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Bizzarrini Giotto

Nommer la nouvelle Bizzarrini la Giotto est aussi lourd d’héritage que d’appeler Enzo la meilleure des Ferrari. Dans ce dernier cas, ça a marché. Pourquoi pas pour la nouvelle venue ?

Ferrari 250 GTO

Le 13 mai 2023, le microcosme automobile pleurait la disparition d’un grand ingénieur automobile à l’âge de 96 ans. Giotto Bizzarrini nous quittait et une page se tournait. Italien de naissance, le jeune Giotto obtient son diplôme d’ingénieur à l’université de Pise en 1953 qui lui ouvre les portes d’Alfa Romeo où il se fait rapidement un nom. À tel point que la jeune marque Ferrari l’embauche pour développer les voitures de sport-proto. Il consacre ainsi ses années Ferrari à la mise au point des 500 Mondial, 250 Testa Rossa et, bien évidemment, de la 250 GTO. Le Commendatore lui avait demandé de partir de la base d’une 250 SWB en ajoutant une dimension aérodynamique. Pour mieux jouer avec l’air, il recule le moteur vers l’habitacle, l’abaisse en intégrant un carter sec, et redessiner entièrement la carrosserie élaborée avec Scaglietti. La voiture va tout gagner. Mais en 1961, les meilleurs ingénieurs de la Scuderia trouvent la femme d’Enzo trop présente et décident de partir.

Carlo Chiti, Bizzarrini, Tavoni fondent ATS, Automobili Turismo e Sport dans le but de créer des voitures de sport et concurrencer voire battre Ferrari sur son propre terrain. Encore faut-il un budget confortable pour y parvenir, et le Comte Volpi vole à leur secours, ce dernier étant déjà un client fidèle de Ferrari. Mais légèrement déçu aussi de ce dernier depuis qu’Enzo refuse de lui livrer la 250 GTO. Il charge alors son auteur, Bizzarrini, de lui en faire une encore plus évoluée : le résultat prend la forme de la 250 GT « Breadvan », sur base de 250 GT mais aux solutions techniques héritées des avancées de la GTO et plus récentes encore, le tout élaboré en seulement 14 jours. Avec ATS, les quelques études tournent au vinaigre. Les monoplaces sont décevantes, et les voitures de sport ne roulent pas beaucoup plus vite. Leur société étant vouée à l’échec, les deux hommes principaux, Chiti et Bizzarrini, décident de faire cavaliers seuls. Giotto fonde alors Autostar en tant que consultant et est contacté par Lamborghini qui lui commande un V12 de 3.5 de plus de 300 chevaux, et chaque équidé supplémentaire se transforme en prime. Mission accomplie !

Ferrari 250 GT Breadvan
Bizzarrini 5300GT Revival

Ensuite, il est contacté par Renzo Rivolta qui, après avoir fait fortune dans les réfrigérateurs, entre autre, souhaite utiliser une partie de sa fortune dans le sport auto. Pour lui, il pense l’Iso Grifo aux solutions techniques avancées, et une voiture de sport, l’Iso Rivolta Sport 3000. Les idées techniques et aérodynamiques sont proches de son chef d’œuvre, la 250 GTO, mais le chant sera différent, Rivolta préférant la fiabilité des gros moteurs américains aux fragiles mais mélodieux italiens. Les différends arrivent malgré tout entre les deux parties. Rivolta laisse à Bizzarrini l’honneur de conserver les plans de l’Iso 3000, dont il construira lui-même quelques exemplaires. Ainsi naît la Bizzarrini 5300 GT, sculpture roulante parmi les chefs d’œuvre de l’art automobile. Il aide aussi au développement de la « Ferrarina », une Ferrari à moteur 4 cylindres (bloc pensé par Chiti) pensé pour concurrencer Fiat et Abarth, à la carrosserie dessinée par Giugiaro. Le monde est petit… Il devient professeur de l’université de Rome avant de passer l’arme à gauche en 2023.

Il a tout de même eu le temps de (sa)voir qu’une voiture portant son nom allait naître. Un investisseur Koweitien a racheté les droits pour redonner vie à ce patrimoine matériel de l’automobile. Il a choisi de faire confiance qu’à des professionnels reconnus comme Chris Porritt, Julian Jenkins ou Ian Fenton. Porritt a démarré en tant qu’ingénieur Land Rover de 87 à 97, puis ingénieur en chef d’Aston Martin entre 97 et 2013, a passé deux ans chez Tesla avant d’être responsable des projets spéciaux d’Apple de 2016 à 2020 et arrive chez Rimac pour deux ans. Il est chez Bizzarrini depuis 2022. Jenkins est passé chez Jaguar de 92 à 97, chez Porsche de 98 à 2000, Bentley de 2000 à 2008, chez Aston Martin Lagonda de 2008 à 2015, Rolls-Royce entre 2015 et 2021 puis BMW Royaume Uni de 2021 à 2023. Il vient chez Bizzarrini pour chapeauter le marketing de la marque, avant d’être recontacté par Rolls-Royce pour devenir directeur des ventes, un poste difficilement refusable. Quant à Fenton, il a été chez Ford pendant 12 ans, contrôleur financier chez Jaguar de 2002 à 2004 et directeur de 2004 à 2016 d’Aston Martin Lagonda, directeur manager de la concession de Rolls-Royce Genève de 2013 à 2016, du Sport Classic Londres de 2017 à 2018 et de Wiesman Royaume Uni de 2019 à 2022.

Bizzarrini 5300-Giotto

Des CV bien remplis qui ne donnent qu’un vague aperçu de leurs capacités. Comme on dit, seul on va plus vite ensemble on va plus loin. Jusqu’où vont-ils aller avec la Bizzarrini Giotto ?

Bizzarrini Giotto avant

Ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, ne lésinant sur rien. Comme à l’époque, son design est signé Giugiaro, père et fils, et intègre des clins d’œil au modèle iconique, la 5300GT, dans les triangles du pilier B et intègre des éléments aérodynamiques actifs. Le spectateur extérieur reconnaît vaguement la 5300 mais distingue des évocations à d’autres modèles actuels, comme l’avant qui fait penser à une KTM X-BOW GTX. En revanche, la silhouette est unique, distinctive, ne ressemble à rien d’existant. Et ça fait du bien ! Il faut dire que le châssis est propre à la Giotto, une monocoque en fibre de carbone embarquant un moteur en position centrale arrière. Et quel moteur !? Un V12 atmosphérique commandé chez Cosworth et à la cylindrée évocatrice : 6626cc. Un clin d’œil à la date de naissance de l’homme derrière elle, né le 6 juin 1926. 24 exemplaires verront le jour, à un tarif ne défiant aucune concurrence. Pour le plaisir de dépenser et de posséder un bijou de technologie, de design, de performance, d’histoire.

Bizzarrini Giotto Haut

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis diplômé en journalisme automobile en 2023.

Une réponse sur « Bizzarrini Giotto »

Super! Une voiture passionnelle d’une marque riche de passée et de savoir faire en passe de nous pondre un véhicule réussi (à mon humble avis) avec des lignes propres, correctes et bien travaillés.

Un moteur plus que convainquant, plus qu’a gonfler mon compte en banque pour déjà espérer être sur la liste de invités du carnet de commande.

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