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Rares sont les sportives à puissance équivalente capables de rivaliser avec des Porsche, 718 ou 911. Depuis la fondation de la maison en 1948, les Porsche sont l’équivalent de Rolex dans l’horlogerie : malgré le nombre d’exemplaires, elles tiennent et la cote et le désir. C’est assez formidable, il faut le reconnaître. Quand on donne du sport, on obtient une clientèle sportive, dont une partie qui en demande toujours plus. Toujours plus de radicalité, de puissance, de pureté, de performance, de perfection. Pour les compétiteurs, la perfection relève d’un certain mélange entre technique, adresse et chiffres. Dans le saut à la perche, il y a la façon de tenir la perche, de s’en libérer, de mouvoir son corps au-dessus de la barre et de retomber pour ensuite regarder le chiffre s’afficher. En sport automobile, même chose. Mais le chiffre que l’on cherche ici n’est non pas le plus élevé, il est le plus court possible.
C’est dans cette quête de perfection sur quatre roues qu’un certain Olaf Manthey, pilote émérite, a fondé en 1996 sa propre maison nommée Manthey Racing. Son but est d’engager ses voitures fétiches – des Porsche 911, à l’époque sévissaient les incroyables 993 – dans des championnats comme le Porsche Supercup. Dès l’année suivante, l’équipe remporte sa première victoire ! En 1997, l’entreprise décide d’optimiser la voiture de base, la 993 RSR. Elle ajoute deux lettres, MR, et l’année d’après remporte la victoire sur la délicate Boucle Nord du Nürburgring. En un lap de temps très réduit, Manthey a déjà montré une image très forte de son efficacité. En 2000, au Mans la numéro 75 du team Manthey Racing remporte la victoire en LM GT. Une consécration qui attise forcément la curiosité de Porsche et des concurrents.

En 2010 par exemple, Porsche travaille conjointement avec Manthey Racing pour développer la première sportive hybride de son histoire, la fameuse GT3 R Hybrid engagée aux 24 Heures du Nürburgring. L’affaire est lancée !

Peu de temps avant sa victoire au Mans à l’aube du Nouveau Millénaire, l’écurie de course s’est intéressée à la route en proposant un kit aérodynamique améliorant les performances de la déjà rapide 996. Le bouclier avant est élargi et retire tout simplement l’élégance classique de la 996 « ordinaire ». Mais il faut bien ça pour se faire un nom… En 2013, Porsche rentre au capital de l’écurie en achetant 51% des parts. Charge à Manthey… de continuer son ouvrage ! Celui-ci commence à se faire connaître lorsque la 911 Type 991 phase 2 reçoit un kit du préparateur. Sur le circuit du Nürburgring, la bête verte a tourné en 6’54. Mais… ce n’est pas tout. Car peu de temps après, la GT2 RS, la grandiose et surpuissante 911, qui a déjà fait tomber le record pendant un temps grâce à son tour en 6’47’’30 sur le tracé de 20,6 km, exhibe un costume taillé par MR et gagne encore du temps… sur le tracé de 20,8 km. 6’43’’30, un temps de McLaren P1 GTR, quelques centaines d’équidés en moins.
Et comme une traînée de poudre, le virus de la performance a gagné toutes les autres voitures de la gamme. Ça a commencé par le reptile, le 718 Cayman d’abord dans sa version GT4. À souligner toutefois que, si l’écrasante majorité des préparateurs que nous connaissons tous aime à augmenter la puissance et voir si ça tient la route, Manthey s’arrête à l’optimisation des flux. Des ailettes, des ailerons plus grands, plus inclinés… Vint la grande sœur, la GT4 RS. Déjà dotée d’un pedigree passionnant – le flat-6 atmosphérique de la GT3, un look hard core, des prestations de haut vol – elle se transforme en fusée sur roues avec les deux lettres devenues magiques. Un exemple particulièrement visible, l’aileron arrière est plus large de 85mm et participe à la génération de 169 kg d’appui à la vitesse max, contre 89 pour la version sans pack. À la clef, un temps canon sur le Nürburgring, diminué de 6 secondes !


Même la berline électrique sous stéroïdes, le Taycan Turbo GT, a droit à son interprétation MR. Mais… elle nous intéresse bien moins que la 911 Type 992. Et… surtout la GT3 RS. Regardez moi cet aileron. C’est un comptoir de bar monté aussi haut qu’un gratte-ciel. Sur le toit, les ingénieurs ont multiplié les ailettes. Le train avant gagne encore en précision. La GT3 RS passe d’un comportement chirurgical à des changements de direction dignes d’un guépard. Elle est tout simplement extraordinaire et surtout effrayante. Très effrayante. À ceci près que… on se dit qu’il se cache quelque chose : la GT3 vient de passer par la case restylage, pourquoi pas la GT3 RS ?
D’ailleurs, la « non RS » a eu droit à son attribut Manthey. Entre la phase 1 et la 2, la 992 est restée la même d’un point de vue mécanique. En revanche, quelques liaisons au sol ont été revues. Manthey y ajoute un supplément d’âme aérodynamique avec un aileron encore plus grand, des Gurney Flap, des soubassements retravaillés permettant d’atteindre une surface aéro d’un m2. Côté chiffres, ça parle aussi. À 285 km/h, la voiture génère 355 kg d’appui, et même 540 lorsque l’aileron est braqué selon un angle… interdit sur la route. Dernière preuve que l’aérodynamique joue un rôle important, le chrono est tombé de 2,76 secondes sur le tracé référence. Chapeau !

