Vous pouvez nous soutenir ici si vous aimez ce que vous lisez.

Avant d’être le nom de la marque, Apollo est un modèle. Ou plutôt était, celui de la firme créée par Roland Gumpert. Pur produit du groupe Volkswagen, M. Gumpert a dirigé le département compétition d’Audi dans les années 90 avant de dévoiler au monde son bébé : la Gumpert Apollo. La beauté, notion tout à fait subjective, n’a pas été au centre des préoccupations du projet. La forme doit suivre la fonction. Justement, à quoi est destinée cette auto si étrange ? À la piste, enfin, à la piste mais homologuée sur route. Une sorte de pont entre la compétition et la vie publique. Ayant conservé quelques contacts chez Audi, Roland Gumpert réussi à obtenir le V8 maison, auquel il ajoute deux gros turbocompresseurs. Sans maîtrise… Ça tombe bien, le châssis monocoque est d’une rigidité exemplaire. L’aileron, loin d’être discret, permet à la voiture d’afficher un appui si important que la voiture reste rivée au sol. Tous ces ingrédients devraient suffire à la marque pour vendre ses voitures. Or… ce n’est pas le cas. Et Gumpert glisse la clé sous la porte. Avant qu’elle ne soit reprise par un groupe chinois, qui redonne vie non pas à Gumpert mais à Apollo.
Nous sommes alors en 2018, et la jeune marque Apollo présente la descendante spirituelle de la Gumpert Apollo, l’I.E., pour Intensa Emozione. Comme la précédente, sa quête n’est pas celle de la beauté. Ce qui compte, c’est l’appui, c’est l’efficacité. Alors, l’Apollo fait le plein d’appendices en tous genres. La face avant est torturée. Un regard averti y trouvera un clin d’œil à la Gumpert, en vitesse. Alors que la voiture est large, le cockpit est étroit. Les surfaces vitrées, réduites à leur plus simple appareil, promettent une certaine claustrophobie à bord. Derrière, le moteur rugira… mais ce sera pour après. Tout juste devine-t-on, avec les larges prises d’air latérales, qu’il s’agit-là d’une voiture thermique. Des ailes arrière naissent les mâts de l’aileron, colossal. Bestial, envoûtant, intrigant, le design de cette Apollo ne laisse indifférent personne. Plus encore quand on apprend que cette « voiture », tout droit sortie d’un circuit, peut recevoir une plaque d’immatriculation…


Pouvoir rouler sur la route c’est bien, encore faudrait-il savoir entrer dans la voiture… Pour garantir l’écoulement de l’air du cockpit vers l’arrière, les charnières de l’I.E. sont sur le toit. Autrement dit, l’accès à bord se fait par des portes papillons. Après les diverses contorsions, un habitacle respirant la compétition à plein nez saute au visage. Oh ! Une émotion ! L’atmosphère est digne d’un habitacle de soucoupe volante, comme l’extérieur finalement. Pas de fioritures. Le pilote est au centre des préoccupations dans cet habitacle. Pas d’écran d’un milliard de pouces pour jouer à des jeux-vidéos. Les émotions se ressentent une fois derrière le volant. Et quand le petit bouton Start Engine s’enclenche, l’ouïe prend une louche de sensations, d’émotions uniques.
Très tôt, le dimanche matin, alors que la nuit allume les éclairages de la piste mancelle, trois autos vont réveiller tous les spectateurs encore présents lors de cette édition du Mans Classic. Les pistons raclent leurs cylindres. Les combustions résonnent dans les tribunes de la ligne droite des stands, pour le plus grand plaisir auditif. Quelle émotion intense ! Il faut dire que le moteur en question est… un V12 atmosphérique. Certains disent qu’il s’agit de celui de la Ferrari LaFerrari débarrassé de son KERS. La puissance reste très élevée, avec 780 chevaux obtenus à 8.500 tours/minute, tout comme le couple, de 760nm à 6.000. Les poils se dressent. Mieux, le rupteur placé à 9.000 tours/minute permet au corps de vibrer de tout son long et de réveiller chaque riverain…


Finalement, son moteur sonore reflète sa bestialité esthétique. C’est bien l’un des seuls V12 atmosphériques à ne pas avoir de belles envolées lyriques : la chevauchée des tours/minute représente un attentat auditif. Mais, comme nous, les passionnés automobiles, nous sommes stakhanovistes, nous aimons ça. Plus terre à terre, la fiche technique de la voiture ne s’arrête pas à son seul moteur. L’Apollo est construite autour d’une cellule en fibre de carbone, et la carrosserie aussi. Ainsi, la bête n’admet pas plus de 1250 kg à sec. Les suspensions sont à double triangulation, aux quatre roues, et des barres ajustables sur-mesure sont disponibles à la guise du client. Capable d’accélérations éclairs, avec un 0 à 100 km/h effacé en 2,7 secondes dixit la marque, il faut bien arrêter la course. L’Apollo confie son destin à des disques de 380mm à l’avant et à l’arrière à 6 pistons à l’avant et 4 à l’arrière, signés Brembo®. Et pour les pneus, Cocorico : c’est Michelin. La fierté n’est-elle pas une émotion ?
Chère, à plus de 2,5 millions d’euros. Bestiale, tant d’un point de vue oculaire qu’auditif. Ultime, en termes d’appui, avec un chiffre de 1350 kg d’appui environ à 300 km/h. Et rare, avec seulement 10 exemplaires assemblés. Oui, l’Apollo Intensa Emozione est tout ça en même temps. Mais, et ce n’est pas le cas de toutes, elle n’usurpe pas son nom. Et c’est bien là le principal.
