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DeTomaso P72

À la recherche d’exclusivité sur quatre roues et à un tarif inabordable ? L’offre, déjà pléthorique, gagne une nouvelle protagoniste qui entre enfin en production : la DeTomaso P72.

XPENG G9

L’automobile, en particulier les constructeurs historiques européens, vit une épreuve difficile avec l’arrivée de la concurrence chinoise qui pratique des tarifs exceptionnellement bas tout en proposant des technologies de très haute qualité. Mais la plupart, pour ne pas dire 99% de cette production automobile de l’Empire du Milieu, est fade, sans âme, placide. Plus elles vous connectent avec le monde plus elles vous retirent le plaisir de conduite. Les écrans se multiplient, grandissent d’une manière outrancière et on ne ressent aucun plaisir à conduire de telles autos. Qu’elles s’appellent XPENG, BYD ou encore MG, toutes ces marques sont détenues par des capitaux chinois. À priori, il n’y a aucune raison que je vous parle de ces constructeurs de déplaçoirs sur quatre roues dans un article sur une DeTomaso. Or… depuis 2014, cette marque est, elle aussi, détenue par des capitaux chinois.

Comme Apollo, la fameuse marque lancée il y a fort longtemps par l’ancien dirigeant d’Audi Sport, Roland Gumpert, qui a fait faillite après l’Apollo qui n’était alors qu’un modèle, DeTomaso appartient à Norman Choi. Autant, Gumpert a une histoire assez récente (fondée en 2005), alors que DeTomaso est un illustre constructeur automobile qui a brillé au XXème siècle. Son nom vient de celui d’Alessandro DeTomaso, pilote argentin qui, après une carrière dans son pays natal, a traversé l’Atlantique pour arriver en Italie. Il courra pour OSCA, l’écurie fondée par les frères Maserati déchus de leur entreprise, à partir de 1955 avant de fonder sa propre écurie quatre ans plus tard. Il conçoit une monoplace dans laquelle il intègre un 4 cylindres OSCA. Ses voitures commencent à briller mais, pour réussir à gagner de l’argent, il décide de lancer une gamme de sportives de route, comme un certain voisin… Enzo Ferrari.

Apollo Intensa Emozione
DeTomaso Vallelunga

Ainsi arrive la Vallelunga en 1963 dont le dessin très inspiré de Ghia cache une mécanique Ford associée à une boîte Volkswagen. Sa légèreté (726 kg) associée à une puissance raisonnable (plus de 100 ch) la transforme en mini-diable. Cependant, on est loin des œuvres du Commendatore… Le point d’orgue de cette soif de compétition arrive cette année 1963. Alessandro DeTomaso a partagé les pistes du monde avec de nombreux pilotes, dont un certain Carroll Shelby. Ils s’entendent bien et, cette année-là, l’Américain est à la recherche de quelqu’un qui pourrait réussir à améliorer ses moteurs 289. En effet, face à lui, les Corvette ont des 7 litres bien plus performants, et il veut avoisiner cette cylindrée, lui aussi. DeTomaso lui dit qu’il s’en chargera, mais qu’à condition de réaliser une voiture ensemble.

Cette réalisation dit tout dans son nom : P70 pour Prototipo 70 ou prototype de 7 litres. Les deux entités s’activent à donner naissance à un véritable monstre doté d’un châssis ultra-léger obligeant un moteur en position centrale-arrière et une aérodynamique soignée. Problème : le travail sur le réalésage du 7 litres traîne et… Shelby est contacté par Ford pour créer la GT40. Peu à peu, il délaisse le P70. Mais DeTomaso continue le travail et conserve un V8 Ford de moins de 5 litres pour espérer concourir en championnat Prototype sous la réglementation. Elle ne fera qu’un tour… Vexé par ce travail qui aurait pu devenir un chef d’œuvre absolu, Alessandro reprendra son châssis pour l’adapter à une voiture de route qui deviendra la Mangusta, un nom inspiré du seul prédateur du Cobra…

DeTomaso P70
DeTomaso P72

Par la suite, DeTomaso rachètera Maserati, et commercialisera une merveille absolue, son dernier modèle, la Pantera. Alessandro décède en 2003, la marque végète pendant une décennie avant que Norman Choi reprenne la main. Conscient que le marché de l’automobile d’exception connaît une croissance fulgurante, il décide de surfer sur un anniversaire pour relancer la marque. En 2019, année du soixantième anniversaire de la marque, est présenté le concept-car de la DeTomaso P72. Son nom et son style rappellent indéniablement la P70, avec ses prises d’air latérales. Mais le style est résolument actuel. Un concept-car assez clinquant mais réjouissant même s’il apparaît comme un produit marketing plus que passionnel… Encore que. 6 ans après, le concept devient une réalité physique, commerciale, avec la publication des premières photos de la première configuration d’une DeTomaso P72 appartenant à un client.

Bien qu’âgée désormais de 6 ans, la voiture n’a pas pris une ride, preuve qu’elle n’a pas été conçue pour être à la mode. Elle arbore toujours cette silhouette féminine, d’une élégance rare que seul un ADN italien est capable de produire, d’imaginer, de dessiner. Les deux gros optiques avant comme les yeux d’un insecte dessinent ensuite des passages de roues presque exagérés puis conduisent vers un profil interminable digne d’une Pagani Huayra Codalunga, ou d’une Porsche 917 LH. On croirait réellement à un prototype de course des années 60-70… tel est le but ! Mais à la différence de ces derniers, les détails sont ici soignés et pour la performance, et pour l’élégance. Les prises d’air latérales donnent le la à l’arrière-train de la voiture et à cette immense pièce de carrosserie qui couvre le moteur. Splendide… La face arrière est largement ajourée pour laisser respirer le moteur, entre les deux feux ronds, et laisser le diffuseur faire son travail, dans la partie basse.

DeTomaso P72
DeTomaso P72 Intérieur

L’émerveillement continue à bord. L’accès se fait par des portières à ouverture en élytre dont l’élégance n’est plus à souligner, et laisse apprécier un habitacle somptueux où chaque détail semble avoir été pensé pour ne ressembler à aucun autre. Dans l’ensemble, ça la rapproche de l’univers de Pagani. Il y a, chez ces deux constructeurs, la volonté de faire différent, de déconnecter d’avec le monde où tout va trop vite. Ici, on doit apprécier, savourer chaque instant sans en avoir conscience. C’est pourquoi il n’y a aucun écran à bord, et aucune distraction. Pour être plus à l’aise, la P72 accueille un support pour téléphone, mais tout le reste est utile et beau. Les compteurs sont analogiques, le volant n’a aucune autre fonction que celle de tourner les roues avant, quelques boutons physiques résistent et une boîte manuelle à tringlerie apparente trône au centre de l’habitacle.

Car oui, quand on parle de savourer un tour en automobile d’exception, ça passe aussi par le plaisir de passer les vitesses avec un vrai levier… Elles sont rares les automobiles à en proposer de série, et encore plus les voitures d’exception… De tête, on pourrait citer Koenigsegg (CC850), Pagani (Utopia), GMA (T33T50)… Mais, autant dans une GMA, ni la puissance bien plus raisonnable (dans cette sphère, 600 chevaux est une valeur raisonnable) ni le couple (450 Nm) ni le poids très bas (moins d’une tonne) n’effraie le quidam qui sait se servir de ses deux jambes pour conduire, autant dans une Pagani ou une Koenigsegg, plus de 1,3 tonnes et plus de 1000 Nm de couple à contenir avec les deux pieds relèvent d’un savant dosage… La P72 se rapproche de la philosophie de ces deux dernières. En effet, elle compte un V8 de 5.0 (comme Koenigsegg) compressé (grande différence et sûrement d’origine Ford) de 700 à 750 chevaux (ça dépend des sources du site) et de 820 à 900 Nm de couple (on se rapproche de Pagani pour s’éloigner des suédoises).

DeTomaso P72
DeTomaso P72

Le tout est évidemment envoyé aux roues arrière par la boîte manuelle à 6 vitesses. De la puissance, c’est bien. Mais il faut savoir la contenir et s’en servir. DeTomaso refuse d’intégrer des modes de conduite. Autrement dit, seul le pied dosera la puissance aux roues arrière, pas l’électronique. Heureusement, la voiture ne devrait pas partir en lambeau à chaque accélération, grâce à un châssis monocoque en fibre de carbone conçu spécialement nous assure-t-on pour la P72. Léger et rigide, il fixe les roues à de la double triangulation aux quatre coins et des suspensions à tiges de poussée réglables manuellement sur trois voies. Elle n’est certes pas conçue pour donner des leçons de performance mais elle ne veut pas perdre ses propriétaires pour autant. Une dernière valeur : 1400 kg environ. Raisonnable mais pas exceptionnel.

J’oubliais, comme son nom l’indique, il y aura 72 exemplaires en échange d’autant de chèques à 7 chiffres. Le prix d’une autre vision de l’automobile, proche de Pagani…

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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