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Ceux pour qui la Formule 1 commence en 2018 avec une série d’une célèbre plateforme ne connaissent pas forcément ce nom iconique. À une époque où les budgets étaient moins colossaux qu’aujourd’hui, le chemin restait relativement dur pour accéder à la Formule 1. Un Australien du nom de Jack Brabham fait mouche et trouve un baquet chez Cooper à partir de 1955. C’est d’ailleurs au volant d’une Cooper à moteur central arrière, une révolution à l’époque, que Brabham obtient son premier titre de champion du monde pilotes en 1959, suivi d’un deuxième l’année suivante. Le manque de libertés techniques de Cooper conduit Brabham à s’associer avec un de ses vieux amis Ron Tauranac, bon ingénieur, pour créer sa propre écurie. Les résultats en course sont encourageants et conduisent la jeune écurie Brabham au titre de champion du monde constructeur en 66 et 67. En 1966, Jack Brabham remporte le titre pilote, sur une Brabham. Il est le premier, et pour l’instant – et sûrement pour toujours – le seul pilote directeur d’écurie à avoir gagné sur sa propre voiture.
L’ADN de pilote coule dans les veines de ses enfants, qui ont tous piloté avec plus ou moins de réussite. L’écurie est vendue à Bernie Ecclestone en 1971. Jack Brabham, anobli par la reine en 1978 pour « service rendu au sport automobile », meurt en 2014. Ses enfants veulent continuer de faire vivre ce nom à travers l’automobile et pas seulement dans les livres d’histoire automobile. C’est pourquoi David Brabham reprend les rênes…
Forcément, pour qu’une Brabham soit digne de son nom, il faut qu’elle soit bestiale, puissante, rapide, efficace, atypique… Il ne faut pas ternir ce patronyme. Pour raviver la flamme, la jeune marque nomme la voiture comme les monoplaces de Formule 1, par les initiales BT, Brabham et Tauranac, suivi d’un numéro, 62. Ici, il fait référence à la création de l’écurie familiale. C’est donc en 2018 que Brabham dévoile une berlinette à moteur central-arrière. Son design, assez consensuel, rappelle les Lotus contemporaines, mais en plus méchant. Mais une fois qu’on en connaît la fiche technique, la filiation avec une Lotus n’est plus du tout permise.


Pourquoi rentrer dans le moule et proposer un moteur turbocompressé ? Ou pire, un moteur électrique ? Non, la BT62 est une pure et dure. Elle choisit donc un V8 atmosphérique de 5387cm3. La culasse accueille 32 soupapes qui ouvrent et ferment les chambres de combustion pour délivrer jusqu’à 667 nm de couple et 710 chevaux. Forcément, en bonne pistarde qui se respecte, seules les roues arrière reçoivent cette déferlante de haine de la part du moteur, pendant que les oreilles perçoivent le son féroce du V8. Seule concession à la performance et pas à la nostalgie, la boîte de vitesses est séquentielle. Pas d’embrayage à manier… Cela permet à la BT62 de garder une ligne sobre à l’extérieur et élancée au niveau du poids. Malgré la puissance, et grâce à des composants derniers cris, la BT62 admettrait 972 kg à sec ! L’histoire est d’autant plus belle que dès sa première sortie sur piste, elle remporte la course. Sir Brabham peut être fier de ses enfants…
Ces derniers n’avaient, de toutes façons, pas prévu de le décevoir. Au contraire. Ils nous surprennent, nous aussi. Depuis leurs débuts en tant que constructeur, Brabham a une idée derrière la tête : les 24h du Mans. Présente sur un stand lors de l’édition 2018, elle veut concourir dans la catégorie GT, évidemment. Encore faut-il assembler un minimum de version de route. Vous nous voyez venir ? La Brabham BT62, une fois déclinée en version R, pour Road, peut s’aventurer au milieu des trottoirs et des immeubles. Peu d’éléments diffèrent des deux versions. Le tarif demande toutefois près de 200.000€ d’allonge pour obtenir une version routière…

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, loin de là. 6 ans après cette relance, la BT62 tire sa révérence. Des différends entre les dirigeants de l’entreprise mettent fin à cette belle histoire. Records de piste, poles positions, victoires… la BT62 a marqué son époque. La fin d’un projet peut aussi inspirer un futur, non ?

