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À partir de quand pouvons-nous élever une voiture au rang d’icône ? À coup sûr, la Lancia 037, au même titre que la Stratos avant elle, en est une, d’icône. Mais pourquoi donc ce titre élogieux qui ne résulte d’aucun classement, d’aucun discours, d’aucun vote ? Pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle représente, pour ce qu’elle véhicule. Vous allez me dire, pour une voiture, quoi de plus normal que de parler de véhicule, mais son histoire est particulière, et sa résurrection, on y reviendra plus tard, est, de fait, hasardeuse… La 037 est anachronique mais bon sang ce qu’elle fait du bien ! Sa ligne spectaculaire, son moteur ronflant, sa légèreté ultime… La 037 impose le respect. Et puis, elle porte le logo Lancia, un sigle ô combien respecté à l’époque et qui devrait l’être encore aujourd’hui si on ne l’avait pas laissée périr… Mais elle est déjà vieille avant d’avoir posé ses roues sur le premier rallye de 1982 car, en face, Audi arrive avec sa fierté, sa technologie Quattro qui va tout détruire sur son passage. La Lancia 037 symbolise la vieille garde, ne faisant confiance qu’à ses uniques roues arrière motrices pour briguer les étapes, soulever de la poussière, ne faire qu’un avec les spéciales. Confiante de sa Quattro, Audi arrive sur chaque spéciale pour en découdre avec cette transmission intégrale qui deviendra incontournable pour gagner le championnat dès l’année suivante. Mais en face, Lancia connaît toutes les ficelles des règlements, et a plus d’un tour dans son sac. Le gel guette ? Les équipes Lancia achètent de grosses quantités de sel pour assaisonner la route et ainsi donner une chance à la 037 de gagner l’étape. À l’issue de cette saison, la supériorité incontestable de l’Audi s’est pliée à la fourberie de Lancia. La 037 est devenue la dernière propulsion à remporter le titre mondial du rallye. Après elle, la Delta est arrivée, avec ses quatre roues motrices. Performante et magnifique, elle n’arrive pour autant pas à la cheville de la 037…
Y toucher oblige une certaine humilité. Il ne faut pas non plus décevoir les passionnés, les amateurs de rallye, ceux qui lui vouent un culte. Kimera s’y risque. Ce nom sorti de nulle part ne vous dit probablement rien, et pour cause… il est assez discret. Kimera est l’œuvre de Luca Betti, fils de pilote de rallye (son père pilotait d’ailleurs une Lancia Stratos avec succès) et pilote lui-même. En 2008, il fonde son écurie personnelle, Kimera Motorsport. Soutenue par Abarth, son écurie grimpe souvent sur les podiums. L’entreprise change d’activité principale en 2013 puisqu’elle se reconvertit dans la restauration de vieilles voitures, à l’instar de Lancia. Ses équipes deviennent des spécialistes reconnus de la marque, de ces modèles iconiques des années 80, de la 037 à la Delta. À force de les restaurer, Luca Betti les connaissait par cœur. Pouvoir s’approcher de ces glorieuses amies est une chance. Les entendre se réveiller et tourner, et soulever de la poussière à chaque tournant en est une autre. Le pilote devenu homme d’affaires s’éprend à rêver, et à imaginer à quoi ressemblerait une Lancia 037 de nos jours. Simplement la même chose ? Il veut en garder l’essence stylistique, avec son design atypique, et son esprit de tueuse de rallye propulsion. Si elle devait sortir aujourd’hui, elle devrait être à la pointe de la performance, mais pas de la technologie. Autrement dit, une héritière analogique se dessine ici…


Le résultat s’appelle Kimera 037. Et elle est sublime. Les seules concessions au présent viennent de l’adoption d’optiques à led. Sinon, tout le reste respire les années 80 et le dessin de Pininfarina. En revanche, les matériaux changent, faisant la part belle à la fibre de carbone. Les lignes horizontales de la face avant exacerbent la largeur de la voiture. Les passages de roues élargissent encore la voiture, elle semble bel et bien assise, posée sur la route, en quête de virages sur lesquels briller… Elle donne envie, non ? Et encore vous ne savez pas tout… Pensée comme une voiture de pilote, elle ne fait que peu de concessions à la performance. Ainsi, le châssis lui-même est inspiré de la 037 originale avec une structure centrale sur laquelle se rejoignent deux structures tubulaires : le meilleur des deux mondes ! À la fois légère et rigide, sécurisante et performante… que demander de plus ? Un coup d’œil sur la fiche technique peut-être…
Comme son aïeule, la Kimera Evo37 accueille un petit 4 cylindres en position centrale arrière. Bien ancrée dans son époque, elle suit la courbe de l’inflation de la puissance. Le 4 cylindres de 2.2 litres reçoit une double suralimentation : un compresseur volumétrique et un turbocompresseur. La puissance combinée atteint 505 chevaux et le couple 550 Nm. Comme à la vieille époque, la puissance ne transite que par la boîte mécanique, obligeant un certain courage pour les membres du pilote… Le tout pour un poids aussi minuscule que la confiance au premier abord d’un jeune pilote : à peine plus d’une tonne sur la balance… Avec le temps, la confiance devrait arriver. La conscience, elle, est déjà là. Celle d’avoir sous nos yeux ébahis un morceau d’histoire en cours d’écriture. Toutes proportions gardées, à l’instar de l’A110, la renaissance de la 037 est un retour couronné de succès à la fois commercial, pour les 37 exemplaires, et passionnel, tout le monde aime la Kimera.

En surfant sur cette vague de satisfaction, la jeune marque s’éprend à rêver d’un futur rappelant un passé glorieux. Et si… et si ça s’était passé autrement ?

Voilà la question à laquelle l’Evo38 répond. Et si la 037 avait été munie des quatre roues motrices comme la Delta après elle, comme l’Audi Quattro en face d’elle, à quoi aurait-elle ressembler ? La Kimera Evo38 y répond de la plus belle des manières : en ne changeant presque rien, tout en améliorant tout, avec une grosse entrée d’air sur le capot avant. Elle se définit comme l’évolution ultime, à la transmission intégrale dernier cri… Et comme si ça ne suffisait pas pour que nous tombions raide dingue, voilà que Kimera précise que cette transmission intégrale arrive avec un différentiel électro hydraulique permettant de déconnecter entièrement le train avant… De quoi en faire une 037… avec une certaine surcharge ? Que nenni. Si l’EVO37 pèse aux alentours de 1000 kg, soit un rapport poids/puissance très avantageux, l’EVO38 envisage de ne rajouter que 100 kg à cette masse. Pour réussir à contenir cette hausse, et pour la compenser en termes de rigidité, Kimera use et abuse de la fibre de carbone et du titane. Et, évidemment, le 4 cylindres n’est pas en reste puisque ce dernier grimpe en puissance, passant à 600 chevaux. À contrôler avec une boîte manuelle. Où faut-il signer ? À l’endroit où la somme est la plus rondelette.
Non communiqué, le tarif devrait sans doute aligner 6 chiffres. À l’avenir, Kimera proposera, peut-être, une boîte séquentielle à son EVO38, mais pour le moment, seul le levier de vitesses a droit de siéger. Après de tels chefs d’œuvre nostalgiques, comment Kimera voit le futur ? Plutôt bien, puisque l’artisan prévoit de lancer en juin prochain la K39 inspirée de la Monte Carlo. Restez à l’affût, Kimera prévoit de rester dans nos esprits. Et ce n’est pas pour nous déplaire !


Une réponse sur « Kimera »
[…] Nous vous avions présenté Kimera lors du dernier (et ultime) Salon de Genève lorsque l’artisan a présenté son EVO38, une version améliorée de sa précédente mouture, l’EV037. Quatre roues motrices, 4 cylindres petit mais musclé (avec 600 chevaux… on peut le dire !) et ligne à couper le souffle… Il n’y a pas à chercher bien loin, la nostalgie permet tant de choses… Sur le site de Kimera, un autre onglet était apparu à côté de celui de l’EVO38 avec pour nom K39. 37, 38, 39, le prochain modèle devrait donc s’appeler… 40. Mais alors, qu’est-ce que cette K39 ? Il s’agit donc du 3ème acte dans la vie de Kimera. Après deux évolutions, deux transpositions de ce qu’auraient pu être les Lancia 037 aujourd’hui, construites à partir de Lancia originales, la K39 part d’une feuille blanche. Elle s’inspire, évidemment, du passé de Lancia pour qui Luca Betti, le fondateur de Kimera, voue un véritable culte. […]