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Élitiste, cette carrosserie audacieuse l’est et le revendique presque. Elle puise cette différence dans sa création, le style de shooting brake remonte en effet aux premiers carrosses (tirés par des chevaux) disposant d’assez d’espace pour contenir toute la panoplie idéale des chasseurs de bonne compagnie. Autrement dit, les riches commandaient des carrosses à grand coffre tout en conservant une certaine élégance que leur rang dans la société oblige. Puis, quand les moteurs ont, peu à peu, remplacé les chevaux, ces derniers devenant vapeur, les demandes restaient les mêmes, en particulier après la Seconde Guerre mondiale. Les coupés sont d’élégantes automobiles ; les berlines aussi mais moins sportives ; les breaks sont bien souvent laids et lents mais au moins sont utiles. Alors, des carrossiers de génie ont mélangé ces idées pour redéfinir la notion de shooting brake.
L’un des plus fabuleux exemples, et maître en la matière, se nomme Radford. Harold de son prénom. Dans la Grande-Bretagne de l’après-guerre, il est un fin carrossier apprécié des grandes maisons – dans les années 60, il réalisera les premières Ford GT40 ! – comme Rolls-Royce et Bentley. Chez Radford, la clientèle des deux constructeurs aime à s’y rendre pour dessiner une voiture plus logeable mais toujours élégante. Évidemment, on ne peut parler de Radford sans évoquer les quelques exemplaires d’Aston Martin DB5 shooting Brake. Et la mode commence. On parle de Shooting Brake lorsqu’un carrossier – ou un constructeur – décline à partir d’un coupé (ou un cabriolet) une silhouette de break de chasse à trois portes. Souvent, ils sont plutôt sportifs. Et élitistes.


Mais il est arrivé dans la grande histoire de l’automobile que certains constructeurs appréciant cette silhouette novatrice l’intègre dans leur gamme. C’est le cas notamment de Volvo qui, non content de commercialiser l’un des plus beaux coupés de tous les temps, la P1800, en dérive un pendant break baptisé P1800 ES d’une rare élégance. On en vient même à se demander quelle carrosserie choisir… si on en avait les moyens ! Bien plus tard, dans les années 90, BMW commercialise son roadster Z3, 4 ou 6 cylindres, existant même en une version siglée M. Le constructeur en extrapole un coupé à l’allure étonnante – capot très bas mais arrière très haut – et à la surface vitrée importante. Mieux : il partage les mêmes moteurs que le roadster. Autrement dit, il a également droit au 6 cylindres en ligne Motorsport !
Plus logeable qu’un coupé, mais pas beaucoup plus qu’un break… sur l’autel de l’élégance, les shooting brake n’hésitent pas à rogner sur l’habitabilité. Comme d’ailleurs… les coupés face aux berlines dont ils dérivent. En effet, si les coupés sont forcément moins habitables – deux portes contre quatre – là n’est pas leur seul défaut… Prenez l’actuelle BMW Série 3, G20, elle mesure 4,71m. Le coupé Série 4 avec lequel elle partage sa plateforme compte deux portes, 40 litres de coffre en moins et… 6 cm de longueur en plus. Et, accessoirement, demande 3000 € de plus à motorisation équivalente. Ça pique… Même chose chez Peugeot lorsque Sochaux commercialisait le coupé RCZ, ce dernier était aussi long que la 308 dont il dérive alors qu’il est bien moins logeable. Lexus, idem : le RC dépasse de 4 cm la berline IS. Quant à Renault, la Wind mesurait 3,83m, contre 3,69 pour la Twingo qui lui donnait sa base technique…


Aujourd’hui, le break de chasse a du plomb dans l’aile pour plusieurs raisons. D’abord, il doit affronter un concurrent armé jusqu’aux dents : le SUV. Cette silhouette est présente sur tous les marchés, pour tous les budgets, et toutes les prestations. Et ils sont logeables, habitables, peuvent se montrer sportifs et parfois élégants. Pourquoi choisir un break de chasse alors ? D’ailleurs, et voici la deuxième raison, ce terme a été un peu détourné par Mercedes ces dernières années. Le constructeur allemand a baptisé ses CLA et CLS à silhouette bicorps shooting brake alors qu’ils comptent… 5 portes. La raison de ce baptême ? Les CLA et CLS sont pensés comme des berlines coupé, ou coupés 4 portes. Autrement dit, Mercedes part de ces plateformes de « coupés 4 portes » pour en décliner une silhouette de break de chasse, mais à 5 ouvrants.
Heureusement, le monde de l’ultra-luxe résiste et perpétue cet héritage vieux de plusieurs décennies. C’est le cas par exemple de Touring Superleggera qui, au début de sa renaissance des années 2000, a dévoilé la Bentley Flying Star, un break de chasse pas très inspiré basé sur la Continental GT. Bertone et Touring ont également imaginé des breaks sur base de berlines, respectivement sur une Aston Martin Rapide (Jet 2+2) et une Maserati Quattroporte (Bellagio). Elles comptent 5 portes chacune… Plus récemment, Aston Martin et son fidèle carrossier Zagato ont dessiné un quatuor majestueux sur la base de la Vanquish S de 2016 : un coupé, un roadster, un speedster et un shooting brake, un vrai ! Comme au bon vieux temps… Vous imaginez-vous aller faire vos courses avec un tel break ? moi, oui !


En un sens, on peut également considérer la Ferrari 250 GT ‘breadvan’ dessinée par Bizzarrini comme un shooting brake de course : la base technique est une Ferrari 250 GT. Le commanditaire a donné carte blanche à Bizzarrini pour qu’il en imagine une version plus aérodynamique, plus avancée même que la 250 GTO. S’inspirant des derniers travaux aérodynamiques, il a imaginé une silhouette avec un arrière train très vertical… Vertical aussi, l’arrière de la Volvo C30. À moitié vitré aussi. On peut la considérer comme un shooting brake, même s’il s’agit surtout d’une berline compacte à trois portes… Alors que cette Aston là… n’est que virtuelle mais mérite de voir le jour. Cette étude de style est signée Callum Design, le bureau de style de l’ancien designer Jaguar et Aston Martin qui s’amuse également à redonner vie à l’incroyable C-X75… Ce shooting brake dérive de la splendide Vanquish première du nom. Cette dernière, Callum propose déjà d’en optimiser les performances. Imaginez donc un break avec ce V12 à l’avant…
Audacieux, onéreux, ambitieux, les qualificatifs ne manquent pas pour les shooting brake. Ils sont rares et doivent le rester pour en savourer chaque exemplaire. Ils ne sont pas toujours beaucoup plus logeables que les coupés, en témoigne le dernier BMW SpeedTop dont le coffre annonce le même espace que dans le roadster dont il dérive. Mais après tout, ces shooting brake de l’ultra luxe sont comme des œuvres d’art, quasi tous uniques car réalisés à la commande. Et une œuvre d’art n’est pas toujours d’une utilité qui saute aux yeux. Il faut surtout qu’elle soit belle…

