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Ah… Bugatti. On pourrait en écrire (ou en lire) des articles, des livres, des critiques élogieuses sur ce constructeur qui ne connaît que l’exception. La normalité n’existe pas là bas. Ne réside à Molsheim que l’excellence. Elle prend forme depuis 2005 en des automobiles défiant les lois du marché. Quand on œuvrait déjà, dans certains segments, à réduire la cylindrée de nombre de moteurs pour limiter la consommation de carburant, Bugatti sortait un bloc comptant 16 cylindres placés en W, architecture propre au groupe Volkswagen, gavé par quatre turbocompresseurs et dépassant les 1000 chevaux. À titre de comparaison, la Ferrari la plus puissante de l’époque, la Enzo, en revendiquait à peine plus de 650 ! À sa sortie, la Veyron devait dépasser les 400 km/h tout en étant suffisamment élégante pour se garer devant un opéra sans faire tâche.
450 Veyron ont été fabriquées entre 2005 et 2016. La relève est arrivée cette année-là sous le nom de Chiron. Un nouveau modèle reprenant de nombreux codes de la Veyron, mais en y ajoutant une dose supplémentaire d’élégance. Plus diffusée, 500 unités, elle connaîtra de nombreux déclinaisons dont nous vous avions déjà parlé dans un précédent article. Certaines étaient pensées pour s’amuser dans les virages, d’autres pour se pavaner. Mais toutes avaient entre autres points communs la rareté. 500 Chiron ont été fabriquées, il y eut 40 Divo, 50 Pur Sport, 10 Centodieci… En additionnant tous ces chiffres, et en prenant une fourchette large en comptant les quelques prototypes, sans oublier la Bolide et la Mistral, nous arrivons à un chiffre ne dépassant pas les 1500 unités. À titre de comparaison, le marché automobile mondial fabrique plus de 70 millions de voitures par an. En France, en 2024, plus de 1,7 millions de voitures ont été vendues. Autrement dit, une Bugatti est une voiture rarissime.


Pourtant, aux dires de certains, c’est encore trop. Et quand une coquette somme peut accompagner ces dires… Bugatti obéit et en profite pour ouvrir un nouveau département baptisé Solitaire. Derrière ce nom se cache une nouvelle idée du luxe chez Bugatti qui consiste à concevoir de A à Z, de l’extérieur à l’intérieur, du choix de la couture à l’aileron ou à l’échappement, une voiture avec un client. Chaque commande sera à l’image du client, unique, comme le nom du programme l’indique. Bugatti appuie un fait : pas plus de deux voitures sortiront chaque année de ce département, pour préserver son exclusivité et pour bien prendre le temps de discuter des choix avec le commanditaire. Et comme ce dernier doit délivrer une somme rondelette, il a le droit de prendre son temps !
Le premier véhicule de ce département se nomme Brouillard. Rien à voir avec le phénomène météorologique qui diminue la vision mais un hommage au fidèle destrier d’Ettore Bugatti. Un lien que l’on comprend d’autant plus une fois à bord. Dans l’habitacle, des chevaux sont brodés sur le dossier des sièges baquets et sur les contre-portes. Le vice est poussé jusque dans le sélecteur de vitesses en aluminium enfermant une sculpture de la tête du fameux Brouillard dans un insert en verre… Le vert, lui, recouvre l’habitacle par le tissus (tissé à la main et en provenance de Paris), mais aussi la fibre de carbone, teintée de vert. Une jolie attention qui joue avec la luminosité du soleil offerte par le toit vitré. Le reste de l’habitacle conserve les quelques impératifs sécuritaires et technologiques, comme le système d’infodivertissement.




À l’extérieur, même combat. Brouillard (la voiture cette fois) repose sur les dernières unités restantes de châssis de la Chiron, elle en partage donc les proportions, comme la partie arrière sacrément moins longue que celle de la Tourbillon ! Plus globalement, cette première mouture du programme Solitaire mélange plusieurs éléments stylistiques des précédents modèles limités de la marque. On reconnaît aisément la silhouette globale (prises d’air à l’arrière, signature lumineuse et calandre à l’avant) de la W16 Mistral. Les jupes latérales surlignées de noir rappellent la Divo. À l’arrière, Bugatti évoque un nouveau dessin des échappements nécessaire pour libérer de l’espace au bon déroulement du travail du diffuseur. Un peu comme… la Tourbillon. Au passage, les sorties d’échappement, deux doubles verticales, renvoient à la Super Sport. Quant à l’aileron, fixe et en queue de canard, il rappelle l’unique Profilée.


On ne peut pas croire que Bugatti ait pu bâcler cette voiture, aussi nous pensons que toutes les échancrures (jupes latérales, passage de l’air entre les ailes avant et le capot, l’aileron arrière, le diffuseur…) servent réellement la performance, ou au moins à empêcher un potentiel envol de la voiture. Même si, la gravité aidant, avec un W16 gros comme ça à l’arrière, le risque est moindre. Le bloc utilisé dans ce Brouillard hérite des derniers développements, autrement dit des turbos à double étage, décalant l’arrivée du deuxième couple de suralimentation (qui entre en rotation à partir de 3000 tours/minute) pour produire plus de puissance encore (1600 chevaux). Les prochains modèles (rares) du programme Solitaire prendront les châssis qui restent sur les étagères. Ici, c’était celui de la Chiron. Mais demain, peut-être sera-t-il celui de la Tourbillon…


