Catégories
Informations

Delage D12

Depuis 1953, Delage dort. Un investisseur au nom bien connu compte bien redonner vie à cette marque iconique. Avec ce réveil, le retour de l’âge d’or de l’automobile ultra-sportive française est acté.

Belle ? Une nouvelle fois, la notion de beauté est subjective. Et, s’il est impossible de plaire à tout le monde, il est peut-être plus aisé de déplaire au plus grand nombre. Encore que… La Delage D12 n’a pas cette vocation. Comme autrefois, Delage ne maintient pas longtemps le suspens sur sa motorisation. Le 12 se réfère au nombre de cylindres du moteur. Et c’est principalement celui qui nous intéresse dans cet article d’actualité…

Mais d’abord, jetons un œil sur le passé, ou plus précisément sur l’histoire de Delage. Si le début de la vie de l’automobile a été semée d’embuches, elle a vécu un véritable et glorieux essor à partir des premières courses automobiles, et des premières commercialisation au grand public. Le jeune Louis Delage naît en 1874 et grandit dans une époque où l’industrie prend forme, dépassant peu à peu la taille humaine. Sorti ingénieur d’une école d’Angers à 19 ans, il aiguise son esprit et ses capacités techniques chez Peugeot. Il grimpe les échelons, brillant quelque soit la tâche qu’on lui donne à réaliser et y devient Chef du Bureau des Essais et des Etudes. En 1905, il quitte l’entreprise qui lui a tout appris pour lancer sa marque à laquelle il lui donne son nom. Et dès ses premiers modèles, les victoires en course s’enchaînent. À Dieppe en 1908, le Grand Prix dans la catégorie des voitures légères en Sarthe en 1911, Grand Prix de France en 1913, jusqu’aux 500 Milles d’Indianapolis en 1914 ! Après avoir contribué à l’effort de guerre, il reprend son rôle dans la jeune industrie automobile en assemblant des voiturettes et des voitures de sport légères, en adéquation avec la demande, avant de se lancer corps et âme dans le luxe en 1924. Cette année-là, il dévoile la GL, Grand Luxe. Puis, en 1929, la D8 et son premier V8. Les répercussions de la crise de Wall Street affaiblissent Delage. Delahaye, son rival, le sauve en 1935. À partir de cette date, les Delage et Delahaye seront proches techniquement, si ce n’est même identiques !

Endormie depuis 1953, Delage se réveille grâce à un investisseur, un grand nom français : Laurent Tapie. Le sang de l’entreprenariat coule dans leurs veines. Après s’être fait un nom dans plusieurs secteurs, Laurent Tapie veut assouvir sa passion de toujours, celle de l’automobile et du sport automobile. Et pour ce faire, réaliser son rêve d’imaginer la voiture de route la plus proche possible d’une Formule 1. Réticente, l’association des Amis de Delage accepte finalement devant l’entrain du futur repreneur. En 2019, l’annonce officielle de la renaissance est prononcée.

Delage D12 3/4 avant

Infiniment loin des généralistes Renault-Peugeot-Citroën, et à l’opposé de la proposition du plaisir simple de l’Alpine A110, Delage présente la D12. La performance prend le dessus sur la beauté, l’élégance dont pouvaient être pourvues les Delage du XXème siècle. Celle de notre ère est définie comme la voiture la plus proche d’une Formule 1. Rien que ça ? Il suffit de la regarder pour se rendre compte de la bestialité de l’engin. On s’éloigne de la simplicité d’une Bugatti Chiron, de l’art-déco d’une Pagani Huayra pour se rapprocher de la bestialité des Zenvo Aurora ou McLaren Senna, avec un soupçon de Czinger 21C. Sans, pour autant, leur ressembler réellement. La Delage a un look à part imposé par… la compétition. Ou plutôt, son système de suspensions. Car la D12 clame haut et fort sa valeur ajoutée : elle est la première voiture homologuée route bénéficiant de suspensions contractives de Formule 1. Ce système permet de diminuer les mouvements de caisse en réduisant l’importance des barres antiroulis, quand il y en a. Pendant un virage, les amortisseurs à l’intérieur du virage se détendent quand ceux à l’extérieur se contractent, en subissant la force centrifuge, détente et contraction étant symétriques. Avec une suspension contractive, ce n’est plus le cas. Père de cette technologie, l’ancien pilote Mauro Bianchi a mis au point cette suspension dans les années 90 qui ont permis à McLaren de remporter deux titres constructeurs. Delage lui a proposé ici d’intégrer cette technologie dans la D12 pour la rendre unique au monde. Cette face avant totalement ouverte avance procurer un appui aérodynamique inédit sur le train avant.

Le train arrière n’est pas en reste. Ce popotin est surplombé d’un aileron courant sur toute la largeur de la voiture. Au dessus d’un diffuseur rappelant, une nouvelle fois, la Formule 1, avec cet avertisseur central, deux sorties d’échappement nous laissent rêveur. Il est temps de le découvrir ! Sous le capot vitré, un V12 signé Delage trône depuis le début du projet. Dans les premiers objectifs, il était posé qu’il développerait 990 chevaux pour une cylindrée de 7.6 litres. Devaient s’ajouter 20 (Club) à 110 (GT) chevaux électriques sur le train avant. Le sort en a décidé autrement. Le projet a pris un peu de retard et le V12 doit désormais passer les dernières normes, plus strictes encore que les précédentes. Est tombé alors un communiqué Delage parlant d’une mise à jour de ce V12. La cylindrée baisse à 6.7 litres et la puissance à 850 chevaux. Pour compenser ces pertes, la fée électricité gagne une plus grande importance, en passant à 150 chevaux. La somme effectuée, la Delage dispose toujours d’une puissance cumulée de 1000 équidés. Finalement, les performances ne sont pas amoindries, bien au contraire. L’instantanéité de la puissance électrique permet à la D12 d’augmenter sa vivacité, et la baisse de cylindrée du moteur permet une économie de poids de 15%. 

Delage D12 arrière
Delage D12 face avant

Comme précisé précédemment, la D12 est disponible en deux versions, GT et Club. La D12 GT met l’accent sur le confort et l’élégance quand la Club préfère la sportivité assumée. Ainsi, la GT dispose d’un aileron actif grâce à un système hydraulique dont la Club se sépare pour gagner du poids. 40 kg sont économisés, 1320 kg contre 1360 kg pour la GT. Autre spécificité de la voiture, son habitacle, unique en son genre. En version coupé (une version Speedster et une autre à saute-vent sont disponibles) la vitre se dresse à la verticale laissant apparaître un habitacle biplace en tandem. Le conducteur a droit à un volant type F1 et à des rétroviseurs caméras. À suspensions de F1 mise au point idoine : elle sera signée de l’ancien pilote Jacques Villeneuve. Le tout pour des performances décrites comme incroyables. Imaginée plus sportive, plus radicale, la Club estime pouvoir rouler en moins de 6’35 sur le Nurburgring. Un temps que seule la Mercedes-AMG One a approché ! Rendez-vous à l’été prochain pour voir la Française se jouer des virages. D’ici là, la D12 entame sa dernière phase de développement pour obtenir l’homologation route. 30 exemplaires sont prévus, tous personnalisables à l’envie. À 2 millions d’euros minimum, le client mérite le droit de customiser sa voiture !

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Boucars

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture