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Comment présenter Koenigsegg ? Cette petite entreprise basée en Suède n’a pas son pareil pour bousculer les codes et dépasser les limites. Dans le milieu des hyper sportives, le positionnement de Koenigsegg se rapproche de celle de Bugatti, dans la quête de la vitesse ultime, tout en ajoutant une touche d’exotisme à la Pagani dans certaines technologies et un côté brut à bord comme dans une Zenvo. Un peu comme un Ettore Bugatti, Christian Von Koenigsegg veut avoir la main-mise sur tout et pense et conçoit la quasi-totalité de ses pièces. Au tout début, le moteur était américain, un V8 Ford. Mais ce dernier n’étant pas suffisamment fiable – il a plusieurs fois pris feu – Koenigsegg en a pensé un, de A à Z. D’évolutions en révolutions, les Koenigsegg ont vu leurs puissances grimper aussi vite que les records tomber… les deux étant intimement liés !
La Koenigsegg première du nom se nommait CC8S, et disposait d’une puissance déjà copieuse, 655 chevaux, qui faisait d’elle l’une des plus puissantes du monde ! Sa démarche RSE est simple, les Koenigsegg sont plus puissantes avec de l’éthanol qu’avec du Sans-plomb, et ce depuis la CCXR de 2006 et ses 1018 équidés annoncés avec l’E85 (contre 888 en SP98). L’Agera lui fait encore gagner en image, elle qui annonce près de 400 km/h de vitesse de pointe. Le plus grand coup de projecteur que la firme ait engendré remonte au développement, suivi du dévoilement, de la One:1, une voiture hors du commun qui annonçait un rapport poids (à vide)/puissance (à l’E85) de 1 pour 1, 1360 kg pour 1360 ch. Du jamais vu sur route ! Elle devait être la plus rapide sur circuit, mais ses ambitions n’ont jamais pu être vérifiées : à Spa, elle a dû baisser sa cartographie car elle faisait trop de bruit ; au Nürburgring, elle y a fait deux tentatives, elle a connu deux accidents…

Mais le geste est là, et l’Agera RS suivante permet à l’artisan suédois de conserver les projecteurs sur lui grâce à des records en série notamment la vitesse maximale (457 km/h), le record du 0-400-0 (en 36,44 secondes)… Mais l’Agera vieillit. Il est temps de la renouveler, non ?

Genève. Salon International de l’Automobile 2019. Koenigsegg ne manque jamais une édition de cet événement depuis près de 20 ans et elle profite de cette occasion pour dévoiler celle qui succèdera à l’Agera : la Jesko. Jesko est le nom du père du créateur qui, dit-on, a beaucoup aidé à l’éclosion de la marque à ses débuts. En 2019, il fêtait ses 80 ans et Christian lui dédie ainsi 125 exemplaires de ce qu’il sait faire de mieux, des supersportives. J’exagère, ici on peut utiliser le qualificatif d’hypercar tant elle est superlative. Et enfin, elle change ! Car, sans vexer le créateur (qui ne lira probablement jamais cet article), l’Agera ressemblait beaucoup à la CC, elle prenait la suite et sa ligne, vieille de près de 25 ans, a droit à un renouvellement complet, que la Jesko porte parfaitement. Il y a bien davantage de courbes qu’à l’habitude, le nez est plus pointu et l’aileron fait partie intégrante du décor.
Mais, pour être une vraie Koenigsegg, il faut compter quelques menus détails. Par exemple, le toit doit être amovible, une tradition depuis la CC8S avec un logement prévu à cet effet dans le coffre avant. Ou alors les portes à l’ouverture brevetée sous le nom « dihedral door » si particulière. C’est le cas ici. Et puis, il faut un V8 à l’arrière, mais ça c’est pour après. Pour l’heure, rentrons à bord de la bête. L’ambiance est résolument sportive et moderne. Le cuir recouvre la totalité de la planche de bord ainsi que les sièges. Le tunnel central accueille un sélecteur de vitesse proéminent et un logement pour la clef de contact en forme… du logo Koenigsegg. Pas d’écran ? Si, un de 12,6 pouces derrière le volant répondant au nom de SmartCenter, une technologie mise au point par le constructeur. L’écran est fixé à la colonne de direction, il tourne en même temps que le volant mais les informations restent à l’horizontale. C’est assez déroutant en vidéo, et franchement… pas très utile à première vue.


Finalement, la voiture dans son ensemble n’est pas indispensable, donc pourquoi ne faire que dans l’utilitaire ? D’autant que sa vocation est plus d’aligner les gros chiffres de record que ceux des kilomètres parcourus ou des places à bord. Pour cela, elle confie son sort au sempiternel V8 qui ne prend pas un gramme depuis 2015 dans la Regera, 189 kg, alors que la puissance ne cesse de grimper. Avec le sans-plomb 98, elle développe 1280 chevaux, amplement suffisant mais pas assez pour prendre la relève de l’Agera. Alors, l’éthanol pousse le vice jusqu’à 1600 (1600 !) chevaux et 1500 Nm de couple dont plus de 1000 sur une plage de régime de 2700 à 6170 tours/minute ! De quoi détruire les pneus arrière, les seuls à transmettre la puissance au sol, autant que la boîte de vitesses. Mais Koenigsegg n’en est pas à son premier coup d’essai et n’hésite pas à innover ou à bien s’entourer.
Les pneumatiques par exemple sont développés en collaboration avec Michelin, l’équipementier qui a participé aux divers records de Bugatti. Et la boîte de vitesses… comment dire… Koenigsegg a repoussé, là aussi, les limites de la décence. On connaît tous les boîtes manuelles, qui comptent jusqu’à 7 vitesses. On a vu passer, à de rares occasions des boîtes à 10 vitesses (Lexus). Les boîtes double embrayage deviennent monnaie-courante, tout comme les boîtes avec le moteur électrique (pour les hybrides) directement intégré dedans. Mais ce qu’a fait Koenigsegg, nous ne nous y attendions pas. La LST, pour Light Speed Transmission, est une boîte comptant 9 vitesses et 7 embrayages. Grâce à la technologie intelligente UPOD (Ultimate Power On Demand), la LST engage la vitesse optimale, la plus conseillée, pour obtenir une meilleure accélération ou, dans l’autre sens, un meilleur freinage. Promise rapide et ultra-légère, sa fiabilité reste un mystère, les Jesko sont rares sur nos routes et à l’essai…


Mais elles sont rapides, si on prend en considération la vitesse maximale annoncée à 483 km/h (officiellement, plus de 300 mph) et son temps sur le circuit de Gotland Ring. Cette boucle de plus de 7 km est… inconnue du grand public. En envoyant la Jesko (devenue la Jesko Attack entre-temps, en comparaison d’avec celle qui va suivre) sur ce bitume, Koenigsegg a battu le record de la piste… qui n’est quasiment jamais arpentée, et encore moins par des pilotes professionnels. La Jesko est aussi apparue au Laguna Seca, circuit américain célèbre pour son Corkscrew, où elle y a tourné en 1’24’’86, soit près de 3 secondes de mieux que la McLaren Senna ! Soulignons que cette dernière est deux fois moins puissante que la Suédoise. Cependant, ce chrono montre que la voiture peut être rapide, grâce notamment à sa mise au point fine, à son appui (700 kg à 250 km/h et maximum 1400) et grâce à un poids ridicule de 1320 kg à sec !
L’année suivant la présentation de la Jesko classique est arrivée la Jesko Absolut. Dans l’idée, il s’agit ni plus ni moins que d’une Jesko… sans aileron. C’est un peu réducteur, d’autant que la marque l’assure, l’Absolut résulte d’un long travail passé en soufflerie, près de 3000 heures ! Les ingénieurs ont retiré l’aileron, mais ont conservé les ailettes horizontales pour guider l’air (inspiration des avions de chasse). Les jantes en carbone perdent leurs élégantes cinq branches pour des jantes pleines limitant les perturbations à haute vitesse. Par-ci par-là, les ajustements parviennent à diminuer le coefficient de traînée à 0,278. À l’inverse, l’appui a chuté à 150 kg maximum dont 40 kg à 250 km/h ! La fiche technique est relativement proche, le moteur est identique et le poids baisse de 30 kg (1290 à sec). Parée de la sorte, la Jesko Absolut veut faire tomber les records de vitesse de pointe, surtout, annonçant clairement pouvoir dépasser les 500 km/h ! Pour l’heure, elle a déjà réalisé le 0-400-0 en 27,83 secondes (battant ainsi la Bugatti Chiron de 14 secondes !) avec un 0 à 400 km/h expédié en 18,82 secondes. La route des records est encore longue.


La semaine dernière, Koenigsegg a présenté une nouvelle version de la Jesko, la Sadairs Spear. Sadairs Spear est le nom du dernier cheval que son jockey de père a monté en 1976. À l’inverse de l’Absolut, la Sadairs Spear préfère les circuits aux lignes droites. À tel point que sa vitesse maximale est annoncée à seulement… 360 km/h ! À l’inverse, l’appui grimpe à 850 kg à 250 km/h et carrément 1765 kg à la vitesse maximale ! Le poids baisse de 35 kg apparemment, en limitant l’insonorisation, en troquant les sièges pour des baquets plus sportifs et légers, en ayant développé une nouvelle manière de tresser la fibre de carbone, tout en conservant l’écran, les ports USB et la charge à induction. La puissance augmente de 20 chevaux avec le SP98 (1300) et de 25 avec l’éthanol (1625). L’aileron arrière est plus massif, les supports plus hauts, le diffuseur revu, un Gurney Flap souligne la partie arrière, des ailettes s’invitent sur l’avant… Plus d’appui, c’est garanti. Mais plus de performances ? Aussi ! Sur le même circuit du Gotland Ring, la Jesko Sadairs Spear a tourné 1,1 secondes plus vite que la Jesko Attack. Des arguments qui ont conquis les clients, les 30 exemplaires prévus sont déjà vendus !
