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Son histoire tient de la légende. La GT est sans doute la voiture américaine à l’aura la plus exceptionnelle. Dès qu’on évoque ce modèle, les yeux des passionnés du monde entier s’écarquillent. Cette légende est digne d’un film de cinéma… existant sous le nom de Le Mans 66. Pas fidèle à 100% à la réalité des faits, ce film vulgarise le contexte économique de Ferrari et l’envie de Ford de rajeunir son image. Et pourquoi ne pas racheter Ferrari ? L’idée est lancée au début des années 60, les discussions avancées mais une ligne fera tout chavirer : Enzo Ferrari comprend qu’il n’aura pas les pleins pouvoirs sur sa Scuderia et met fin au projet, insultant M. Ford au passage. Blessé dans son estime, ce dernier va demander à s’entourer des meilleurs ingénieurs pour mettre au point une voiture capable de rivaliser avec les splendides italiennes dans la course qu’elle remporte chaque année depuis 1960 : Le Mans.
Course ô combien complexe où la performance seule ne compte pas, il faut de la fiabilité ! Ford appelle Carroll Shelby à la rescousse, et les mises au points sont lancées. Au Mans, il faudra attendre 2 ans avant que la GT40 ne réussisse à s’imposer. Mais en 1966, Ford réussit cet exploit avec un triplé rentré dans l’histoire. À jamais, Ford est la marque à avoir mis fin à la domination insolente de Ferrari au Mans. À jamais, la GT40 est la première voiture américaine à remporter les 24 Heures du Mans. Face à une concurrence relevée, Ford remportera toutefois les trois éditions suivantes : 1966, 67, 68 et 69. Un modèle aussi historique ne peut rester dans l’oubli. En 2004, Ford joue déjà la carte du néo-rétro en réinterprétant la Ford GT avec un gros V8 à l’arrière, une silhouette tout droit sortie des années 60 et un aspect brut de décoffrage digne d’une réalisation américaine du meilleur jus !


Engagée au Mans, elle n’y brillera que par son allure et son bruit, mais pas pour ses performances. Dommage. Son aura, elle, reste intacte. Malgré cet échec, la maison-mère ne perd pas espoir et veut réitérer son exploit des années 60 tout en profitant du cinquantenaire de cette première victoire. La Mustang V n’était pas tout à fait adaptée à une excursion sur un tel tracé. Alors, pourquoi ne pas faire revivre la GT ? L’affaire est lancée. En seulement quelques mois, la Ford GT des années 2010 est imaginée, du moins dans les grandes lignes. Et ce dans le plus grand secret. Rien n’a fuité. Même en interne, tout le monde ne savait pas cette réalisation. Alors le grand public… Le 12 janvier 2015, Ford levait le voile sur cette Ford GT du XXIème siècle. Plus question de néo-rétro. Et une annonce dans le même temps : Ford revient au Mans dès l’année suivante, soit en 1966 50 ans après sa première victoire !
Un aspect qui change d’ailleurs. Par le passé, la Ford GT40 – la marque a vendu les droits de la particule numérique – était engagée dans la catégorie reine de l’époque, la Sport Proto, où étaient déboursées des sommes astronomiques pour vaincre son voisin de paddock. L’équivalent, dans les années 2010, des LMP1. Or, la GT de 2016 allait courir dans la catégorie inférieure, la GTE, tout aussi relevée certes mais avec une moins grande vitrine. Au moins, quelques exemplaires ont pu prendre la route, une idée inconcevable pour les LMP1 !


Lors de sa présentation, la Ford GT n’était pas prête à 100%, du moins techniquement. Au départ du projet, trois objectifs étaient fixés. En premier lieu, partir d’une feuille blanche pour s’affranchir de toutes les conventions. En deuxième, il faut pousser le développement très loin pour qu’elle résiste longtemps à la concurrence et aux années. Enfin, elle devra remporter les 24 Heures du Mans. Le résultat devant évoquer la voiture originale, le design doit s’en inspirer. On reconnaît aisément la star des années 60 par ses grands phares avant, sa silhouette ramassée. Mais Ford semble avoir privilégié une réinterprétation plutôt qu’un style rétro. Ils ont transposé l’idée de la GT40 dans notre ère, une ère qui dessine la carrosserie en fonction des besoins en air.
On distingue d’ailleurs très nettement la différence entre la Ford GT de 2005 qui compte surtout sur son gros moteur pour performer tandis que la nouvelle venue mise beaucoup sur l’aérodynamisme de sa carrosserie, sans pour autant négliger l’aspect mécanique, nous y reviendrons. La GT 2015 multiplie les ouvertures pour laisser circuler les molécules d’air. Le châssis adopte la forme de la goutte d’eau, une silhouette qui passe par une « tête » large qui s’affine vers l’arrière. Plus aérodynamique, cette forme permet d’ailleurs à la carrosserie d’ajouter une sorte d’aile inclinée reliant les arches de roues avec le toit, laissant un large espace à l’air pour passer entre les deux éléments, être accélérer et terminer sa route vers le postérieur de la GT. Cet arrière-train comporte un aileron mesurant près de la moitié de la voiture. Sous cet élément aérodynamique, deux sorties d’échappement reprennent le même dessin circulaire que les feux arrière. Elle est spectaculaire !


Le soufflé ne retombe pas dans l’habitacle. On y accède à partir de larges portières à ouverture en élytre lui donnant un air encore plus sauvage. Le châssis est si large qu’il convient de bien l’enjamber pour pénétrer dans cet écrin de sportivité. Les sièges sont fixes, volant et pédales se règlent pour le conducteur. Les deux sièges sont extrêmement proches, simplement séparés d’une étroite console centrale comptant quelques boutons. Le tableau de bord se revêt d’alcantara et reçoit un petit écran tactile, anecdotique à bord d’une telle fusée. Le volant s’inspire de l’univers de la Formule 1… étonnant pour une voiture vouée à l’endurance ! La mise à feu du moteur demande d’ouvrir un cache rouge et d’appuyer sur le bouton Start. Et là…
Tout était parfait. La voiture est spectaculaire. L’intérieur est sans fioritures. Le moteur n’est… pas à la hauteur. Enfin, disons que c’est plus compliqué que cela. Il s’agit d’un V6 de 3,5 litres biturbo au petit nom décevant Ecoboost. Pourquoi un tel nom pour un moteur qui œuvre dans une voiture dont la seule économie visible est le poids, et qui préfère, plutôt que de chasser le C02, traquer les dixièmes ? Parce que les moteurs thermiques de Ford s’appellent tous ainsi… On aurait aimé un nom différent pour une voiture si différente ! Si la noblesse mécanique – on aurait également préféré un V8 – n’est pas tout à fait palpable, ce V6 semble être très bien armé pour porter la dragée haute sur les circuits du monde entier. Il revendique 647 chevaux et 746 Nm de couple, dont 90% de cette force serait disponible dès 3500 tours/minute !


Une puissance comparable à une McLaren 650S mais à l’aérodynamisme encore plus poussée chez l’Américaine – cette phrase est difficile à écrire – et un poids en retrait aussi pour la Ford ! Laquelle revendique 1360 kg à sec. Pour arriver à une telle valeur, les ingénieurs ont eu recours à l’ingrédient miracle : la fibre de carbone ! Et ce à foison ! Pour sublimer le tout, la GT s’équipe d’une panoplie de modes de conduite allant dans la surenchère de performances. Pas de mode Eco mais un mode Normal calme le train arrière, le seul recevant la puissance, tout comme dans le mode Wet (mouillé). Dans ces deux modes-ci et Sport, la hauteur de caisse reste à 120mm de la route, l’aileron à sa place. En basculant dans le mode Track, les suspensions rabaissent la voiture de 50mm (!) et l’aérodynamisme actif est poussé à fond : l’aileron sort, se braque aux freinages… Tout est pensé pour que le train avant n’aie pas à produire plus de 30% d’appui.
Un dernier mode, le V max, diminue la résistance à l’air pour atteindre les vitesses les plus élevées sur les lignes droites des circuits du monde entier. Environ 350 km/h en pointe, c’est suffisant, non ? La Ford GT tord littéralement le cou aux idées reçues selon lesquelles les américaines ne savent prendre des virages. Les temps au tour sont stratosphériques pour la gamme. Et les clients ne s’y trompent pas. Ils se ruent sur la voiture. Elle ne devait être limitée qu’à 1000 exemplaires à un tarif indécent de 500 000 € environ et hors options. Aucun problème : ils ont tous trouvé preneurs. À tel point que sous la demande, Ford annonce avoir reçu plus de 6 500 commandes, une nouvelle salve de modèles a été décidée : 350 unités supplémentaires. À partir de 2020, la voiture reçoit un échappement en titane, et la puissance augmente à 660 chevaux. Les éditions limitées rendant hommage à des livrées des GT40 d’antan se sont multipliées… on ne saurait vous dire notre préférée !


Cerise sur le gâteau, la GT a remporté les 24 Heures du Mans dans sa catégorie GTE en 2016, dès sa première apparition. Un clin d’œil historique indéniable et une réussite indéniable. La Ford GT est digne d’un produit américain qui aurait pu naître dans un contexte de guerre froide, montrant de quoi était capable le Nouveau Continent face à ses rivaux. Rendez-vous dans quelques années pour une nouvelle interprétation de la GT ? Nous l’espérons, tant celle-ci a repoussé les limites de ce que Ford savait faire.
