore un ! Un SUV gigantesque qui flirte avec les 5 mètres et qui ne s’en cache absolument pas. Grand, il veut l’être pour s’aventurer dans les segments D et E, un marché qui représente un peu plus de 50% des ventes en Corée du Sud ! On est loin de notre traditionnelle Clio ! Pour s’intégrer dans ce segment et s’attirer les regards, le Filante a eu droit à de l’aide. Si le développement de la voiture a été totalement réalisé sur le sol Coréen, le dessin est issu d’une collaboration d’entre le Technocentre en France et le bureau Renault d’Asie. Le résultat est original, à n’en pas douter. Il y a plein de choses à dire. La silhouette d’abord, sa surface vitrée nous fait l’assimiler à un SUV coupé ce qu’il est à moitié en regardant la ligne de la vitre arrière, très profilée. Mais de profil, la partie carrosserie qui dessine le béquet arrière nous joue des tours ! Quant on en est à l’arrière, restons y pour tenter de comprendre cette face complexe. Les feux arrière s’intègrent dans un bandeau noir creusant le coffre dont on peine à comprendre l’utilité… La partie inférieure du bouclier est comme entourée de deux parenthèses.
Retournons à l’avant en appréciant la silhouette élancée du SUV, un élan auquel participe la légère inclinaison du capot nervuré. À ses deux extrémités, les deux doubles optiques d’une belle finesse éclairent la route d’un regard menaçant. Le logo rétroéclairé au centre est placé au centre d’une partie munie de multiples demi-losanges dont seuls quelques côtés sont illuminés. En-dessous des optiques, des crochets délimitent les extrémités du bouclier et sont utilisés comme feux de jour. Le communiqué explique qu’il s’agit de demi-losange dont les angles d’ouverture sont identiques à celui du logo. Les designers doivent bien s’amuser sur leurs tablettes graphiques !


Et l’intérieur alors, à quoi ça ressemble ? À rien de plus qu’un SUV de 2026 où la technologie et les lumières d’ambiance pullulent… jusqu’à ne plus en pouvoir ! Pour les connaisseurs de Renault, vous vous attendiez sans doute à voir le fameux OpenR Link en forme de L inversé. Mais non. Les Coréens ont la chance (?) d’avoir droit à un autre affichage, un triple écran baptisé OpenR Panorama Screen composé de trois dalles de 12,3 pouces. Comme si ce n’était pas suffisant, le conducteur a droit à un affichage tête haute de 25,6 pouces, répliquant les informations déjà présentes sur les différents écrans… En parlant du conducteur, Renault souligne l’arrivée d’un nouveau volant, un cercle pas tout à fait rond doté de deux méplats (parties supérieures et inférieures) à quatre branches. Des lumières d’ambiance illuminent l’habitacle en partant des portières pour rejoindre la planche de bord. Comme pour ne pas oublier dans quelle voiture vous êtes, Renault a jugé bon d’inscrire le nom de la voiture sur les contre-portes
À l’inverse de nombreux constructeurs (dont Renault sur ses modèles électriques) faisant migrer leurs sélecteurs de boîte de vitesses derrière le volant, le Filante conserve le manche central (pas des plus élégants, reconnaissons-le) et quelques autres accessoires et boutons bien connus de notre côté du Globe. On aperçoit le bouton de frein de parking, ou le rangement caché par un élément coulissant, pas des plus flatteurs à l’œil. Pourtant, Renault assure avoir voulu rendre une excellente qualité perçue à bord de son SUV, en soignant les alignements, en utilisant des matériaux issus de l’économie circulaire. Mais comme souvent dans ces ambitions-là, quelques éléments rappellent l’origine de Renault… On attend donc de voir (enfin, d’entendre) ce que pourrait donner ce soin apporté à l’isolation phonique puisque des vitres et des joints sont là pour ça, ainsi que des microphones installés pour fournir une annulation active des bruits du moteur…


Outre la technologie qui subjugue ou énerve, il y a les données chiffrées qui rassurent. La taille des écrans, c’est bien. La taille d’un coffre, c’est plus utile ! À l’arrière, le Filante octroie aux bagages des familles un espace allant jusqu’à 633 litres en configuration 5 places et 2050 en baissant la seconde rangée ! Renault promet un confort excellent dans les deux rangées grâce à des sièges enveloppants… Il va sans dire que jamais le Losange n’aurait affirmé l’inverse ! Quant à ce qui se cache sous le capot, il y a du bon ! Au lancement en tous cas, le Filante est un full Hybrid de 250 chevaux. Il associe un 4 cylindres de 1,5 litres à deux moteurs électriques intégrés dans la boîte de vitesses. L’un (de 82 chevaux) réveille le bloc thermique, l’autre (de 136 chevaux) aide le 4 cylindres de 150 chevaux à cavaler, ou peut le faire seul. Un dernier chiffre étonnant : le couple atteindrait jusqu’à 565 Nm !
Ce véhicule n’est pas à destination directe de l’Europe. D’abord, il va faire ses preuves en Corée, dès cette année. L’année prochaine, il débarquera en Amérique du Sud. L’Europe, il la connaîtra peut-être si la demande est suffisamment forte. Sinon, il restera sur les marchés pour lequel il est prévu. Car la France n’est pas un excellent marché pour le segment E…
