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Il nous faut reconnaître que les projets de restomod s’intensifiant, nous avions un peu perdu de vue celui-ci. Pourtant, un an après la révélation de son concept, voici la version finale loin, très loin d’être un projet en l’air. À la tête d’Eccentrica Cars, rien de bien anormal : un passionné de Lamborghini. Emanuel Colombini est un collectionneur de supercars de Sant’Agata et a simplement réalisé une Diablo du XXIème siècle associant les bons ingrédients de la dernière Lamborghini du XXème siècle avec les avancées techniques de notre ère. Pour superviser le résultat et ne pas se lancer à corps perdu dans une telle aventure, M. Colombini a eu le bon ton de s’entourer. De bien s’entourer. Il s’est octroyé les services du récent consultant et ancien directeur technique de la marque Lamborghini, Maurizio Reggiani.
Ouvrons une parenthèse à propos de cet homme comme on en a peu vu. Maurizio Reggiani voit s’ouvrir la porte de l’automobile en 1982 quand il entre chez Maserati pour superviser la fabrication et l’assemblage des moteurs des Maserati Biturbo. Quand l’homme à la tête du Trident, Alessandro De Tomaso, doit se résoudre à vendre, il cède ses parts à FIAT qui en confie la gestion à Ferrari. Nous sommes alors en 1987 et Reggiani quitte le Trident pour rejoindre une nouvelle aventure, celle portée par Romano Artioli pour la renaissance de Bugatti chez qui il participe à la conception et aux réglages du V12 quadriturbos de l’EB110. Il y restera jusqu’à la fin de l’ère italienne de Bugatti avant de reprendre la route de Sant’Agata en 98, supervisant désormais la naissance de la Murcielago, puis des différentes versions et déclinaisons des Gallardo et Murcielago. Il ne quitte le Taureau qu’en début d’année 2024 pour devenir consultant indépendant, notamment pour Eccentrica Cars !


Parenthèse fermée, retournons à ce modèle exubérant. La Diablo l’étant dès sa naissance, son côté tapageur grandit avec la couleur de présentation choisie. Elle impose le respect par sa carrosserie suggestive et l’instaure réellement quand ses portes s’ouvrent. Les fameuses portes-ciseaux font toujours leur petit effet… à la fois si fragiles et agressives. Les optiques adoptent l’éclairage à led, que je n’apprécie toujours pas même s’ils ne font pas trop tache ici. Deux écopes se dressent sur le toit pour aider à refroidir le moteur (un peu plus tard) et augmentent la hauteur de la voiture de quelques millimètres. Le reste de la carrosserie se calque sans surprise sur les lignes de la Diablo originale, loin d’être un modèle bâclé (au moins d’un point de vue stylistique) mais plutôt un modèle à suivre. Et techniquement aussi, puisqu’il s’agit de la première Lamborghini à avoir bénéficié de la transmission intégrale par Visco Coupleur. Un système à oublier, mais dont la présence reste à saluer.
Et puis, la Diablo est la dernière de la marque à n’avoir été proposée qu’en boîte mécanique… un point bien plus important que Eccentrica Cars a souhaité conservé, et nous leur en savons gré. Pour l’occasion, la boîte est d’ailleurs inédite, conçue sur-mesure pour cette édition limitée, gagnant un rapport et bénéficiant de ratios revus. L’intérieur fait un bond de géant en termes de… tout. La qualité de fabrication grimpe, les matériaux deviennent visuellement plus qualitatifs. La position de conduite paraît toujours aussi alambiquée, allongée, avec ce pare-brise qui n’offre qu’une visibilité limitée. Les affichages deviennent 100% numériques, tout comme le rétroviseur central fonctionnant avec l’Apple Car Play pour la navigation… et transmettant en temps réel les images capturées par la caméra à l’arrière.


Car même revue par Eccentrica, la Diablo demeure une voiture difficile à conduire et à vivre : large, ultra-basse et dotée d’une visibilité arrière minime sinon absente ! En revanche, ce restomod apporte un élément dont étaient dépourvues les premières séries de Diablo (91-94), la direction assistée. Une bonne idée quand derrière l’habitacle un V12 plein comme un œuf est capable du meilleur comme du pire. Il est revu pour l’occasion. Ce bon vieux Bizzarrini passe de 490 à 550 chevaux et de 580 à 600 Nm de couple. Pour y parvenir, les arbres à cames, toute la distribution et le système d’injection ont été totalement repensés pour ce 5.7 atmosphérique qui ne fournit sa cavalerie aux roues arrière exclusivement… Pour contenir les départs en fumée, Eccentrica a élargi les voies, avant comme arrière et installé de nouveaux pneus, des Pirelli PZero Trofeo R entourant des jantes en aluminium forgé de 19 pouces.
Outre la direction devenue plus simple à manier, la Diablo by Eccentrica gagne en rigidité grâce au renforcement du châssis à l’aide de matériaux composites, permettant de surveiller la prise de masse. La même quête – et sûrement celle de la complexité aussi – a conduit la petite officine à choisir la fibre de carbone comme matériau pour la carrosserie. Au final, Eccentrica vise un poids proche de la voiture donneuse, soit 1625 kg. Voire en-dessous. De quoi descendre le rapport poids/puissance en-dessous de 3 kg/ch. Ça donne envie ! D’autant que les mises à jour se poursuivent au niveau dynamique. Si la double-triangulation aux quatre coins était déjà de la partie sur la voiture donneuse, les amortisseurs actifs ne l’étaient pas ! Ni le lift system, permettant de lever le nez de la voiture à l’approche de gendarmes couchés. Pour ces derniers et ceux debout, les freins Brembo permettront de calmer les ardeurs du V12. Eccentrica s’enorgueillit de bénéficier des premiers étriers recouverts d’une peinture matte…

Le V12 respire mieux encore grâce à un échappement sur-mesure réalisé par le spécialiste Capristo. Avec, les 19 exemplaires prévus chanteront parfaitement juste. La première livraison est prévue pour l’été 2025.
