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Assurément, il y a eu un avant et il y a un après Bugatti Veyron dans l’univers de nos chères amies à quatre roues. Cette voiture représente un tournant, un point crucial, un cataclysme presque. Avant elle, les voitures de sport étaient toutes délicates à conduire, difficiles à vivre, à utiliser, et très agressives. À l’aube du Nouveau Millénaire, les Porsche Carrera GT, Mercedes-McLaren SLR et Ferrari Enzo montraient l’étendue du talent de chacune de ces marques. À un moment précis, elles étaient les bêtes à abattre, les meilleures voitures du monde. Et puis, le projet de la Veyron les a éclipsées. Car tout ce qu’elle voulait être devait bouleverser et révolutionner le monde automobile : plus de 1000 chevaux, plus de 400 km/h en pointe, aussi sportive dans son comportement qu’élégante dans sa silhouette qui ne doit pas troubler la vue devant un opéra. Elle devra aussi être confortable pour des balades, silencieuse… Du jamais vu !
Enfin, si, mais pas dans une seule et même voiture. Et encore moins une voiture de route, fiable, capable de rouler à 50 km/h sans vibrations dans les bouchons du périphérique parisien. À l’annonce de la Veyron, les 400 km/h sont déjà atteints. On a déjà dépassé les 1200 km/h avec un engin terrestre, mais la voiture de route la plus rapide s’est arrêtée tout juste avant, à 391 km/h (la McLaren F1). 1000 chevaux, idem. Bien des Formule 1, et même des prototypes de Formules 750 dans la période d’entre-deux guerres (surtout des Allemandes…), dépassaient les 1000 équidés, voire atteignaient les 1500 à quelques instants, comme pour les essais. Mais la voiture de route la plus puissante à cette époque venait de Suède, elle s’appelait Koenigsegg CCR et disposait déjà de 808 équidés. Suffisant ! Et ce n’est pas fini, car la Veyron s’annonçait avec un mariage hors du commun, une boîte à 7 vitesses associée à un bloc à 16 cylindres disposés en W (au tout début, ce devait être un 18 !), architecture fétiche de la personne derrière ce projet, Ferdinand Karl Piëch.


Ce membre de la famille Porsche a été à l’origine de nombreux beaux projets du constructeur derrière Stuttgart, comme la 917, ou l’Audi Quattro. Il a été à la tête du groupe Volkswagen pendant une vingtaine d’années, lançant la Phaéton, étant à l’origine du rachat de Bugatti, bien sûr, mais aussi de Bentley, de la structuration des philosophies de chaque marque (Seat, Audi, Skoda…). Sans lui, le groupe Volkswagen ne ressemblerait pas à celui d’aujourd’hui. Les moteurs TDI, l’architecture W (à 8, 12 ou 16 cylindres) ou même le projet XL1, Piëch a vraiment révolutionné l’automobile. Avec la Veyron, il a ouvert une nouvelle catégorie d’automobiles : l’hypersportivité. Des performances supérieures aux supersportives conventionnelles, une personnalisation ultra-poussée et un tarif plus qu’élevé.
La Veyron débarque donc en 2005 avec une fiche technique à faire perdre la tête à tout le monde. Un bloc W16 quadriturbo (une première pour une voiture de route) fort de 1001 chevaux et 1200 Nm de couple distribue sa puissance via une boîte double embrayage (la première) à 7 vitesses (idem) aux quatre roues (n’oublions pas qu’il est derrière le système Quattro d’Audi !). Avec une telle puissance (1001, référence au conte favori lu les nombreuses nuits de son enfance) et une carrosserie ultra-étudiée, la Veyron accélère de 0 à 100 km/h en moins de 3 secondes (inédit) et dépasserait les 400 km/h ! Une claque monumentale au monde automobile dans son intégralité qui regardait d’un œil amusé, au tout début du projet, cette voiture qui ne semblait pas pouvoir voir le jour. Pourtant, elle le fit. 450 unités vendues plus d’un million d’euros pièce, entre 2005 et 2015, avec des évolutions : roadster (Grand Sport), une puissance revue à la hausse à 1200 chevaux (Super Sport), et la même en roadster (Grand Sport Vitesse). Puis, la relève, la Chiron et ses évolutions…

À jamais, la Veyron restera la première, la pionnière. Nous en parlons plus longuement dans un article consacré dans notre tout premier magazine.

Pourquoi parlons-nous d’elle aujourd’hui ? Non, ce n’est pas pour son anniversaire ô combien respectable qui nous montre que le temps passe véritablement très vite, mais car Bugatti, grâce à un de ses clients, lui rend un bel hommage. Vous vous souvenez sans doute qu’il y a quelques mois, nous vous présentions le Programme Solitaire de Bugatti, un département dédié à la personnalisation ultime où les clients, pas plus de deux par an, peuvent participer à la conception esthétique de leur voiture. Le premier représentant de ce bureau s’appelait Brouillard et prenait la base d’une W16 Mistral. Le nouveau se nomme F.K.P. Hommage et repose sur une Chiron Super Sport.
Comme un restomod améliore déjà l’existant plus que ne le révolutionne, l’Hommage corrige les « maladresses » grâce aux avancées réalisées ces 20 dernières années. La calandre s’intègre plus naturellement dans le bouclier, participant comme la Tourbillon au travail aérodynamique. Cette icône en forme de fer à cheval est usinée à partir d’un seul bloc d’aluminium et s’élargit largement par rapport à celle de l’originale. De même, les entrées d’air de part et d’autre s’agrandissent pour mieux refroidir le moteur. Le regard formé par les deux optiques est affiné et affirmé par rapport à celui d’une Veyron qui semble « faire les gros yeux ». Les prises d’air sont conservées à l’endroit défini par le modèle. À l’arrière, l’échappement occupe une place plus importante et les optiques adoptent la technologie à leds…


Bugatti insiste sur l’évolution du travail sur la peinture ces dernières années, indiquant qu’ici, la carrosserie reçoit une première couche à base d’aluminium argenté puis une seconde de vernis teinté en rouge… La fibre de carbone est évidemment apparente. À bord, la finition est toujours exquise. La console centrale, usinée à partir d’un seul bloc d’aluminium, elle, aussi, constitue à elle seule une pièce d’orfèvrerie incroyable. Elle comprend une Audemars-Piguet Royal Oak Tourbillon de 41 mm à remontage automatique réalisé par la voiture elle-même… Aux côtés des excellents cuirs, des tissus parisiens garnissent l’habitacle de l’Hommage. C’est à la fois élégant et décalé, et sublime. Modèle unique, la F.K.P. Hommage est présentée au public à Rétromobile et risque de se faire discrète après ce bain de foule… Autant en profiter !
