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Les restomods se multiplient ces dernières années, et c’est bien normal. Nous sommes à l’aube d’un monde 100% électrique, il faut donc se souvenir de nos premières amours automobiles. Et les grandes personnes d’aujourd’hui, dotées d’un porte-feuille bien garni, aiment redevenir des enfants en se portant acquéreur de la voiture affichée sur le mur de leurs chambre d’adolescent. Le restomod propose de fiabiliser et d’améliorer ces moutures, en échange d’une addition souvent (très) salée. Il en est ainsi des récentes Touring Superleggera Veloce12 ou encore Eccentrica V12. Le terme de continuation est, pour l’instant du moins, très anglais. Il part de la même fibre nostalgique mais pousse le réalisme dans les moindres détails.
Deux marques ont rivalisé d’ingéniosité il y a quelques années pour redonner vie à des trésors oubliés de la Grande Histoire automobile. Dans la toute fin des années 50, Jaguar s’apprêtait à fermer son département compétition, mais pour célébrer les victoires de sa Type D, elle a pensé une série de 25 unités d’une version routière. Celle qui devait s’appeler XKSS est alors imaginée. Malheur ! Un incendie ravage l’usine et les derniers châssis ainsi que les plans des 9 voitures restantes disparaissent. Plusieurs décennies plus tard, Jaguar surfe sur la nostalgie en relançant une petite série de XKSS. Pour parvenir à une exactitude la plus extrême, les ingénieurs ont modélisé un exemplaire existant, l’ont analysé sous toutes ses coutures, ont même découpé le moteur pour mieux le comprendre et le refaire à l’identique. Le tout donne naissance à une splendeur sur quatre roues. Inaccessible mais sublime.


Dans la même époque, Aston Martin a relancé son incroyable DB4 GT. Ce modèle tentait à la fin des années 50 de rivaliser avec les Ferrari contemporaines. Problème, ces dernières étaient meilleures sur tous les terrains : plus puissante, plus légère, plus rapide, et parfois même plus fiable. La DB4 GT mérite, en revanche, les honneurs d’une ligne à couper le souffle, même 60 ans après. Là aussi, Aston Martin a souhaité une fidélité extrême pour sa nouvelle mouture, rendant la nouvelle presque plus belle encore que l’ancienne. En 2019, quand est arrivé le 60ème anniversaire de la première association Aston Martin et Zagato, les deux maisons se sont accordées pour la réalisation d’une série de 19 unités de l’incroyable DB4 GT Zagato, à l’identique de celle du XXème siècle, de son allure à sa fabrication. Comment ne pas tomber amoureux ?
Boreham, partenaire de Ford depuis des lustres pour l’engagement en compétition automobile, réalise un mélange des deux univers. De la Continuation, elle reprend la fidélité de la ligne, de la philosophie générale, de bien des spécificités techniques et du départ à partir d’une feuille blanche (les restomods partent d’une voiture dite donneuse). Du Restomod, elle emprunte l’utilisation des dernières technologies pour améliorer les performances de la voiture. Le résultat ne peut que nous plaire, non ? Au risque de vous décevoir… elle me plaît, elle me plaît même beaucoup. Et ce mélange des deux notions, s’il eut été un chouïa crève-cœur dans une Aston ou une Jaguar, se comprend plutôt bien ici. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’Escort est une furie qui ne demande qu’à recevoir plus de chevaux.


La Ford Escort a écrit parmi les plus belles pages du rallye dans l’histoire du sport automobile, mais surtout celle des marques américaines ! Cette incroyable voiture devient championne du monde en 1979 dans sa version MkII, après avoir remporté le championnat d’Europe des rallyes 5 ans plus tôt dans la MkI. Comme bon nombre de voitures de rallye, l’Escort est vénérée par tous les passionnés. Elle incarne les valeurs du rallye de l’époque : aller vite avec beaucoup de puissance, beaucoup de talent derrière le volant et une architecture antique (moteur avant, propulsion) dans des voitures ultra-légères et absolument pas pensées pour de telles escapades. La fibre nostalgique se réveille une nouvelle fois…
Et le fait de faire revivre ce monstre nous donne envie autant qu’il nous fait craindre le pire. Vont-ils gâcher notre longue attente ? Non, comme dit plus haut, elle me plaît beaucoup. C’est bien simple, comme expliqué plus haut, elle reprend le meilleur de l’ancien monde et intègre le meilleur du nouveau. Plus explicitement, l’Escort by Boreham refuse toute aide à la conduite – pas d’ABS, pas de direction assistée, pas de contrôle de traction… – et conserve des pneumatiques étroits comme à l’époque. Le XXIème siècle s’immisce pour le châssis, qui reçoit un essieu arrière en aluminium et titane, un train avant MacPherson promis comme plus directif et dynamique que l’ancêtre. Le freinage est pointé du doigt aussi, la monte reçoit des disques ventilés pour conserver une puissance et une constance de freinage.


Comme Jaguar, Boreham a étudié sa mouture, ici à l’aide d’un balayage laser permettant de savoir où se trouvent les lacunes en rigidité de l’Escort MkI. Des manques comblés et une voiture vendue comme plus dynamique pour un poids tout aussi contenu qu’à l’époque. En utilisant à foison la fibre de carbone pour sa carrosserie ou le magnésium pour les roues, l’Escort du XXIème siècle revendique un poids d’environ 800 kg. Une valeur dantesque de nos jours qui pourrait presque nous effrayer en regardant de plus près la motorisation. Ou plutôt, les moteurs. Le Standard est un hommage à l’Escort MkI TwinCam, un petit 4 cylindres de 1845cm3 fort comme un bœuf mécanique, 185 chevaux, à manier avec une boîte manuelle à 4 vitesses. Sympa, non ? Oui mais insuffisant. Avec celle rendant hommage à la RS, le moteur devient un 2,1 litres ne pesant que 85 kg capable de tourner à plus de 10 000 tours/minute, respirant à l’aide d’un échappement en titane les gaz brûlés de ses 300 chevaux !
Avec une telle cavalerie, on comprend aisément l’option du harnais 4 points proposée par la marque, ainsi que le rangement prévu pour le casque ou encore l’arceau cage. Mais après avoir tutoyé les étoiles avec une telle auto, il faut revenir sur Terre. Oui, la douloureuse porte bien son nom. Seulement 150 exemplaires verront le jour, à un tarif assez élevé : 295 000 £. Avant de vous laisser, une dernière information importante à vous confier, Boreham n’en a pas fini avec ses hommages. Au deuxième trimestre 2025, un nouveau modèle arrivera. Et il promet de nous ravir encore plus que celui-ci, dans la mesure du possible, évidemment !

