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Sur le parking d’un hypermarché, à l’écart de toute vie active dominicale dans une ville où rien n’est ouvert le Jour du Seigneur, la voiture ouvreuse et la media car arrivent. Le drapeau hissé sur son mât indique le point de rendez-vous. Viennoiseries et cafés sont prêts à être dégustés avant de prendre la route : à chacun son remontant ! Les voitures, elles, préfèrent le sans-plomb. Tout est prêt pour accueillir les premiers arrivants qui ne tardent pas à arriver. Une Porsche Cayman GTS (Type 981) ouvre les hostilités. Son flat-6 ronronne doucement jusqu’à son stationnement juste devant nous. Je ne peux rester impassible devant une telle carrosserie, et pourtant il ne s’agit que d’une mise en bouche ! « Ça me change » lance le propriétaire, qui travaille… justement dans l’un des magasins du parking. Sauf que cette fois, nul besoin de conseiller des clients pas toujours amicaux. Ici, nous sommes là pour profiter. À peine le temps de penser ces mots qu’un autre carrosse débarque. Notre rendez-vous fait des jaloux, à tel point qu’un curieux a voulu se glisser dans le parking avec son Audi A3 TDI. Désolé, mais nous préférons nos bijoux ici présents. Ce n’était pas intentionnel, mais l’accent de toutes ces autos était très germanique, à prédominance Porschiste d’ailleurs. 991, 997, 993…
Las des moteurs en sac à dos ? Aucune inquiétude, Stuttgart assemble aussi des voitures à moteurs centraux, nommés Cayman, comme le 981 premier arrivant, ou le sublime 718 Spyder d’un rouge stupéfiant. Radical (châssis sportif) mais plaisant (boîte manuelle, spyder), avec son moteur en position centrale arrière, ce dernier ne serait-il pas le digne héritier des splendides 550 Spyder qui ont permis à Porsche de gagner en popularité grâce à ses succès ? À ce petit jeu, le GT4 RS bleu Schtroumpf (bleu requin chez Porsche) se voudrait presque trop radical et surtout… un coupé pur et dur. Rassurez-vous, chers lecteurs qui n’étaient pas présents, le road-trip n’a pas compté que des Porsche. Les BMW M3 E92 et Z4 3.0 E85 ont montré un autre visage de l’Allemagne. Le Peugeot RCZ ouvrait la voie (sans donner trop de voix) et portait haut les couleurs françaises, quand la frêle Fiat Barchetta représentait un autre drapeau tricolore. Tout le monde est arrivé ? Il est temps de prendre la direction de la première étape du road trip, la Distillerie du Tigre à Thiré.


Si le ciel n’est pas découvert, les quelques roadsters le sont, afin de profiter pleinement des moteurs et des échappements. Cap vers l’est ! Le cortège sort de Luçon pour rejoindre Saint-Gemme La Plaine avant de trouver des petites routes aux virages serpentant entre les plaines, entre les arbres, spectateurs d’un concert en multiples cylindres. Ces arbres ont même contribué à nos sourires nous offrant une excellente réverbération pour nos chers amis les pistons. « Le Z4 a reçu une nouvelle ligne, ça sonne bien ! » on peut le dire oui… Selon le GPS, il aurait fallu 20 minutes pour nous rendre à Thiré, mais nous y allions à notre rythme. Aussi, le temps est descendu bien vite, voire, nous avons passé plus de temps à nous garer qu’à conduire ! Nous sommes rejoints par une Citroën 2CV un peu spéciale et une 911 Type G. Une fois tous les moteurs arrêtés, il est temps d’écouter le maître des lieux dans la visite de sa distillerie. Beaucoup de vendéens « pure souche » l’écoutent attentivement, mais sa prise de parole démarre mal « je suis mayennais. » Nul n’est parfait ! « Mais j’habite en Vendée depuis 1998 » ça rattrape, on va tâcher d’être agréables… Mais rapidement, le personnage s’avère être passionné (c’est mieux pour son métier) et passionnant (ce qui n’est pas toujours le cas). De visite comme celle à laquelle nous avons eu droit, il n’en fait pas habituellement. Une chance donc d’avoir pu découvrir cette distillerie récemment fondée en 2017 pour toutes les expérimentations, et depuis 2022 à la vente. Sans rentrer dans les détails, pour ne pas trop nous perdre, tout en utilisant un lexique lié à l’alcool qui me dépasse totalement, notre hôte nous fait vivre ses lieux et ressentir sa passion pour ses produits qu’il a fait découvrir aux participants du road trip. Une belle opération, puisque près de la moitié des participants est repartie avec au moins un produit.
À peine sortis, les moteurs se réveillent les uns après les autres, prenant la direction du Nord Vendée pour rejoindre notre lieu de restauration. Peu après, au détour d’une route, un Dacia Duster II s’insère et sépare le cortège en deux groupes. Loin devant, une dizaine de voitures. Nous tentons de retrouver la route, mais le SUV lowcost n’a pas le même rythme que nous. S’il a la gentillesse de nous laisser le dépasser, nous avons perdu trop de temps derrière lui pour rattraper le premier groupement. Aussi, nous naviguons à vue… ayant oublié de regarder le road-book. Pour nous consoler, nous avons droit à un concert de 6 cylindres à plat, notamment celui de la Porsche 911 Type 991.1. Cette dernière, dotée d’un bouton magique, change immédiatement le volume sonore de son échappement, de discret à omniprésent. Les villages traversés se souviendront longtemps de ces envolées lyriques. Le GT4 RS n’a pas démérité, loin de là, sa plastique de rêve faisant tourner bien des têtes… J’avoue toutefois éprouver un faible pour la 993, d’autant plus que sur une double-voie, son conducteur a décidé d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur, faisant se dresser l’aileron arrière (mes oreilles aussi) et exciter ses pistons. Le dernier moteur refroidi par air de la production automobile… quel régal !


C’est avec une certaine surprise que nous retrouvons alors le deuxième groupe au détour du dernier carrefour giratoire (pour plagier les auto-écoles) avant notre lieu de restauration : le domaine de l’Auneau. Tandis que nous allions pour nous garer dans la pelouse du parking prévu pour les visiteurs, le propriétaire vient à notre hauteur « ne vous garez pas là, vos voitures sont trop belles, venez les garer par ici ». Par ici pour lui revient à dire autour du château. Afin de convenir au plateau, il sort sa voiture qu’il débâche pour l’occasion : une Rolls-Royce Silver Shadow II. Le V8 « 6 trois quarts » s’ébroue en silence pour venir se mouvoir sans émettre plus de bruit que celui des pneus sur les gravillons. J’ai beau aimer les 911, cette Rolls m’attire comme un aimant. Tout n’est que cuir épais et moelleux, boiseries exquises, et finition impeccable. « C’est un petit modèle » explique le propriétaire. Oui, certes, une version longue existe, mais 5,20 mètres, c’est déjà bien ! Le dépaysement de la Rolls-Royce suit l’intérieur de la bâtisse à la tenue parfaite… Difficile de rester de marbre devant une telle décoration.
Pour profiter de l’apéritif, et afin que tout le monde se parle enfin réellement (tous les participants ne se connaissaient pas entre eux), notre hôte nous accueille sur sa terrasse, pour être le plus à l’abri du vent possible. Une délicate attention de sa part… Pour profiter de nos pique-niques, il a souhaité nous trouver l’endroit le moins sensible au vent, sans être sur la terrasse. Nous avons donc pu profiter d’un vaste jardin de plusieurs hectares qu’il entretient lui-même… Quand l’heure du départ approche, nous remercions le propriétaire des lieux qui s’excuse « de ne pas avoir été là plus longtemps » car ses jardins étaient visités cet après-midi-là… En s’approchant des voitures, le propriétaire de la 911 Type 993, Damien, me lance « tu veux peut-être la conduire ? » Comment refuser ? Ma plus grande hantise était d’imaginer que la première Porsche que j’allais conduire allait être une électrique. Et non, ce sera la meilleure : la 993 Carrera 2.


Devant moi, le volant. Derrière lui, cinq compteurs à aiguilles (petit moment nostalgique) avec au centre, le plus grand, celui du régime moteur « tu verras, c’est à partir de 5.000 tours que ça devient intéressant » assure le propriétaire. Le dernier lieu de visite est une usine de robots un brin spéciaux signés Sfynx Industry, et nous nous y rendons par des routes serpentant de villages en villes, de plaines en forêts, réverbérant la musique de nos moteurs. Devant « ma » 993, le GT4 RS, derrière la 991.1. Aucune autre option : je vais devoir appuyer sur la pédale de droite « n’aies pas peur d’y aller » me rassure Damien. Dont acte. À chaque virage, la 911 se révèle. J’avais peur d’un train arrière baladeur, à tort. Il reste bien sage, à suivre ce que le train avant demande. Un essieu directeur qui manque peut-être de ressenti, mais qui en redemande, qui encaisse, encore et encore. Tout comme le moteur. Le flat-6 de la 993 utilise la technologie Variacam, jouant sur les ouvertures des soupapes, à partir de 5.000 tours justement. Aussi, dépassé ce régime moteur, le flat-6 chante plus aigu encore, et envoie l’aiguille vers les hautes sphères du compte-tours… Sublime !
On dépasse le panneau Luçon pour se rendre au local de Sfynx Industry. J’ai envie que cette expérience ne s’arrête jamais mais les bonnes choses – et les mauvaises aussi – ont toutes une fin, je dois me faire à l’idée de rendre cette clef… Dernière visite de la journée, nous nous garons devant une usine en apparence semblable à cent-milles usines. D’apparence seulement. En ouvrant la porte, nous découvrons un vaste espace occupé par d’immenses machines sur la gauche et tout au fond, quelques tables et trois robots dessinent un arc de cercle. Jean-Jacques Topalian, à la tête de Sfynx Industry, nous raconte son parcours et va tenter de nous familiariser à ce milieu qui nous est inconnu… Mais d’abord, une question simple : pourquoi Luçon ? « Mon associé habite aux Herbiers et moi à la Rochelle. Luçon est à mi-chemin » tout s’explique… « J’ai travaillé pour Shark Robotics il y a quelques années, le leader mondial dans les robots-pompiers. » À la pointe de l’innovation, notre hôte a été invité à déjeuner à l’Elysée en 2014 et ce bien avant que l’un de ses robots n’aide les pompiers à éteindre l’incendie de Notre-Dame de Paris de 2019…


« Avec Sfynx Industry, nous sommes une petite structure agile avec laquelle nous nous intéressons à la résolution de problèmes qui n’intéressent pas les plus grandes sociétés. » Parmi eux, la dépollution. Algor, le robot jaune, sert aux travaux de manutention mais aussi à la dépollution des plages. « Les brevets sont à mon nom, on améliore chaque robot grâce aux innovations réalisées avec les autres tests. Pour Algor, on s’est rendu compte qu’il manquait de puissance. On lui en a rajouté. » Ce qui permet à ce petit engin de tracter bien plus que son propre poids ! L’industrie du nucléaire est intéressée par les services de Sfynx Industry. « C’est un domaine qui demande une précision extrême. Très intéressant, très coûteux, très chronophage et qui donne naissance à des robots à la durée de vie extrêmement limitée. » On parle ici non pas d’années mais de semaines… En déambulant, nous arrivons devant les tables sur lesquelles sont parfaitement alignées plusieurs pièces visuellement parfaites, de toutes les tailles, utilisant de l’aluminium aéronautique taillées dans la masse… Malgré cet emploi du temps chargé, il trouve du temps pour se balader avec nous – et nous l’en remercions – mais aussi pour développer ses propres projets innovants… Une chose est sûre, Sfynx Industry en a encore sous le pied, et vous allez en entendre parler !
Après une journée faite de rencontres, de découvertes et de conduite, il est temps de se quitter. Les participants commandent déjà une nouvelle édition « le plus tôt possible ». Comme quoi, il existe des plaisirs simples, à la base de tout : la passion et le partage. Alors, longue vie au meilleur des hédonismes : la passion automobile !

2 réponses sur « Balade Boucars 2024 »
Super article Iwen, quel talent 😉
Je confirme que j’ai passé une excellente journée, bravo Flavien pour l’organisation👍
Je suis ravi de t’avoir fait essayer ta première Porsche, la meilleure 😁 la dernière vraie 911 😉😁, et tu pourras la reprendre quand tu veux.
Ma passion, auto / moto, récente ou vieille, et tout ce qui fait un peu de bruit… a de l’intérêt que si on partage entre passionnés respectueux.
Vivement la prochaine sortie 😁😘
Damien G
Reportage très sympa et très belles photos brzvo