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BAC Mono


Choisir un nom pour une voiture est toujours un problème marketing important. Il ne faut pas faire d’erreur. Avec la Senna, McLaren voulait une voiture de course, une voiture de pilote, et c’est ce qu’elle est. Une Citroën Ami autorise son propriétaire à faire monter un ami à ses côtés – sous réserve que ledit ami le veuille… Cette voiture aussi est bien définie par son nom.


L’histoire commence dans le début des années 2000. En sortant de leurs universités respectives, les frères Ian et Neill Briggs fondent une société indépendante pour aider des marques prestigieuses comme Porsche, Maybach, Bentley, mais aussi des constructeurs plus petits. Toutes ces expériences leurs ont permis d’accumuler des connaissances. En sortant sur les circuits avec leurs amis, les frères Briggs ont regardé le marché des voitures de track day, les journées circuits. Caterham, Ferrari, Ariel, Radical, Lotus, Lamborghini, Porsche.

Autant de voitures prestigieuses et ô combien performantes mais qui n’arrivaient pas à séduire parfaitement nos deux protagonistes. Car eux ont une idée bien précise de ce qu’ils veulent faire… Depuis qu’ils sont enfants, ils ont envie de construire une voiture de sport. Une voiture de course pour la route, et la meilleure qui soit. On connaît la chanson. Sauf qu’ils sont allés loin, très loin dans leur idée : construire une Formule 3 pour la route.

Une Formule 3 est une monoplace de course, impossible d’homologation, avec des performances d’une autre planète. Alors, vouloir construire une F3 pour la route, c’est totalement dingue. Mais également tout à fait intéressant et intelligent. Une monoplace, comme son nom l’indique, n’a qu’une place, en plein centre de la voiture qui plus est. Cela permet de ne pas avoir de potentiel passager qui demande voire supplie de freiner quand cela va trop vite pour lui. Mais également de répartir au maximum les masses au centre de la voiture, ce qui permet ensuite un meilleur comportement, surtout sportif. Les frères Briggs ont pris cette idée et l’ont fait germer. Le résultat de leurs travaux est présenté en 2011.

C’est sous la marque BAC, Briggs Automotive Company, que la Mono est présentée au public. Monoplace, elle semble avoir été dessinée autour du pilote. On trouve l’inspiration de la F3 lorsqu’on voit la Mono de face, avec ce nez pointu. La grande différence entre une F3 et la Mono est que la deuxième est homologable, ce qui fait qu’elle a dû adoucir légèrement ses lignes. Elle protège donc ses suspensions avant, tout en les laissant apparaître. L’arrière est encore plus impressionnant que l’avant.

Le pot d’échappement central est haut perché, ce qui permet de laisser l’air mieux s’échapper vers la partie arrière. Comme à l’avant, on voit toute la tringlerie des roues arrière. Elle est assez impressionnante cette monoplace. Pour les optiques, pas de chichis non plus. La réglementation les contraints à en mettre, pas à ce qu’ils soient beaux. Ils sont donc ronds et placés dans des endroits qui ne doivent pas gêner la circulation de l’air. Ce serait dommage de freiner la Mono à cause de la lumière. Car, elle va aussi vite que cette dernière…

Son moteur peut faire sourire les Ferrari et autres McLaren. Dans sa première version, elle ne proposait pas plus qu’un 4 cylindres atmosphérique de 2.3 proposant 284 chevaux et 285 nm de couple. C’est minable ? Non, parce que la masse n’excède pas 540 kg à sec. Il faut compter environ 600 kg tout mouillé. Simple propulsion, elle envoie valser le 0 à 100 km/h en seulement 2,9 secondes ! A sa sortie, seules les Lamborghini Aventador et Porsche 911 Turbo S pouvaient se targuer de faire mieux sinon pareil.

Ensuite, la Mono a remplacé son 2.3 d’origine Cosworth par un 2.5 d’origine Mountune. Ce dernier est toujours atmosphérique mais plus puissant puisqu’il affiche une puissance de 305 chevaux et un couple de 308 nm. Toujours associé à la même boîte 6 vitesses, dont le passage en première oblige de manier un embrayage. Toujours une masse aussi basse, le 0 à 100 km/h s’améliore pour passer à 2,7 secondes. C’est à en perdre son latin. Mais comment font-ils !? L’innovation.

Pourtant contre l’innovation à outrance, notamment dans le domaine de l’automatisation de la conduite, ce genre d’innovation m’intéresse plutôt beaucoup. Soucieux de proposer une expérience de conduite proche d’une voiture de course, BAC a voulu sa Mono extrêmement ingénieuse et légère. Rapatrier les masses au plus proche du sol permet d’avoir un centre de gravité plus bas. Plus il est bas, moins la voiture prendra de roulis parce qu’il y a moins de masses en hauteur à faire passer en virage. Et donc, serpenter dans les virages les plus sinueux deviendra une formalité. Et, pour rapatrier les masses le plus bas possible, il faut réduire les masses non suspendues. Les roues font partie de ce cocktail. Plus elles sont légères, moins le moteur devra gaspiller de puissance pour les faire tourner, et plus il y en aura au sol directement. Les jantes de la Mono sont extrêmement légères. Les roues avant de 205mm pèsent 4,7 kg tandis que celles arrière pèsent 4,9 kg pour du 245mm. Mais BAC ne s’arrête pas là.

Parce que l’innovation c’est bien sur le papier, mais il faut savoir le démontrer. En l’envoyant aux médias des quatre coins du monde pour la faire connaître, BAC a fait chronométrer sa Mono sur la piste de Top Gear, la version anglaise. Le Stig l’a fait tourner en 1’14’’3, c’est mieux qu’une Porsche 991 GT3 RS, mieux qu’une McLaren 600LT. Elle est dans le top 10 des meilleurs temps sur le circuit Top Gear. Une performance honorable. Mais pour qui penserait que ce n’est qu’un « coup de chance, » la Mono a tourné également à Spa Francorchamps. Un circuit pour voiture très rapides, avec pas mal de ligne droite, sur lequel elle a tourné en 2’43’’76, soit mieux qu’une Porsche 918 Spyder, l’hypercar allemande. N’étant pas payés à ne rien faire, les ingénieurs BAC ont mis au point une nouvelle version de la Mono. Plus radicale – c’était possible ? – elle se nomme Mono R.

Elle intègre une quarantaine d’éléments imprimés en 3D, comme les entourages des feux avant et arrière, des éléments des rétroviseurs, les charnières du hayon avant et bien d’autres. Une pilule qui aurait du mal à passer, de mon point de vue, sur une hypercar à plusieurs millions d’euros, sur la Mono R, je l’accepte sans hésiter. Elle ajoute un nouveau procédé de fabrication pour les jantes. Elles sont fabriquées en carbone composite, un procédé hybride breveté par BAC. Les roues avant ne pèsent que 5,7 kg chacune et les roues arrière accusent 6 kg. La recherche de la masse minimale est tellement poussée que la marque communique même le gain de poids concernant les boulons, qui économisent 225 grammes par roues… Toujours plus loin…

La masse se stabilise donc à 555 kg, mais la puissance n’est pas en reste. Elle conserve le moteur Mountune mais passe à 340 chevaux ! Les performances grimpent encore d’un cran en parlant d’un 0 à 100 en 2,5 secondes. Limitée à 30 exemplaires, la Mono R n’était déjà plus disponible lors de sa présentation au public. Elle aussi est envoyée sur les circuits, et fait grincer bien des dents… Le dernier en date est signé au Red Bull Ring. Circuit utilisé en Formule 1, il a été le spectateur d’une véritable performance, celle de la Mono R. Elle n’a pas battu le record du tour, toujours détenu par la McLaren P1, mais elle est deuxième, et ne compte qu’un tiers de sa puissance : 1’32’’96 contre 1’30’’30. Performance honorable tout de même, puisque la troisième est la 991 GT2 RS en 1’37. Un véritable outil de track day donc.

Un autre chapitre s’ouvre avec la Mono 2. Elle intègre les innovations de l’impression 3D de la Mono R mais change quelques éléments. Elle devient un peu plus moderne, avec ses nouveaux optiques, mais surtout elle change son moteur. Les normes étant toujours plus strictes, la Mono 2 change son 2.5 atmo pour un 2.5 turbo de 336 chevaux, et 570 kg à sec. En parlant de chiffre, il serait intéressant de parler du prix, non ? La première mouture était proposée à 150.000€ environ, la Mono R à environ 200.000€ comme pour la Mono 2.

Voiture d’égoïste ? Non, plutôt de célibataire. Le plaisir de se retrouver seul au volant d’une F3 pour la route doit être absolument sensationnel. Eprouvante, peut-être, mais inoubliable à coup sûr.

Par Iwen

Passionné d'automobile de toutes époques, je suis étudiant à l'ITM Graduate School au Mans, avec pour objectif de travailler dans le domaine de l'automobile.

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