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Bentley Bentayga

Il était le SUV de tous les superlatifs à sa sortie. Le plus puissant, le plus rapide, le plus luxueux du marché alors en plein essor. Était, car depuis sa sortie, la concurrence s’est armée vite et bien. Retour sur ce « pionnier » qui fête ses 10 ans.

Land Rover Range Rover SVR

Nous n’avons plus besoin de parler du segment des SUV. Ce phénomène dure depuis une bonne vingtaine d’années maintenant et ne faiblit pas vraiment. Du moins, dans les versions thermiques (l’électrique a du mal à percer pour ces carrosseries hautes sur pattes). Outre le Range Rover, le premier à avoir senti le vent tourner vers cette carrosserie se nomme Cayenne, Porsche Cayenne. Vu d’un mauvais œil au début, il deviendra un véritable succès qui ne s’essouffle pas de nos jours. Il fera des jaloux, puis des petits dans sa gamme, le Macan, et chez la concurrence. BMW, Mercedes, Audi, tous y passent. Les marques généralistes proposent des SUV plus compacts, voire urbains ! À l’autre extrémité de cette chaîne alimentaire automobile, Bentley compte bien chiper des parts de marché et y songe au début des années 2010.

La propriété du groupe Volkswagen bénéficie du soutien de poids de sa marque-mère et de ses plateformes, multiples et de bonne qualité. Elle présente alors en 2012 le concept EXP 9 F, un SUV franchement tape-à-l’œil, clinquant en plus de ne pas être très élégant. À tel point que des journaux parlaient de lui en titrant « Bent-Laid ». On a connu bien meilleur accueil.

Trois ans plus tard, le Bentayga arrive en évoquant les termes de SUV le plus puissant, le plus luxueux, le plus rapide du monde. Et le plus cher aussi. Forcément, qui dit Bentley dit luxe, et dit prix à payer pour avoir ce blason prestigieux… aux entrailles d’Audi Q7 (très) bien maquillé. Mais revenons à la voiture britannique. Par rapport au concept, la voiture de série est plus élégante – pas difficile – mais son style demeure lourd, la faute sans doute à sa calandre imposante dessinant un capot plus haut que les ailes… Le regard est partagé avec le reste de la gamme, lequel se compose de deux doubles optiques circulaires. Le profil dessine une allure massive, exacerbé par ces ailes arrière exagérées menant à un arrière-train pas beaucoup plus fin… On croirait voir un break réhaussé, davantage qu’un SUV.

Bentley Bentayga
Bentley Bentayga Intérieur

Après tout, une Bentley s’apprécie surtout à l’intérieur, là où le charme commence à opérer. La voiture ne fait pas dans la dentelle mais dans la surenchère de cuir, de bois et autres matériaux nobles. On est aux antipodes de l’Audi Q7 à la finition certes exemplaire mais moins exclusive que le SUV britannique. Tout respire le luxe, à l’inverse de la technologie qui, elle, doit se camoufler. Évidemment, un écran central prend place sur la planche de bord, mais il ne mesure que 8 pouces… très peu pour nous aujourd’hui, mais déjà à l’époque. Preuve que le Bentayga s’apprécie mieux à l’arrière, les dossiers des sièges arrière peuvent recevoir en option des tablettes tactiles de 10,2 pouces connectés au Wifi, ou à la 4G et disposant du Bluetooth. Bref, tout le nécessaire pour passer le temps, à 2 ou 3 personnes. En effet, il est possible d’opter pour deux fauteuils arrière en lieu et place de la traditionnelle banquette à 3 assises.

Le luxe est affaire de détails, comme cette option d’assises. Dans ce segment, la technologie ne se montre pas. Elle doit être présente, mais pas envahissante. Les barres antiroulis actives s’enrichissent d’une batterie de 48V, utiles à la fois sur la route pour préserver une assiette horizontale, mais aussi en tout-terrain… où la quasi-totalité des Bentayga n’iront jamais. Une caméra installée dans le pare-brise renvoie l’image sur le tableau de bord pour améliorer la vision de nuit. Le régulateur adaptatif, obligatoire depuis juillet dernier sur toutes les voitures neuves, s’aide de la navigation GPS et des données de circulation pour adapter la vitesse de la voiture.

Bentley Bentayga Intérieur
Bentley Bentayga arrière

La présentation de la voiture a lieu au Salon de Francfort et pour revendiquer son titre de SUV le plus rapide et puissant, il devait se présenter avec la meilleure des motorisations possibles. Et là aussi, il diffère du Q7. Sous le capot à la largeur dessinée par la calandre officie le plus noble des moteurs de la marque à savoir le W12 de 6 litres fort de 608 chevaux et 900 Nm de couple (disponibles à moins de 2 000 tours/minute) ! À titre de comparaison, un Cayenne contemporain revendiquait 570 équidés dans sa version Turbo S. Heureusement, les quatre roues sont motrices. Le résultat de cette association de haut vol est un 0 à 100 km/h réalisé en seulement 4,1 secondes, dans un confort royal et un silence voluptueux, juste rompu par les légères vocalises rauques du W12. Reste que ce chiffre d’accélération est identique à celui du Cayenne précité. Mais sa course à lui s’arrête à 287 km/h, quand le Bentayga se vante de pouvoir atteindre 301 km/h. Un record !

Cependant, il n’est pas très écolo comme véhicule… et son gabarit conviendrait davantage à un moteur plus petit, voire à un moteur diesel. Lequel viendra lui prêter main-forte très rapidement et est issu d’Audi. 435 chevaux et un couple de 900 Nm aussi, c’est suffisant et plus correct, même si la noblesse y perd. En 2018, une version Bentayga S arrive, troquant son W12 biturbo pour un V8 biturbo de 550 chevaux, déjà vu dans les Porsche. Plus vertueux, lui aussi, et pas beaucoup moins noble. Plus tard, le W12 Speed arrive, augmentant la puissance à 635 équidés. Suffisant ? Amplement ! 2020 sonne l’arrivée du restylage.

Bentley Bentayga arrière
Bentayga EWB Mulliner

La face avant est remaniée, les feux arrière en forme de B disparaissent au profit de la forme d’amande héritée de la Continental GT. On célèbre l’arrivée d’un moteur hybride associant un V6 de 2,9 litres et un moteur électrique pour avoisiner une puissance combinée de 462 chevaux. En regardant dans le rétroviseur, le Bentayga est une réussite commerciale incontestable. Les ventes de Bentley sont au beau fixe, l’année dernière il représentait presque la moitié des ventes. Preuve que les SUV, quand ils sont bien pensés, sont des machines à cash. Et pour répondre à sa clientèle en manque de confort, elle ajoute une version EWB, Extended WheelBase, allongeant l’empattement au profit seulement des portes arrière pour augmenter l’espace aux jambes de 18 cm !

Depuis sa sortie, d’autres rivaux sont arrivés, le dépassant sur bien des terrains. Maserati a présenté son Levante en 2016, sans réussir à le transformer en aubaine commerciale. Ce qui n’est pas le cas de Lamborghini qui lui chipe le titre de plus puissant, et de plus rapide avec son Urus fort de 650 chevaux et capable d’atteindre 305 km/h. Question luxe, le Cullinan revendique ce titre à bien des égards. Lui ne propose qu’un V12, à la puissance équivalente (571 ou 600 chevaux), des portes arrière suicide améliorant nettement l’accès à bord, des sièges dans le coffre. Et cerise sur le pudding, même s’il est dépourvu (pour l’instant ?) de version à empattement long, sa longueur et son empattement sont déjà supérieurs à ceux du Bentayga Long (Rolls-Royce Cullinan : 5,34 m de long, empattement de 3,30 m / Bentayga EWB : 5,30 m de long et empattement de 3,18 m) ! Le Cullinan ne fait pas dans la dentelle non plus, mais il permet à Rolls-Royce de battre record sur record, lui aussi.

Bentayga Bentayga
Bentley Bentayga Speed 2025

Début juin 2025, Bentley a levé le voile sur la version la plus puissante de la gamme, celle qui a la lourde tâche de faire oublier le W12, la version Speed. A contrario des Flying Spur et Continental, point de V8 fortement hybridé mais un V8 tout ce qu’il y a de plus pur… et suralimenté. Un V8 biturbo fort de 650 chevaux et 850 Nm de couple (valeur disponible sur une plage de 2250 à 4500 tours/minute) capable de faire détaler le gros SUV de 0 à 100 km/h en à peine 3,6 secondes. Un temps de berline survitaminée ! Pour arrêter la bête, Bentley propose le sempiternel duo carbone-céramique, très cher et très fragile en particulier pour un SUV capable de crapahuter hors des sentiers battus. Rapide, il devrait l’être, Bentley annonçant même une vivacité accrue par rapport au précédent Speed grâce à des amortisseurs 15% plus rigides en mode Sport ou encore à la direction intégrale. D’un point de vue auditif, le Bentayga s’offre un nouvel échappement promis comme plus sonore que dans la précédente Speed à moteur W12 grâce à l’équipementier Akrapovic. Plus vif, sans doute. Plus sonore, peut-être. Mais sera-t-il plus vivant ? Plus plaisant ? Plus charmant ? Les questions restent entières…

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

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