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Bienvenue AUDI disais-je. Mais est-elle vraiment… nouvelle ? Oui. Mais c’est plus compliqué que cela en a l’air. Vous avez sans doute remarqué la proximité des noms entre la marque Audi qu’on connaît depuis plusieurs décennies et AUDI. Non, il n’y a pas que les lettres capitales qui changent la donne. C’est… un tout. AUDI est en quelques sortes la progéniture d’Audi et de SAIC. Vous ne connaissez pas ce dernier ? Nous allons vous le présenter.

SAIC est un acronyme cachant les mots Shanghai Automotive Industry Company. Ce groupe est fondé en 1955 à partir des entrepôts laissés après la Seconde Guerre mondiale. La demande en automobile n’est pas très importante dans un premier temps en Chine et sa rapidité d’action… non plus. SAIC mettra trois longues années à mettre au point puis commercialiser son premier modèle. Il faut souligner que SAIC a choisi un segment… différent des groupes alors existants dans l’Empire du Milieu, préférant le marché du luxe à celui du grand public. Le marché ne représentait pas grand chose pendant un long moment, un très long moment. Mais, sentant que le vent commençait à tourner dans cette contrée asiatique, et les marques souhaitant s’ouvrir à de nouveaux marchés et glaner des parts de ces derniers le plus vite et le plus tôt possible, quelques constructeurs ont émigré là bas.
Le fait est que la législation chinoise est faite de telle manière à ce que les constructeurs automobiles ne peuvent vendre des voitures construites à l’extérieur du territoire chinois. Autrement dit, pour vendre leurs voitures en Chine, les constructeurs doivent s’associer à des groupes industriels chinois pour que ces derniers fabriquent leurs voitures et pouvoir ainsi les y vendre. Il en est ainsi pour BMW, qui vend ses voitures là bas avec sa filiale Brillance, Mercedes avec Beijing… Et depuis 1985, Volkswagen distribue ses modèles en Chine grâce… à SAIC. Et qui dit Volkswagen dit… Audi. Avec l’explosion des ventes de voitures neuves en Chine, passant de 9 à plus de 20 millions en l’espace de 5 ans dans les années 2010, Audi a développé sa branche chinoise sous le nom si original… Audi China. Et ce à partir de 2009. Comme ses concurrents, Mercedes et BMW, les Audi chinoises répondent aux attentes de la clientèle. Et cette dernière aime les berlines à empattement long. Aussi voyions nous de nombreuses A5 L, A6 L, spécifiquement conçues pour le marché asiatique.


Mais voilà. Ces associations marchent un temps. Et les marques automobiles chinoises évoluent dans le bon sens, et les Chinois, comme nous, européens, commencent à développer un certain patriotisme et se tournent bien volontiers vers ces nouvelles marques qui explosent, commercialisant des voitures plutôt élégantes, bon marché… Que demander de plus ? N’oublions pas que ces marques disposent de moyens considérables, parfois même sont subventionnées par l’État Chinois lui-même. Ce dernier a beaucoup aidé SAIC pour faire de ce groupe le Volkswagen chinois… Pari réussi ? Attendons de voir dans la longueur. Même si SAIC a passé ces 15 dernières années en première place des ventes sur son marché, elle peut encore se faire détrôner, comme Volkswagen tout récemment… D’ailleurs, comme le géant allemand, SAIC rachète des marques, et en 2007 elle a pris possession de Nanjing Automobile Company, propriétaire depuis 2 ans d’une glorieuse marque anglo-saxonne : MG !
Tout ça pour dire que… les constructeurs chinois explosent. Trop. Trop vite. Ce qui a pour conséquence d’effrayer nos gouvernements et nos groupes automobiles européens. N’oublions pas d’ajouter que certaines jeunes marques n’ont pas hésité à piocher dans les idées européennes. Prenons l’exemple de BYD, ils ont débauché le designer de Mercedes-Benz pour dessiner l’ensemble de la gamme ! Grâce à ces idées-là, les automobiles chinoises auparavant plutôt laides voire carrément vieillottes sont devenues des voitures plutôt agréables à voir. Ce ne sont pas des canons de beauté, mais au moins elles n’effraient pas. C’est déjà ça… Surtout, ce mélange sino-européen a pour conséquence d’allier le meilleur des deux mondes : le style européen, la rapidité d’exécution et le prix asiatique. Un problème se créé alors : les marques européennes perdent ainsi de nombreuses parts de marché. Les ventes de Mercedes-Benz Classe S sont en chute libre. DS, qui a développé sa berline DS9 spécifiquement pour le marché chinois, perd du terrain là bas aussi…


Pour combattre ces ventes en berne, Audi a peut-être trouvé une solution. Les quatre anneaux sont déjà associés au géant industriel chinois, mais leur collaboration va prendre un autre tournant : plus question de seulement fabriquer les voitures, SAIC et Audi vont concevoir de A à Z leurs voitures, conjointement. Le but de cette opération est d’associer la force industrielle, les connaissances du secteur d’Audi avec la rapidité d’exécution, le faible coût du travail et la rapidité d’innovation de SAIC. Pour mettre en avant cette collaboration, la nouvelle marque prend le nom de AUDI, le nom allemand avec les capitales du groupe chinois. Et en guise d’annonce, un premier concept.
Le E Concept préfigure le futur de la jeune marque. Un futur au look un brin rétro. Le nom de la marque est écrit en toutes lettres sur la calandre noire comportant aux deux extrémités les deux fins phares à leds. Le modèle présenté mesure 4,87 m de long et 1,99 de large. Elle est bâtie sur une plateforme électrique, l’Advanced Digitized Platform, embarquant une batterie de 100 kWh dotée d’une architecture 800V permettant d’encaisser une charge rapide d’une puissance suffisamment élevée. De quoi, d’après AUDI, récupérer 370 km d’autonomie en 10 minutes seulement ! D’un point de vue dynamique, la E Concept confie son sort à une puissance de 775 chevaux et 800 Nm de couple aux quatre roues. Et malgré ces chiffres élevés, elle promet une autonomie de 700 km ! Ambitieux… Sauf quand on lit la norme : CLTC.


La norme CLTC est la réglementation en vigueur pour homologuer les voitures imaginées en Chine. Elle prend en compte un autre cycle de conduite que le WLTP, qu’elle trouve peu représentatif de la conduite chinoise. D’après certains médias européens, pour transformer cette autonomie en WLTP il faudrait revoir ce chiffre à la baisse de 15 à 25 % ! Ce qui donne 525 à 595 km… Des chiffres encore bien élevés, encore faut-il conduire avec un œuf sous le pied… Pour en revenir à la marque AUDI, nous devrions vous reparler d’elle bientôt, elle qui prévoit la présentation de trois nouveaux modèles dans le deuxième semestre de l’année 2025. Des modèles du segment B et C. Des empattements plus courts… ce qui signifie des autonomies plus courtes. Mais pas plus réalistes ! Rendez-vous est donc pris pour dans quelques mois.
