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R-Ace Inside est une structure dont le but principal consiste en l’initiation au pilotage de vraies voitures de course sur un vrai circuit mais avec des faux pilotes derrière les volants. Cette structure est une filiale de R-Ace GP qui, pour le coup, est une écurie de course qui engage de vrais pilotes dans des grands championnats à travers l’Europe et le monde entier. Le but est de façonner de futurs champions dans des championnats de formule de promotion – Formule Renault, FRECA, F4. Fondée en 2011 par Thibaud de Merindol et Cyril Comte, l’écurie a posé ses bagages sur le circuit de Fontenay-le-Comte après sa création à La Rochelle. Depuis, elle en a vu passer des pilotes. Tous sont plus rapides que vous et moi avec un volant dans les mains et des pédales aux pieds. Mais certains ont tiré leur épingle du jeu.
Ils composent ce que R-Ace GP appelle leur Hall Of Fame, des pilotes proches de la Formule 1, LA catégorie reine du sport automobile. Parmi eux, nous pouvons citer celui qui a gagné un titre de meilleur rookie de l’année en Formule Eurocup, Nick de Vries, qui a fait un court passage en Formule 1, comme Logan Sargeant qui en 2017 et 2018 a couru pour l’écurie (pilote Williams F1 pendant un an et demi). Sur la grille de F1 actuelle, 5 pilotes sont passés par R-Ace GP : Pierre Gasly (pilote Alpine) en 2012 et Esteban Ocon (pilote Haas) en 2013 en Formule Eurocup ; Isack Hadjar (pilote Visa Cash Racing Bull) en 2021, désigné meilleur rookie en FRECA ; Gabriel Bortoleto (pilote Kick Sauber futur Audi) en 2022 en FRECA et Oscar Piastri (pilote McLaren), actuel leader au championnat du monde des pilotes, qui a remporté le championnat de Formule Renault Eurocup en 2019, le premier de ses trois titres consécutifs.


Un tel palmarès ne laisse personne indifférent. Nous ne pouvons rivaliser avec eux en termes de pilotage. Mais ce n’est pas parce qu’on ne peut pas leur donner de leçon qu’on ne peut pas s’essayer au pilotage. Après tout, tout le monde peut prendre place dans un kart et comprendre que pour aller très vite il faut avoir une bonne dose de confiance. Et bien, imaginez avec six fois plus de puissance et vous obtiendrez ça : une Funyo. Comme le kart, ce véhicule est si léger qu’il n’a pas besoin d’embarquer un gros moteur pour aller très vite. Il confie son sort à un 4 cylindres Peugeot de 200 chevaux. La boîte de vitesses est manuelle, à 5 rapports. La carrosserie s’inspire de l’univers du prototype automobile, sans toit ni pare-brise. Elle repose sur un châssis tubulaire ultra-léger permettant à la bête de n’avancer que 550 kg. Pour 200 chevaux. Ça promet !
Mais avant, il faut s’équiper. Car on ne prend pas le volant d’une véritable voiture de course sans un bon équipement. Alors, un petit tour par le vestiaire s’impose pour enfiler une combinaison ignifugée portant le nom R-Ace Inside, des bottines de pilotage et le tour est joué ! L’indispensable briefing des pilotes relate des informations connues pour ma part, ayant déjà roulé sur ce circuit de Fontenay-le-Comte en Exocet et ayant suivi des cours de pilotage. Mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal. Trajectoire instinctive, idéale, tout ça tout ça… Tout ça dans un volume sonore assez élevé puisque depuis la mi-journée, les nuages n’ont eu de cesse de se vider. Les averses laissent place à de courtes pauses pour reprendre de plus belle… Les petites mains de l’organisation se pressent pour dresser des parapluies au-dessus des baquets, afin que nous ne nous asseyons pas dans des piscines.


Par chance, le temps des premières sessions coïncide avec la fin de la pluie. Et comme nous devons, pour notre part, attendre la fin de deux sessions, nous avons l’espoir que leurs pneus assèchent vite la piste. L’espoir fait vivre, non ? Et devinez quoi ? Nous avons vécu et nous avons bien fait. Lorsque notre tour arrive, nous recevons un casque, un HANS et une paire de gants avant de nous diriger vers nos montures. La partie gauche est ouverte pour faciliter l’installation. Pour la première fois de ma vie, je vais conduire à droite… Une fois proche de la voiture, elle apparaît étroite et assez courte. En s’installant, même chose. L’environnement n’est pas aussi spartiate que dans une monoplace, également à l’essai, même si on est aux antipodes de l’arrière d’une limousine. Les pieds trouvent trois pédales, et un repose-pied à gauche de l’embrayage. Les bras adoptent un angle de 45° pour faciliter le maniement du volant.
Pilote harnaché, moteur allumé, départ donné : c’est parti ! Je me félicite bien vite de ne pas avoir caler. Trop vite sans doute puisque, une fois que le moteur commence à émettre un bruit assez redondant, je décide de passer la seconde… mais non. J’ai beau m’être entraîné, à l’arrêt, pour passer les vitesses, je n’ai pas réussi à passer la 2 d’un seul coup. Pour ma défense, il s’agit d’une boîte en H dans laquelle chaque mouvement doit être « validé », ce n’est pas aussi simple que dans nos traditionnelles leviers actuels. Les débattements sont très courts : un régal. Enfin, une fois qu’on a compris comment ça fonctionnait… Dès les premières accélérations, pas trop fort car les pneus sont froids, la Funyo donne entière satisfaction. Ce n’est pas tant la performance en elle-même, incomparable, mais plutôt le lot de sensations procurées par les vibrations, l’absence de protection… et d’aides à la conduite. Pas d’ABS, pas d’ESP.


Cette idée me revient à l’esprit quand le premier virage arrive et avec lui, le premier freinage. Heureusement, la pédale est si dure que l’appui que je produis ne me permet que de ralentir, et clairement pas de bloquer les roues. Le volant est un régal à manier, on sent une vraie liaison entre le volant et les pneus. On sent l’adhérence, on ressent vers quelle direction la voiture va aller. Et pour aller plus vite, il faut accélérer. Roues droites, point de sortie et hop, on accélère. Toujours ce grognement de 4 cylindres… À tel point que j’en viens à préférer les virages aux lignes droites. Surtout que… je me retrouve coincé, au bout du deuxième tour et jusqu’au dernier, derrière un autre apprenti pilote pas très rapide en virage. Et comme nous sommes dans l’interdiction de doubler dans les virages et que dans les lignes droites je n’arrive pas à doubler, je me retrouve comme un lion en cage derrière cette Funyo… La voiture méritait mieux, mais tant pis, c’est le jeu. Comme en karting, tout le monde sur la piste n’a pas le même niveau et c’est bien normal.
C’est donc très frustré que je sors de la Funyo et que je me dirige dans la file d’attente pour connaître le vrai grand frisson lors d’un baptême de Formule Régionale biplace. Devant, un vrai pilote se charge de repousser les limites. Derrière, un poids mort – moi – qui alourdit la voiture. Un peu plus de 200 chevaux propulsent cette biplace de 600 kg. Des valeurs proches de la Funyo à la différence de la personne derrière le volant disons plus… confiante que moi. Ne serait-ce que la première accélération pour sortir des stands qui se veut plus franche, plus sereine et terrifiante que ce que moi j’aurais fait… Dès les premiers instants, une crainte m’envahit : vais-je m’évanouir ? En effet, le pilote comble totalement la visibilité vers l’avant. Ne voyant rien, difficile de prévoir les virages et les freinages. D’autant que ces derniers sont tardifs et très agressifs.


Derrière la coque du siège conducteur se trouve une sorte de volant qui fait office de poignée. Inutile ? Bien au contraire ! C’est comme dans un manège de parc d’attractions, on peut essayer de lever les bras dans les descentes. Dans les virages… un peu moins. En retirant mes mains pour le dernier tour, mes épaules ont très vite atterri vers les parois de la monocoque. Tout mon corps vibrait, bougeait. Plus que les accélérations, déjà dantesques dans bon nombre voitures de route, ce sont les G, ces forces gravitationnelles qui estomaquent aux freinages puis dans les virages. Pour donner une idée, l’organisation nous avait installé des cônes pour nous, apprentis pilotes. Trois cônes : on freine ; deux cônes : on rétrograde ; un cône on tourne. Le pilote, à 200m du virage, passe encore une vitesse et ne freine qu’aux 100m, soit à deux cônes… Dès lors, on loue la présence des harnais !
Finalement, j’étais presque content de sortir de la voiture, tant les sensations étaient à la fois fortes et peu agréables… L’absence de visibilité n’aide pas… Et comme l’essai de la Funyo ne s’est pas déroulé comme prévu, je n’ai qu’une envie : tenter à nouveau mais une voiture plus bestiale.
