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La Giulia QV est une formidable machine que j’ai eu la chance d’essayer sur un court trajet qui restera à jamais gravé dans ma mémoire pour tout ce qu’elle est : rapide, joueuse, sublime, directe, presque parfaite. Mais elle n’est pas une sportive à part entière, comprenez par là qu’elle a été développée à partir d’une voiture on ne peut plus lambda, la Giulia classique. Idem pour le Stelvio. Quant à la 33 Stradale de 2023, on ne peut qu’être agréablement surpris par l’idée, mais la réalisation laisse à désirer – de notre point de vue – et la base est bien connue : Maserati MC20. Un peu plus loin encore, la sublimissime 8C héritait de la base d’une Maserati GranTurismo. Donc oui, l’Alfa Romeo 4C est bien la dernière sportive d’Alfa Romeo. Une sportive chère à nos yeux, à nos cœurs que nous vous proposons de redécouvrir à travers ces quelques mots.
Avec l’Alfa Romeo 4C, les ingénieurs italiens ont montré un savoir-faire inédit en imaginant une sportive 100% Alfa, autrement dit belle à regarder et enivrante à conduire. Et forcément… bourrée de défauts, ou de charmes.
Une Alfa c’est donc d’abord un style inimitable. Son bouclier doit recevoir en bonne et due forme un biscione, sorte de triangle isocèle pointant vers le bitume. Et de part et d’autres, de larges ouvertures en nid d’abeilles laissent passer l’air vers quelques éléments mécaniques qui ont besoin d’être refroidis. Des angles en haut du biscione partent des lignes pour rejoindre le pare-brise. Les optiques sont composés de plusieurs loupiotes placées comme pour devenir une constellation sur un écrin de fibre de carbone. Vous n’êtes pas encore tombé amoureux ? Admirez son profil. La surface vitrée est réduite au minimum autorisé et une élégante prise d’air se dessine à partir de la ligne de la vitre rappelant la 33 Stradale, la vraie ! Une entrée d’air postérieure qui signifie que le moteur est placée à l’arrière ! Quant à l’arrière justement, il confine à la perfection, disposant les deux feux circulaires aux extrémités de la voiture et dessinant comme un sourire entre les deux. Des lignes simples mais tellement belles…


Si l’extérieur rend joyeux et ose des couleurs vives, l’intérieur est plutôt terne. Un habitacle sombre qui va à l’essentiel. Au moins, il est ergonomique. Devant lui, tombe sous les mains du conducteur un volant dépourvu du moindre bouton. Les seules concessions à la modernité se situent au niveau des écrans, l’un derrière le volant et l’autre tout petit au centre. Et puis, la boîte de vitesses est automatique à double embrayage alors qu’on aurait beaucoup aimé une manuelle… Un détail pour puriste peut-être… Mis à part ça, il ne manque rien de fondamental à bord de la voiture qui a préféré le dépouillement au confort royal pour préserver un poids au raz des pâquerettes.
C’est d’ailleurs toute cette quête qui fait de la 4C une sportive si particulière, digne d’intérêt. Durant tout son développement, le moindre gramme d’économisé était célébré. Et Alfa n’hésitait pas à mettre la main à la poche pour développer, innover dans de nouveaux procédés de fabrication permettant d’abaisser le poids. Voilà pourquoi Alfa a choisi d’utiliser la fibre de carbone pour concevoir le châssis monocoque adaptant une technologie de F1 pour la rigidité de la coque. Résultat, en plus d’être ultra-rigide, elle est ultra… légère : 65 kg à elle seule. Les fenêtres et le pare-brise ont été amincis de plus de 10%, réduisant ainsi leur poids. Pour la carrosserie, l’acier a été jugé trop lourd. À la place, la technologie SMC (Sweet Moulding Compound) réduit de 20% le poids global grâce à une densité moindre (plus de 4 fois moins dense) tout en étant plus facile à façonner.


Pour les ailes et les pare-chocs, on a préféré utiliser du polyuréthane, plus facile à remplacer en cas de chocs. Même les freins ont été passés au crible, recevant de l’aluminium pour le disque et de la fonte pour la couronne, permettant de gagner 2 kg par disque ! Toutes ces coupes pondérales accumulées permettent de baisser la masse globale à 895 kg à sec ! À l’arrière, il n’y a donc pas besoin d’un gros moteur pour propulser une masse si faible. Aussi, comme son nom l’indique la 4C embarque un 4 cylindres. Il dispose d’un bloc en aluminium (plus léger) d’une cylindrée de 1750 cm3. Dès 1800 tours/minute, 80% du couple est disponible, avant que celui-ci ne se stabilise à la force de 350 Nm de 2100 à 4000 tours. 2000 tours plus tard, c’est au tour de la puissance d’arriver : 240 chevaux. Après vérification, voilà le rapport poids/puissance descendu à moins de 4 kg/ch, soit pas grand chose.
Mais dans le même temps, cette puissance raisonnable permet d’explorer les limites de la voiture sans craindre de débordements. D’autant que la voiture est large (1,86m), courte (3,98) et a un empattement géant (2,38) lui garantissant un comportement neutre à tout instant. Une stabilité améliorée aussi par les liaisons au sol dont la double-triangulation avant permettant de conserver beaucoup de vitesse en virage. On peut aussi souligner la répartition des masses garantissant un comportement prévisible (sans être ennuyant) de 40% à l’avant et 60% à l’arrière. Tout cela justifie, d’après Alfa Romeo, l’absence de la direction assistée jugée inutile. Cette idée nous fait d’autant plus regretter l’absence de la boîte de vitesses manuelle : quitte à imaginer une voiture à l’ancienne, autant aller jusqu’au bout !


Le coupé ravit donc par ses lignes, son comportement… tout ! Mais il a un concurrent de poids deux ans plus tard : sa déclinaison Spider. Légèrement plus de poids, toit amovible oblige, mais aussi plus de sensations à bord. Enfin, en 2017, l’Alpine A110 débarque : moins légère, légèrement plus puissante et surtout plus vivable, la française lui a sans doute fait bien du mal ! Reste que la 4C est une merveille sur quatre roues, imaginée à une époque où le style prévalait encore sur les performances aérodynamiques, où l’absence de batterie n’était pas une tare pour les édiles de Bruxelles. Bref, une bouffée d’air frais – encore plus en spider me direz-vous – qui mérite bien des louanges. La dernière vraie sportive d’Alfa, dépourvue de tout le superflus. Il est vrai qu’elle n’arbore pas le Quadrifoglio, mais elle en a bien des codes. Bien plus en tous cas que les futurs modèles électriques…
