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Rolls-Royce Dawn

Par rapport à un modèle coupé, à toit rigide, un cabriolet est toujours moins performant, plus lourd, moins dynamique, moins confortable, presque moins désirable. Mais l’adage le dit, il faut une exception à chaque règle, et Rolls-Royce incarne cette différence.

Rolls-Royce Phantom Drophead

Naviguer dans la sphère de l’ultra-luxe à l’instar de Rolls-Royce n’est pas chose aisée. À la fois, les clients veulent toujours plus de raffinement, de confort, un renouvellement permanent tout en conservant les grandes lignes pour que la génération sortante ne perde pas en style. Un casse-tête ! Toutefois, Rolls-Royce fait face à une nouvelle clientèle. En plus des multi-milliardaires, des chefs d’États, ou autres grands dirigeants, la moyenne d’âge des possesseurs de voitures de Goodwood a fortement baissé. En effet, le nombre de start-up explose, il existe de nombreux nouveaux riches qui ne veulent qu’une chose : rouler en Rolls. Sans compter les acteurs d’Hollywood, les artistes en tout genre… Et parmi ces nouveaux clients, nombre d’entres eux aiment à conduire leurs voitures.

Le phénomène a déjà eu lieu par le passé. En parallèle de la Phantom II, Rolls-Royce a mis au point la Phantom Continental à l’empattement raccourci, aux suspensions plus rigides et à la direction plus directe pour répondre à la demande de certains clients friands de la conduite, déjà en 1931 ! L’histoire se répète, ou plutôt n’a jamais vraiment cessé d’être la même. Oui, même chez Rolls-Royce, les propriétaires aiment être conduits, mais aussi conduire. Et vu le prix déboursé pour chacune de ces petites merveilles sur quatre roues, c’est tout à fait normal de vouloir prendre le volant, à l’occasion, et de profiter de ces puissances suffisantes, de cette conduite douce… Petit bond dans le temps pour nous retrouver en 2013. Rolls-Royce présente cette année-là la Wraith. Si le nom est compliqué à dire pour nous, pauvres français, la décrire est plutôt simple.

Rolls-Royce Phantom Continental
Rolls-Royce Wraith

C’est un tapis volant ! La Wraith repose sur la plateforme de la Ghost mais ne compte que deux portes latérales, contre le double pour la berline, évidemment. Ainsi, avec ses 5,28 mètres de long, elle se pose comme une petite sœur de la Phantom Coupé et ses 5,60 m. Sa ligne fastback est à tomber, même si certains trouvent le look un peu lourd… Après tout, Rolls-Royce n’a jamais joué dans la finesse, et on n’a jamais demandé à la marque d’être une Lotus ! Sous le long capot avant, un glorieux V12 cubant 6,6 litres distribue 632 chevaux aux roues arrière. Une puissance qui fait de ce modèle le plus puissant de l’histoire de Rolls-Royce ! Le coupé ne peut rester très longtemps seul sur ce segment d’autant plus qu’une bonne partie de sa clientèle aime à se pavaner sur la côte, Atlantique ou Pacifique… Aussi, il faut un cabriolet !

La facilité nous amène à penser qu’à plateforme et segment équivalents, les deux modèles vont être similaires, à l’exception bien sûr du toit, rétractable sur l’un et rigide pour la Wraith. Mais n’oublions pas que Rolls-Royce n’est pas une marque comme les autres. Loin de là. La marque évoque même un chiffre, 80% d’éléments sont inédits dans la Dawn. Comme le coupé, elle hérite d’un nom déjà utilisé par le passé. En 1952, il y eut 28 Silver Dawn, dont la première a eu droit aux honneurs du carrossier Park Ward, privilégié et future propriété de Rolls-Royce. Revenons à la voiture du XXIème siècle. 

Rolls-Royce Dawn
Rolls-Royce Dawn

Elle se distingue du coupé par sa ligne, évidemment, dépourvue de toit fastback et de son empattement plus court de 18 cm. Mais à l’avant, on reconnaît aisément la Dawn par ses optiques avant échancrés côté calandre, idée stylistique que l’on retrouvera dans la Ghost et la Wraith avec leurs restylages post-Dawn. Le reste est affaire de détails si subtils qu’ils en deviennent impossibles à distinguer. On parle d’un pare-choc plus large de 53mm et d’une calandre renfoncée de 45mm… S’est posée la question de la capote : toit rigide ou en tissu ? La capote en tissu a été préférée, pour plusieurs raisons. Même si le poids n’entre pas forcément en considération, la masse est toujours plus élevée dans le choix d’un toit rigide. De plus, le choix du tissu offre une carrosserie plus élégante une fois en place que l’équivalent en carrosserie. Et puis, le bruit de la pluie tombant sur une capote en tissu offre un charme particulier.

La question de l’insonorisation vous fait peur ? Aucun risque, la capote compte 9 couches de tissu pour bien séparer le monde extérieur de l’intérieur de la Dawn. Le toit s’ouvre et se referme en 20 secondes à la vitesse maximale de 50 km/h dans la chorégraphie la plus élégante possible. Le client a le choix pour le couvre-capote, en bois ou en carrosserie ou tout autre matériau : plus qu’ailleurs, le client est roi chez Rolls-Royce. Tout est configurable, personnalisable, de la poupe à la proue. De la couleur de la capote à celle de la carrosserie, évidemment, en passant par les jantes, sans oublier l’habitacle.

Rolls-Royce Dawn
Rolls-Royce Dawn

La raison d’être de la Dawn n’est pas d’être scrutée à l’extérieur mais d’être appréciée à l’intérieur. Rolls-Royce parle d’une absence dans le paysage automobile que la Dawn comble : il n’y avait pas, selon eux, de cabriolet 4 places, seulement des 2+2, à condition que les passagers arrière aient des jambes étroites. Certes, l’espace aux jambes semble plus que correct et les petites attentions – accoudoirs gainés de cuir, climatisation et chauffage… – sont rares dans ce type de véhicule, mais l’espace à la tête une fois la capote en place risque d’être faible, non ? À essayer. Un jour. J’espère. L’accès à bord représente tout un cérémonial : la porte électrique s’ouvre selon l’appellation « suicide », à l’inverse de nos voitures classiques. S’installer à bord est d’une aisance absolue.

On se retrouve dans un cocon fait de cuirs épais, de bois précieux, alignés à la perfection, à la qualité perçue incroyable… L’absence de rebord sur les sièges augure un maintien dans les virages relativement délicat… Après tout, on ne lui demande pas d’être une Lotus mais d’être une Rolls-Royce. La planche de bord accueille évidemment un écran central de 10,25 pouces, déjà grand pour l’époque et encore de très bonne taille de nos jours. Lequel peut se camoufler après un simple appui sur un bouton. À sa droite, une magnifique montre est incrustée dans le placage en bois. Le conducteur a droit à un immense volant à la jante assez étroite, pas besoin d’attaquer dans les virages ! Derrière, les cadrans blancs font ressortir l’aspect luxueux de la voiture. Et ce n’est que l’aspect…

Rolls-Royce Dawn
Rolls-Royce Dawn

Ce salon hors du commun dispose de roues et de tout le nécessaire pour rouler. Et particulièrement, sous l’immense capot, un moteur. Un V12 biturbo de 6,6 litres de cylindrée comme… la copine Wraith ! Mais si vous avez bien suivi jusqu’ici, vous savez pertinemment que les deux modèles diffèrent. Aussi, le cabriolet dispose d’une puissance « diminuée » à 571 chevaux et d’un couple toujours copieux de 840 Nm. Plus que les valeurs totalement ubuesques, le plus affolant est la rapidité à laquelle le moteur les fournit. Le couple déboule dès 1500 tours/minute et ne faiblit pas beaucoup après, puis la boîte passe le rapport suivant avant que la puissance n’intervienne, à 5 250 tours. La boîte de vitesses, parlons-en.

Technologique, cette boîte est associée à une caméra placée dans le pare-brise et à des radars dans le pare-chocs, et aux données de Google Earth. Ces données lisent la route avant que la voiture y roule. Par exemple, si vous commencez à monter des cols de montagne, elle le lira sur les données GPS et les caméras et radars, et conservera un rapport inférieur pour tirer le meilleur parti du moteur. À noter que les mêmes données sont analysées par les suspensions pour raffermir ou ramollir les amortisseurs en fonction du profil de la route, des bosses, des trous… Tout le nécessaire pour faire de la Dawn un tapis volant et sécurisant. La Dawn pèse lourd, 2,5 tonnes au bas mot, et les freins doivent fournir une force exceptionnelle pour arrêter la bête. Pour y parvenir au mieux, ils se dotent d’un logiciel de préconditionnement des freins en cas de freinage d’urgence, pour stopper la voiture le plus efficacement possible.

Rolls-Royce Dawn
Rolls-Royce Dawn Silver Bullet

En 2017, Rolls-Royce surfe sur sa lancée de rajeunissement de sa gamme et propose une déclinaison Black Badge de la quasi-totalité de ses modèles, exception faite bien sûr de Sa Majesté la Phantom. Avec, la calandre se pare de noir, à l’instar de la statuette, la direction est légèrement durcie, l’échappement joue une note baryton tout en restant discret. Sous le capot, la puissance passe à 600 chevaux et le couple à 850 Nm. L’année suivante, Rolls surfe sur la tendance des biplaces à double bossage, les fameux speedster, en proposant non pas une nouvelle carrosserie mais un élément de design fait de cuir et d’aluminium pour transformer le cabriolet en un élégant Roadster à deux places. L’Aero Cooling donnera naissance à une édition ultra-limitée de Silver Bullet, à la finition plus exclusive encore…

À chaque modèle, Rolls-Royce semble placer la barre plus haut encore. Ils arrivent à nous surprendre sans jamais nous décevoir. Alors qu’on s’attendait simplement à une Wraith cabriolet, la Dawn s’annonce plus désirable encore. Depuis, la Wraith et la Dawn sont à la retraite, la première étant remplacée par la Spectre, le coupé électrique de la marque. La Dawn attend la relève…

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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