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Un nom de famille devenu nom d’entreprise de design. Bertone premier du nom, Giovanni, habillait d’abord des carrosses avant de s’intéresser aux voitures sans chevaux. Très vite, il collabore avec des constructeurs prestigieux (FIAT, Alfa Romeo, Lancia) pour qui il va dessiner et concevoir parmi les plus belles voitures du monde. Un studio de design n’est rien sans de bons dessinateurs, il est question notamment de Gandini, Giugiaro ou Scaglione, autant de noms qui sont passés chez Bertone pour signer quelques chefs d’œuvre reconnus de tous : Miura, 350 GTV, puis 350 GT… Ou encore, la prestigieuse Lancia Stratos. Ces dernières années, Bertone est devenu la propriété d’un groupe industriel qui cherchait à avoir un grand patronyme pour nommer ses études techniques et esthétiques.
Depuis, Bertone a fabriqué une poignée de GB110, rien de plus, avant cette année et l’Ultimate Supercar Garage !
Nous vous présentons la Bertone Runabout. Bonne nouvelle : elle ne ressemble à aucune autre voiture, de près ou de loin ! Enfin, si. Celle de 1969 ! Car la Runabout s’inscrit dans la lignée des néo-rétros. Souvent, ces derniers se basent sur des voitures qui ont marqué l’histoire, le grand public. Ici, il rend plutôt hommage à un modèle pas assez connu, un concept-car dépourvu de toit, au look de soucoupe volante, un capot ultra-bas et droit et un arrière très court… On se demande presque… où pouvait-on loger un moteur. Car, bien évidemment, la motorisation électrique n’était pas autant démocratisée qu’aujourd’hui ! Décalé, ce concept-car a marqué son petit monde en 1969, a inspiré la Fiat X1/9 et est revenu sur le devant de la scène lors du concours d’élégance de Pebble Beach en 2022.


Bertone s’évertue donc à redorer l’image de ce concept un peu oublié. Du moins, trop méconnu. Alors, en partant de sa base stylistique, elle en décline une carrosserie bien plus actuelle. De l’originale, elle conserve cette silhouette personnelle, mélangeant la ligne d’une soucoupe volante à celle d’un bateau de plaisance. L’avant paraît en tous cas plus court que sur le modèle du XXème siècle. Les roues exagèrent les passages de roues qui poursuivent leurs lignes jusque vers l’arrière pour dessiner la partie supérieure de la carrosserie. Le cockpit semble implanté au centre de la voiture. Derrière les sièges, un imposant arceau prend racine sur les passages de roues arrière et donne une dynamique incroyable à ce modèle. Le dessin de cette partie nous renvoie à la Ferrari 12Cilindri, et ce n’est pas un défaut ! Quant à l’arrière, on voit que Bertone veut bousculer les codes : il est inattendu. La poupe est droite, verticale, et vraiment décalée vis-à-vis du reste de la voiture où tout semble avoir été pensé, profondément. Ici, c’est presque laissé tel quel, tout en s’incluant très bien dans la carrosserie. Vraiment étonnant !
Pour le dessin de cet arrière-train, Bertone utilise le terme de « queue tronquée », une philosophie aérodynamique qui vise à évacuer l’air rapidement au niveau de l’arrière, sans tarder, sans l’aider à poursuivre sa route, à l’inverse des « queues longues » comme la Pagani Huayra Codalunga, par exemple. Ce type de carrosserie, plus courte, augure un dynamisme et une maniabilité exemplaires au détriment, souvent, d’une stabilité impériale à haute vitesse. Pour garder le train avant rivé au sol, la Runabout s’en remet notamment à l’air en incluant un S-Duct à la Ferrari. Il s’agit d’un canal qui puise de l’air à partir du bouclier et qui l’accélère dans une section plus étroite et le fait sortir à la verticale par une ouverture sur le capot avant créant une zone de pression plus importante : l’effet venturi. Dans un si petit engin (tout juste moins de 4 mètres), nous serions curieux de voir ce que ça donne !


D’autant que non seulement l’extérieur nous intéresse (il y a tant de détails à découvrir !) mais l’intérieur n’est pas sans intérêt non plus, lui qui s’inspire également de l’univers nautique et d’un peu de minimalisme. Le volant compte deux branches, pas de superflus. Derrière lui se trouve un écran affichant le strict nécessaire, la vitesse, les tours/minute, le rapport engagé… Les sièges paraissent fins mais, recouverts de cuir comme ils le sont, ils invitent au voyage ! Le cuir justement revêt la quasi-totalité de la voiture, le reste étant de l’aluminium laissé apparent, et conférant à cet habitacle un mélange de chaleur et de radicalité stupéfiant. Au centre trône un levier de vitesse et derrière, un vrai levier de frein à main. Le rêve…
La mécanique occupe donc encore une place dans l’automobile ! Alors que chez de nombreux grands groupes, tout repose sur un maximum de puces, ici ce sont des pistons et des engrenages qui sont préférés ! Derrière les sièges se trouve un bloc de 3,5 litres, un V6 d’origine Toyota aidé par un compresseur Eaton et guidé aux roues arrière via une boîte à 6 vitesses. Rassurez-vous, les pneus arrière sont suffisamment dimensionnés (315 mm de large !) pour encaisser les 475 chevaux et 490 Nm de couple développé par ce bloc compressé. Et je dirai… heureusement ! Car la bête ne pèse pas grand-chose. Voire, rien du tout. Bertone vise une masse à vide de seulement 1057 kg, ce qui donne un rapport poids/puissance de 2,45 kg/ch. C’est… mieux qu’une Porsche 911 Carrera S actuelle ! C’est dire…


Alors ? Conquis ? De mon côté, je suis piqué. Elle m’intrigue, elle m’interroge, et si j’avais les moyens, j’y songerais. Mais voilà, il me manque quelques deniers pour pouvoir atteindre ce rêve-là. Bertone espère en assembler et en vendre 25 exemplaires. Une poignée. Chacun s’échange à plus de 390 000 € ! Sans oublier que les taxes ne sont pas incluses, ni les options de personnalisation. Comptez donc près d’un demi-million environ pour vous procurer cette barquette reposant sur un châssis aluminium recouvert d’une carrosserie en fibre de carbone. Les matériaux exotiques font toujours grimper la facture… Si ce tarif ne vous a pas encore totalement rebuté, il vous reste une dernière chose à régler avec vous-même : un choix de taille. La Runabout est proposée en deux carrosseries, Targa (avec toit et pare-brise) ou barquette (un mini pare-brise devant le cockpit), sans préciser laquelle est la plus onéreuse. Alors, laquelle ?
