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Depuis la disparition du duo R8 et TT, Audi ne nous offrait plus aucune sportive à l’hédonisme pur et simple. La gamme était devenue conventionnelle, les voitures se ressemblaient beaucoup entre elles. Les rares RS qui subsistent vont vers leurs fins : la fin de la production du 5 pattes conduit à la disparition de la RS 3 ; les RS 6, 7 et Q8 s’en remettent à des V8 surpuissants mais pas sur-plaisants. Mais dans cet univers morne et sans saveur, une nouveauté nous a fait hausser les sourcils, la nouvelle RS 5. Elle conserve le V6 initial et l’associe à un moteur électrique dans la boîte de vitesses. Plus que la puissance phénoménale, la promesse du dynamisme est extraordinaire. L’essieu arrière dispose d’une multitude d’engrenages qui peut accélérer une roue indépendamment de l’autre. Un différentiel traditionnel le fait très bien, mais grâce à un moteur électrique placé sur l’essieu arrière, la répartition est plus importante. Ça promet !
Si elle ne nous tire aucune larme d’émotion, sa simple présence nous rassure : Audi ne veut pas fermer RS. Et à notre grande surprise, elle a dévoilé la voiture la plus puissante de sa gamme tout récemment… et qui ne porte pas le sigle RS !
Prenez une équerre, une règle, un rapporteur et vous pourrez, vous aussi, dessiner aisément la Nuvolari ! Je blague. Elle est plus originale qu’un simple quadrilatère ou parallélépipède rectangle sur rou(t)es, mais il faut avouer que ses lignes droites et son absence de courbes – finalement très… germanique – étonne dans ce segment. Elle nous fait un peu penser à une Lamborghini des années 2000-2010, l’époque qui n’était pas à la surenchère d’appendices aéros… le bon vieux temps ! Vu de haut, elle étonne par sa largeur, à moins que ce ne soit sa faible hauteur qui nous impressionne le plus… Elle a une silhouette ramassée et extrêmement longue. La face avant, les portières aux profils verticaux, cette couleur, ce capot… ils nous rappellent immédiatement et inévitablement la Concept C !


À l’intérieur, l’ambiance est signée Audi. Autrement dit c’est bien fini, c’est technologique, ça ne prend pas de risque et surtout… c’est sombre. Le volant dessine un méplat sur sa partie inférieure et ses branches multiplient les boutons. Certains vont gérer la distribution de la puissance, d’autres les aides à la conduite, ou bien les aides au pilotage. De larges palettes nous laissent espérer une bonne vieille boîte de vitesses. Au centre, la tablette est placée en portrait et non pas en paysage et quelques boutons persistent sur le tunnel central. Le dessin intérieur des portières est plutôt original, là encore très rectiligne et géométrique. Rien de bien grave, au contraire, ça lui donne un charme intéressant. L’absence de… tout pour le passager confirme nos premiers espoirs : la meilleure place sera derrière le volant.
Une pression sur le bouton start et… rien. Oui, comme la RS 5 et surtout comme sa base technique, la Nuvolari est une hybride rechargeable qui démarrera en électrique avant de réveiller son bloc thermique. Base technique connue et qui, elle, ne nous surprend pas. En cherchant bien… à l’extérieur on reconnaît quelques éléments : la bassesse de son capot, la largeur, la longueur, la haute sortie d’échappement… oui, c’est une Lamborghini Temerario. Elle reprend d’elle son moteur V8 biturbo dans une configuration identique, 4 litres, vilebrequin plat, chevauchée jusqu’à 10 000 tours et 800 chevaux tous ronds. Pour l’originalité, on repassera. Elle utilise également trois moteurs électriques à flux axial de 150 chevaux chacun. Mais à la différence de l’Italienne, sa batterie est plus grosse (7,3 kWh contre 3,8) et sa puissance aussi. On parle de 1001 chevaux !


1001 chevaux, comme feu la lointaine et si importante Veyron. Parmi les points communs entre ces deux voitures, il y a la familiarité du nom. Veyron est le nom d’un glorieux pilote de Bugatti, Pierre Veyron. Nuvolari est le nom d’un pilote italien qui a fait la gloire de tous les constructeurs chez qui il est passé. Comme nombre de pilotes de son époque, il a fait ses armes sur deux roues avant de prendre, presque par hasard, le chemin de l’automobile. Tazio Nuvolari, surnommé le Mantouan volant, est considéré comme l’un des premiers à inspirer un pilotage où l’on sacrifie son entrée en arrivant légèrement en dérive pour arriver face au point de corde et au point de sortie les roues droites. Enzo Ferrari le considérait comme l’un des plus grands, sinon le plus grand de tous les temps. Il était surtout le premier aussi prestigieux ! Il a piloté pour la Scuderia Ferrari, du temps d’Alfa puis de ses propres voitures, et un peu aussi pour les flèches d’argent d’Auto Union.
Voilà pourquoi la plus performante et ambitieuse voiture de sport d’Audi porte ce nom ! Il va sans dire qu’elle est sportive et rapide. Avec ses quatre roues motrices, elle efface le 0 à 100 en 2,6 secondes et le doublé en 6,8 depuis l’arrêt. La vitesse maximale dépasse les 350 km/h. Si ces chiffres impressionnent, ils sont assez communs désormais. Une Ferrari 849 Testarossa promet les mêmes. Où se joue la différence ? Sur la partie technique, un peu. Audi est célèbre pour son système Quattro, on le sait. Mais sur la Nuvolari, elle innove en baptisant son système Quattro Prédictif. Qu’est-ce ? Alors que dans les premiers temps, les Quattro étaient presque plus des tractions avec une aide postérieure, la donne a changé avec le temps et la répartition change de plus en plus. L’arrière prend de l’importance.


Cette nouvelle version apporte une nouveauté et pas des moindres, l’essieu avant n’est qu’électrique. Le V8 ne transmet sa force qu’aux roues arrière et à l’avant la puissance n’arrive qu’en cas de besoin. Un ordinateur surpuissant calcule les besoins d’adhérence en fonction de l’angle du volant, du virage, de l’angle de lacet de la voiture grâce à une multitude de capteurs. Ils vont traiter ces informations et ordonner aux moteurs électriques une accélération ou un freinage grâce à la vectorisation du couple ou directement grâce aux freins. Sur le papier, Ferrari fait la même chose depuis la SF90, mais chez Audi c’est inédit ! Et puis, il y a aussi l’aéro. Audi parle d’une voiture développée à partir de l’expérience acquise en Formule 1, discipline dans laquelle elle est inscrite depuis… 6 mois. La carrosserie en fibre de carbone utilise un procédé de fabrication dérivé de la F1 !
Pareil pour l’aérodynamisme. On souligne la présence à l’avant d’un S-Duct, un endroit canalisant l’air, l’accélérant pour créer une dépression et asseoir l’essieu avant sur le sol. Des évents s’ouvrent et se ferment en fonction des informations récoltées par l’ordinateur précédemment cité. Malgré tout ça, Audi considère que son principal élément aéro, sur lequel il compte le plus, est l’aileron actif. Il connaît trois positions différentes, fermé – low drag – high drag, que le conducteur pourra gérer lui-même via un bouton. Sinon, en mode Dynamic, Dynamic + ou Track, l’aileron se gère tout seul. Il apporte un appui en HD de 400 kg. C’est beaucoup, mais n’atteint pas la cheville des extraordinaires McLaren W1 ou Ferrari F80… avec lesquelles elle ne rivalise pas.

Elle ne sera limitée qu’à 499 exemplaires. Suffisant pour qu’on ne la croise pas tous les jours. Le prix ? Sachant que la Temerario démarre en France à un peu plus de 300 000 €, on peut aisément dépasser le demi-million avec la Nuvolari. Probablement bien plus encore…
