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À une certaine époque, Audi et 3 autres marques alors en grandes difficultés financières dans l’Allemagne d’après le crack boursier de 1929 se sont rassemblées pour devenir Auto Union. Les quatre constructeurs étaient Audi, Horch, DKW et Anderer, tous symbolisés dans le logo par autant d’anneaux. Le régime alors en vigueur dans ce pays limitrophe à la France distribuait de nombreuses subventions dans tous les domaines pour que ce pays soit représenté le mieux possible partout. Ainsi de la médecine, de l’aéronautique et, évidemment ce qui nous intéresse, de l’automobile. Les deux rivaux allemands, Mercedes-Benz et Auto Union, ont deux visions différentes pour leurs projets preuve en est la Type 22 de la future Audi. Quand Mercedes s’en tient encore à une antique architecture à moteur avant (encore que ce dernier est très, mais très grand et très puissant) l’ingénieur de la bête d’Ingolstadt, Ferdinand Porsche, a une idée plus saugrenue consistant à installer le cœur derrière l’habitacle. L’une des premières voitures à moteur central arrière…
Et pas n’importe quel moteur. Pour montrer la supériorité de l’Allemagne, il fallait aligner les billets sur la table d’un côté pour pouvoir augmenter les chevaux, et pour que ces derniers se multiplient, aligner les cylindres. Ainsi la Type 22 bénéficiait-elle d’un copieux V16 ! Comme quoi, Bugatti n’a rien inventé avec sa Tourbillon. En parallèle, Auto Union a imaginé à quoi pourrait ressembler une Type 22 pour la route. Elle s’appelle Type 52, et n’a jamais pu vraiment voir le jour. Elle existait sous forme de plans réalisés par M. Porsche avec un habitacle fermé et une carrosserie entière (pas celle d’une Formule 750) encore maladroite due à l’implantation d’un moteur à l’arrière. Évidemment, la voiture n’aurait pas eu exactement les mêmes spécifications techniques que la pistarde, le taux de compression ayant été notamment descendu la puissance devait s’établir aux alentours des 200 chevaux et le couple dépassait les 430 Nm quand la Type 22 arguait plus de 500 chevaux.

L’idée devait prendre la route mais la guerre éclatant, le projet est remisé pour plus tard.

90 ans après les dessins du Docteur Porsche, la Type 52 renaît ! À Goodwood, Audi célèbre son passé – alors que son présent supprime toute notion de sport, au moins dans sa gamme de série – bien aidé par les maîtres en la matière Crosthwaite & Gardner qui, de l’autre côté de La Manche, bichonnent les carrosseries de glorieux modèles depuis des décennies. La Type 52 que vous avez actuellement sous les yeux est un modèle unique et au développement bénéficiant des 90 années d’évolution entre le projet et la réalisation. La voiture est plus grande que prévu, dépassant allègrement les 5 m de long. Le V16 de 4,4 litres augmente sa cylindrée à 6 litres, comme la dernière évolution de la Type 22, l’Auto Union C. Ainsi, la puissance passe à 520 chevaux. Comme une Formule 1, l’habitacle sert d’abord le pilote qui s’installe au centre de la voiture. Comme dans une McLaren F1 ou une GMA T.50, un siège passager à gauche et un autre à droite du conducteur permettront au pilote de ne pas être épris de solitude.
En hausse également, la prévision du poids. En 1934 on tablait sur 1300 kg à vide, aujourd’hui on atteint 1450 kg à vide. Loin d’être une gageure, d’autant que la Type 52 ne prendra pas la route réellement. Elle est un exercice intéressant, montrant à qui veut bien le voir que Audi n’oublie pas (trop) son passé.
