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Qu’il parait loin ce temps… que je n’ai pas connu. Un temps dont on m’a, tantôt vanté les mérites, les gloires de la liberté, et tantôt les déboires de sa sécurité parfois lacunaire ou inexistante. Ce temps, les années 80, paraît si loin. À cette époque, les automobiles les plus sportives n’hésitaient pas à arborer ces 5 lettres pour annoncer leur radicalité : Turbo. Tout le monde y passe. De BMW à Ferrari en passant… par Renault, évidemment ! On ne présente plus la R5, ni son modèle ultra-sportif Turbo qui aura droit à une autre version, la Turbo 2. Plusieurs décennies plus tard, l’histoire se répète. La R5 E-Tech s’inspire de son illustre aînée des années 70. L’Alpine A290 restitue le passé de la R5 Alpine. Il ne manquait plus qu’une voiture pour toiser cette gamme, la Turbo 3 ?
Pour une surprise ! Pour le Concours d’Élégance organisé à Chantilly par Peter Auto, Renault présente le concept de Renault Turbo 3E, la suite logique et… électrique. Mais plutôt que d’évoquer des chiffres d’autonomie WLTP inaccessibles, des tailles de batterie gigantesques, des mélanges innovants de métaux rares, ou d’efficience à coup de Cx et de moteur à appétit de moineau, la Turbo 3E préfère montrer ses capacités avec un spot de publicité la faisant danser au gré du bon vouloir du conducteur. Un coup d’accélérateur, un petit coup de frein à main hydraulique et la citadine d’émettre de la fumée. Avouez qu’une électrique aussi bonne partenaire, ça donne envie ! Il faut dire que les ingénieurs de l’ont pas ratée… Ils semblent avoir eu carte blanche. Preuve en est le châssis tubulaire pensé, développé pour le show-car roulant doté d’un arceau-cage validé par la FIA. Aux roues arrière, 380 chevaux et 700 Nm de couple puisent l’énergie dans une batterie de 42 kWh pour réduire l’adhérence des larges gommes arrière.


Deux ans plus tard, en décembre 2024, une série dévoile les coulisses de Renault sous l’égide de Luca De Meo, relatant les exploits du PDG à redresser la barre après des résultats commerciaux désastreux. À la toute fin du dernier épisode, la future R5 Turbo 3E apparaît quelques secondes : elle va donc bel et bien exister ! Puis… trois mois sans rien entendre autour de la voiture. On ne savait rien d’elle. Si elle allait être homologuée pour la route ou non ; quatre roues motrices ou propulsion… Rien d’autre que son physique bodybuildé. Puis, un communiqué arrive, nous dévoilant de nombreuses caractéristiques de la voiture, jusqu’alors tenues au secret professionnel.
Renault croit beaucoup en son projet, en son produit radical. Elle le clame : il s’agit d’une « mini-supercar ». Un mot-valise qui semble n’avoir de définition que chez Renault, et pour cause : c’est la première du genre (toujours d’après eux) ! Pour le Losange, une « mini-supercar » est une voiture extrêmement large comme une supercar (2,03m) mais courte comme une citadine (4,08m). Elle est campée sur des roues de 20 pouces (!) installées dans des élargisseurs d’ailes exubérants. Ici, l’efficience n’existe pas, même si Renault a pensé à creuser des ouvertures, dans les élargisseurs notamment, tantôt pour refroidir les freins, tantôt pour diriger les flux d’air. À l’inverse du concept, l’aileron est plus timide, l’immense diffuseur compense. De la R5 classique, finalement, elle ne conserve… rien. Ou presque. Les feux arrière sont les mêmes, entre autres détails. Tout le reste est inédit.


À l’intérieur, l’habitacle mélange les genres aussi. Pour les habitués de la marque, ou ceux qui suivent assidûment Boucars, le tableau de bord doté de ce double écran OpenR ne vous étonnera pas puisqu’il s’agit de celui de la R5 -Tech composé de deux dalles, une de 10,1 et l’autre de 10,25 pouces. Le reste… appartient au sur-mesure pour ce modèle. Des tissus de la planche de bord en passant par les sièges baquets à coque en fibre de carbone ou encore à ce tunnel central étroit érigeant un frein à main vertical pour le bonheur des drifteurs… qui aurait pu penser que Renault serait un jour assez fou pour penser un tel véhicule ? Personne… Le volant reprend quelques fonctionnalités de celui de l’A290, notamment le bouton Overboost, mais en ajoutent quelques autres.
Le sélecteur de mode de conduite troque les traditionnels Eco, Confort, Normal, Sport et Perso pour des thèmes plus… osés : Regular, Snow, Sport et Race. Ça promet ! Une fois le dernier mode, Race, sélectionné, un « sous-mode » Drift peut être activé. Et dans ce cas, il faut de l’espace, et un peu de réflexes. Oui car, sous la pédale de droite la cavalerie n’est pas timorée. Les écuries sont pleines ! Chaque roue arrière a droit à son propre moteur qui y est directement intégré. Au total, la citadine survitaminée dispose de 540 chevaux et 4800 Nm de couple disponibles en une simple flexion du pied droit sur la pédale d’accélérateur. Vous comprenez donc la présence d’harnais 6 points pour s’attacher dans les baquets. Les accélérations sont démentielles : 0 à 100 km/h en 3,5 secondes et vitesse de pointe fixée à 270 km/h.


Évidemment, c’est électrique. Et qui dit électrique dit autonomie limitée, davantage encore dans des conditions extrêmes comme exposées ici. Les ingénieurs d’Alpine chargés du projet, habitués des électriques depuis l’A110 E-Ternité, l’A290 et bientôt le SUV A390, ont pensé une batterie de 70 kWh (18 unités de plus qu’une A290). Surtout, la principale nouveauté de cette batterie réside dans son architecture à 800V. Enfin ! Une Renault va rapidement récupérer son énergie ! Elle peut encaisser jusqu’à 350 kW de puissance de charge, permettant de passer de 15 à 80% en 15 minutes seulement ! Idéal pour recharger rapidement entre deux sessions sur circuit. La marque évoque une autonomie de 400 km WLTP. Avec un tel pousse-au-crime, aucune chance d’y parvenir. Et l’utilisation sur circuit risque d’être très rare pour de nombreuses raisons.
Pour une fois, pour une électrique, on ne pourra pas émettre de réserves sur ce secteur sur son poids, Renault avance une masse de 1450 kg grâce à une architecture en aluminium et une carrosserie en fibre de carbone entre autre. Non, ce qui va pêcher le plus… c’est sa rareté et son exclusivité. En hommage à la première R5 Turbo du nom, la Turbo 3E sera limitée à 1980 exemplaires… tous personnalisables de A à Z. Livrée hommage, couleur osée ou habitacle tiré à quatre épingles, l’ultra-personnalisation risque d’augmenter la facture d’une voiture qui promet de ne pas être ultra-accessible, financièrement au moins. Alors, pour la voir sur un circuit… il faudra attendre des vidéos promotionnelles signées Renault ! Les premiers exemplaires devraient rouler en 2027. D’ici là, le thermique aura peut-être repris du terrain du côté de nos politiques ! Croisons les doigts…

